Said Ahmidouch, un assureur de carrière pour diriger Casablanca-Settat

Said Ahmidouch, directeur général de la CNSS a été nommé wali de la région de Casablanca Settat. Ce financier devra gérer les dossiers chauds de la capitale économique.

Qui est Said Ahmidouch le nouveau Wali de la région Casablanca-Settat ? Said Ahmidouch, nouveau Wali de la région Casablanca-Settat

Le 19 février 2019 à 10:02

Modifié le 19 février 2019 à 09:53

La région de Casablanca-Settat change de wali moins d’un an et demi après l’installation du successeur de Khalid Safir en juin 2017. En effet, Abdelkbir Zahoud laisse son fauteuil à un nouvel arrivant.

Le ministère de l'Intérieur a fait appel à une compétence connue et reconnue dans le monde économique. Celui qui présidera aux destinées de la première région économique du pays n’est autre que Said Ahmidouch, ex-directeur général de la CNSS. Said Ahmidouch, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans le secteur financier, devra désormais troquer son costume d’assureur pour celui de wali.

Si cette nomination peut en surprendre plus d’un, elle n’est pas étonnante au regard de la nouvelle stratégie prônée par le ministère de l'Intérieur. Le département dirigé par Abdelouhed Laftit privilégie de plus en plus des profils ayant une grande connaissance des problématiques économiques et sociales pour qu’ils puissent accompagner la mise en place du nouveau modèle de développement demandé par le roi Mohammed VI.

Qui de mieux qu’un matheux qui a roulé sa bosse dans le secteur privé avant de faire ses preuves en prenant la direction de l’une des importantes institutions du pays à un moment critique où la CNSS peinait à se relever de plusieurs scandales financiers?

Un Rifain dans les assurances

C’est à Zghanghan, à 7 km à l'ouest de la ville de Nador, que Said Ahmidouch voit le jour il y a 59 ans dans une famille qui vivait de l’activité minière fort prospère dans la région à cette époque.

Le jeune Said est brillant dans sa scolarité et se découvre une passion pour les matières scientifiques dans lesquelles il excelle. Décrocher un bac en sciences maths n’est donc pas un exercice difficile pour celui qui sera major de sa promotion. Il se dirigera vers Casablanca pour des classes préparatoires avec pour objectif d'intégrer une des écoles prestigieuses qui attiraient les jeunes de sa génération. Pour le jeune Said, ce fut l’Ecole des mines de Paris qu’il rejoint en 1981.

Son diplôme en poche quatre ans plus tard, il intégrera directement la Samir en tant qu’ingénieur études. Mais il n’y restera pas longtemps. Après deux ans d’expérience seulement, Said Ahmidouch est tenté par une nouvelle expérience. Il décide d’intégrer l’Alliance africaine d’assurances en 1986. Sur cet épisode, il avait expliqué à nos confrères de la Vie Eco dans un précédent article qu’il s’était dit : « Pourquoi ne pas me lancer dans autre chose, après tout, on ne m’a pas formé pour une carrière technique. On nous a surtout appris à réfléchir ».

En 1990, il devient directeur général adjoint de la Compagnie africaine d’assurances, filiale de l’ONA (le nom du holding royal à l’époque). Said Ahmidouch fait son bonhomme de chemin dans le secteur des assurances. En 2000, il prend la direction générale de CNIA Assurance avant qu’elle ne soit rachetée par le groupe Saham de Moulay Hafid Elalamay. Ce rachat n’interviendra qu’en 2005. En cette année, interviendra un tournant majeur dans la carrière de Said Ahmidouch.

Ses années CNSS

Il est nommé président du directoire de la Bourse de Casablanca. On peut dire que c’est une consécration dans la carrière de l’homme. Cela dit, Ahmidouch n’aura pas le temps de faire ses preuves ni d’opérer des changements au sein de la Bourse. Car, deux ou trois mois plus tard, il sera nommé à un autre poste. Celui de directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Said Ahmidouch prendra les rênes de la vielle dame de Belvédère dans un contexte pour le moins complexe. La CNSS trainait alors la réputation d’une boîte noire, administration opaque secouée par plusieurs scandales financiers. En même temps, cette même administration est amenée à jouer un rôle majeur pour le lancement d’un projet structurant pour le pays : l’Assurance maladie obligatoire (AMO).

“Je suis arrivé dans une institution traumatisée par les commissions d’enquête parlementaires et les poursuites enclenchées contre plusieurs de ses cadres et dirigeants. Il fallait redonner confiance aux équipes et montrer aux autorités et aux citoyens que la CNSS peut encore servir à quelque chose”, expliquait Ahmidouch à nos confrères de Telquel en 2017.

13 ans plus tard, personne ne peut nier tous les défis relevés par Said Ahmidouch et les chantiers mis en place. L’AMO, l’indemnité pour perte d’emploi, la digitalisation de la CNSS, la lutte contre la sous-déclaration des employés,… Il a surtout réussi le pari d’effacer le passé de cette institution et changer son image.

Mais s’il y avait un projet qu’il ne fallait surtout pas rater, c’était bien évidemment le lancement et la mise en œuvre de l’AMO. "Nous avons eu une certaine responsabilité historique pour faire réussir ce chantier. Sa réussite allait légitimer l’établissement une fois pour toutes", expliquait l’intéressé dans cette même interview.

Selon Ahmidouch, l’AMO a été un catalyseur du changement interne de la CNSS. Car la réussite de ce chantier a permis de changer l’état d’esprit des employés. Si ce projet avait été loupé, "jamais personne n’aurait plus osé lancer une couverture maladie obligatoire pour des millions de personnes. L’échec aurait créé un nouveau traumatisme".

>> Lire aussi : Les grands dossiers de la CNSS expliqués par Ahmidouch

Ahmidouch vs la CDG

Si le régime de l’AMO est aujourd’hui excédentaire, ce n’est pas le cas du régime général des retraites qui subit un déficit technique qui menace sa pérennité. Y avait-il un moyen d’éviter cette situation? Peut-être pas, car la problématique de la retraite au Maroc est structurelle. Cela dit, la CNSS aurait pu mieux gérer le rendement de ses réserves et gagner un peu plus de temps. Un dossier sur lequel Said Ahmidouch a toujours été des plus virulents.

La CNSS est la seule caisse qui a l’obligation de placer ses excédents chez la CDG en contrepartie d’un rendement fixe. Une situation qu’Ahmidouch a toujours considérée comme "une exception aberrante". "Ces fonds, notamment ceux des retraites, n’appartiennent pas à l’Etat, il s’agit d’une épargne privée qui doit être gérée par la CNSS", a-t-il toujours martelé. "Nous n’avons pas encore réussi ce challenge, mais on continuera à nous battre pour l’amender".

Un combat qu’il voulait mener jusqu’au bout. Mais ce sera à son successeur de le faire.

L’autre chantier que le futur patron de la CNSS devra prendre à bras-le-corps et qu’Ahmidouch laisse derrière lui, c’est la mise en œuvre de l’AMO pour les indépendants dont les concertations sont encore en cours.

Pour sa part, Said Ahmidouch aura du pain sur la planche à Casablanca. La capitale économique est un chantier à ciel ouvert… Mobilité urbaine, propreté, sécurité, projets structurants…

Voilà un nouveau défi pour cet assureur de carrière qui aime les challenges.

>> Lire aussi : Rétrospective des grands chantiers de Casablanca

Said Ahmidouch, nouveau Wali de la région Casablanca-Settat

Said Ahmidouch, un assureur de carrière pour diriger Casablanca-Settat

Le 19 février 2019 à10:02

Modifié le 19 février 2019 à 09:53

Said Ahmidouch, directeur général de la CNSS a été nommé wali de la région de Casablanca Settat. Ce financier devra gérer les dossiers chauds de la capitale économique.

La région de Casablanca-Settat change de wali moins d’un an et demi après l’installation du successeur de Khalid Safir en juin 2017. En effet, Abdelkbir Zahoud laisse son fauteuil à un nouvel arrivant.

Le ministère de l'Intérieur a fait appel à une compétence connue et reconnue dans le monde économique. Celui qui présidera aux destinées de la première région économique du pays n’est autre que Said Ahmidouch, ex-directeur général de la CNSS. Said Ahmidouch, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans le secteur financier, devra désormais troquer son costume d’assureur pour celui de wali.

Si cette nomination peut en surprendre plus d’un, elle n’est pas étonnante au regard de la nouvelle stratégie prônée par le ministère de l'Intérieur. Le département dirigé par Abdelouhed Laftit privilégie de plus en plus des profils ayant une grande connaissance des problématiques économiques et sociales pour qu’ils puissent accompagner la mise en place du nouveau modèle de développement demandé par le roi Mohammed VI.

Qui de mieux qu’un matheux qui a roulé sa bosse dans le secteur privé avant de faire ses preuves en prenant la direction de l’une des importantes institutions du pays à un moment critique où la CNSS peinait à se relever de plusieurs scandales financiers?

Un Rifain dans les assurances

C’est à Zghanghan, à 7 km à l'ouest de la ville de Nador, que Said Ahmidouch voit le jour il y a 59 ans dans une famille qui vivait de l’activité minière fort prospère dans la région à cette époque.

Le jeune Said est brillant dans sa scolarité et se découvre une passion pour les matières scientifiques dans lesquelles il excelle. Décrocher un bac en sciences maths n’est donc pas un exercice difficile pour celui qui sera major de sa promotion. Il se dirigera vers Casablanca pour des classes préparatoires avec pour objectif d'intégrer une des écoles prestigieuses qui attiraient les jeunes de sa génération. Pour le jeune Said, ce fut l’Ecole des mines de Paris qu’il rejoint en 1981.

Son diplôme en poche quatre ans plus tard, il intégrera directement la Samir en tant qu’ingénieur études. Mais il n’y restera pas longtemps. Après deux ans d’expérience seulement, Said Ahmidouch est tenté par une nouvelle expérience. Il décide d’intégrer l’Alliance africaine d’assurances en 1986. Sur cet épisode, il avait expliqué à nos confrères de la Vie Eco dans un précédent article qu’il s’était dit : « Pourquoi ne pas me lancer dans autre chose, après tout, on ne m’a pas formé pour une carrière technique. On nous a surtout appris à réfléchir ».

En 1990, il devient directeur général adjoint de la Compagnie africaine d’assurances, filiale de l’ONA (le nom du holding royal à l’époque). Said Ahmidouch fait son bonhomme de chemin dans le secteur des assurances. En 2000, il prend la direction générale de CNIA Assurance avant qu’elle ne soit rachetée par le groupe Saham de Moulay Hafid Elalamay. Ce rachat n’interviendra qu’en 2005. En cette année, interviendra un tournant majeur dans la carrière de Said Ahmidouch.

Ses années CNSS

Il est nommé président du directoire de la Bourse de Casablanca. On peut dire que c’est une consécration dans la carrière de l’homme. Cela dit, Ahmidouch n’aura pas le temps de faire ses preuves ni d’opérer des changements au sein de la Bourse. Car, deux ou trois mois plus tard, il sera nommé à un autre poste. Celui de directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Said Ahmidouch prendra les rênes de la vielle dame de Belvédère dans un contexte pour le moins complexe. La CNSS trainait alors la réputation d’une boîte noire, administration opaque secouée par plusieurs scandales financiers. En même temps, cette même administration est amenée à jouer un rôle majeur pour le lancement d’un projet structurant pour le pays : l’Assurance maladie obligatoire (AMO).

“Je suis arrivé dans une institution traumatisée par les commissions d’enquête parlementaires et les poursuites enclenchées contre plusieurs de ses cadres et dirigeants. Il fallait redonner confiance aux équipes et montrer aux autorités et aux citoyens que la CNSS peut encore servir à quelque chose”, expliquait Ahmidouch à nos confrères de Telquel en 2017.

13 ans plus tard, personne ne peut nier tous les défis relevés par Said Ahmidouch et les chantiers mis en place. L’AMO, l’indemnité pour perte d’emploi, la digitalisation de la CNSS, la lutte contre la sous-déclaration des employés,… Il a surtout réussi le pari d’effacer le passé de cette institution et changer son image.

Mais s’il y avait un projet qu’il ne fallait surtout pas rater, c’était bien évidemment le lancement et la mise en œuvre de l’AMO. "Nous avons eu une certaine responsabilité historique pour faire réussir ce chantier. Sa réussite allait légitimer l’établissement une fois pour toutes", expliquait l’intéressé dans cette même interview.

Selon Ahmidouch, l’AMO a été un catalyseur du changement interne de la CNSS. Car la réussite de ce chantier a permis de changer l’état d’esprit des employés. Si ce projet avait été loupé, "jamais personne n’aurait plus osé lancer une couverture maladie obligatoire pour des millions de personnes. L’échec aurait créé un nouveau traumatisme".

>> Lire aussi : Les grands dossiers de la CNSS expliqués par Ahmidouch

Ahmidouch vs la CDG

Si le régime de l’AMO est aujourd’hui excédentaire, ce n’est pas le cas du régime général des retraites qui subit un déficit technique qui menace sa pérennité. Y avait-il un moyen d’éviter cette situation? Peut-être pas, car la problématique de la retraite au Maroc est structurelle. Cela dit, la CNSS aurait pu mieux gérer le rendement de ses réserves et gagner un peu plus de temps. Un dossier sur lequel Said Ahmidouch a toujours été des plus virulents.

La CNSS est la seule caisse qui a l’obligation de placer ses excédents chez la CDG en contrepartie d’un rendement fixe. Une situation qu’Ahmidouch a toujours considérée comme "une exception aberrante". "Ces fonds, notamment ceux des retraites, n’appartiennent pas à l’Etat, il s’agit d’une épargne privée qui doit être gérée par la CNSS", a-t-il toujours martelé. "Nous n’avons pas encore réussi ce challenge, mais on continuera à nous battre pour l’amender".

Un combat qu’il voulait mener jusqu’au bout. Mais ce sera à son successeur de le faire.

L’autre chantier que le futur patron de la CNSS devra prendre à bras-le-corps et qu’Ahmidouch laisse derrière lui, c’est la mise en œuvre de l’AMO pour les indépendants dont les concertations sont encore en cours.

Pour sa part, Said Ahmidouch aura du pain sur la planche à Casablanca. La capitale économique est un chantier à ciel ouvert… Mobilité urbaine, propreté, sécurité, projets structurants…

Voilà un nouveau défi pour cet assureur de carrière qui aime les challenges.

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