Télévision: MBC cible 10% de parts du marché publicitaire marocain

La dernière chaîne satellitaire dédiée au Maghreb du groupe saoudien MBC, aura jusqu’au prochain Ramadan pour dérouler sa force de frappe médiatique. Au vu des moyens dont dispose MBC5, de sa grille préliminaire des programmes et des têtes d’affiche qui y participent, ce lancement promet de secouer le marché marocain sur plusieurs plans.

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Télévision: MBC cible 10% de parts du marché publicitaire marocain De gauche à droit, Mohamed Abdelmotaal, DG de MBC Masr et de MBC5, et Mazen Hayek, Porte-parole du Groupe MBC, lors de la soirée d'annonce du lancement.

Le 18 septembre 2019 à 16:56

Modifié le 18 septembre 2019 à 18:04

Les difficultés des chaînes de télévision nationales, notamment 2M et Al Aoula (SNRT), s’intensifient au fil des années dans l’indifférence des pouvoirs publics : manque de moyens financiers, absence de contrat-programme avec l’Etat, une désaffection du public, un modèle économique dépassé, la concurrence du digital,… Une problématique qui n'est d'ailleurs pas propre au Maroc.

L’arrivée de MBC5 à partir du 21 septembre risque d’aggraver davantage la situation de ces chaînes, au moins pour deux raisons :

- Une partie supplémentaire des investissements publicitaires des annonceurs marocains, qui constituent l’essentiel des recettes des chaînes nationales, sera captée par la nouvelle chaîne satellitaire du groupe saoudien,

- L'engouement des talents marocains (acteurs, présentateurs…) pour ce nouvel acteur peut porter un coup supplémentaire à la programmation des chaines locales déjà vivement critiquée mais qui est justifiée en partie par les moyens limités.

200 millions de DH de recettes publicitaires, à terme

Le management du groupe MBC a fait les choses en grand pour annoncer, le 15 septembre à Beyrouth, le démarrage de cette nouvelle chaîne. Il est réputé pour sa discrétion quand il s'agit de parler des indicateurs commerciaux et financier, mais il a accepté toutefois de faire quelques révélations à Médias24.

Tout d'abord, MBC5 ne sera pas gérée par une filiale dédiée, mais directement par le groupe basé à Dubaï. Son équipe bénéficiera toutefois de l'autonomie administrative, financière, opérationnelle et de programmation.

Ce lancement s’inscrit dans une nouvelle politique globale d’expansion dans le monde arabe et de proximité avec les téléspectateurs des différents pays (création de MBC Masr, MBC Iraq…). Même si elle concerne à la fois le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, la chaîne sera principalement tournée vers le Royaume dans un premier temps, avant le renforcement progressif du poids des programmes ciblant les autres pays.

Le montant de l'investissement pour lancer cette nouvelle chaîne ? Mazen Hayek, porte-parole du groupe, se gardera de le révéler, arguant que la chaîne diffusera ses propres programmes dont elle supporte l'intégralité des coûts mais également d'autres programmes phares (The Voice, Arab Got Talent...) dont les coûts seront mutualisés.

En tous les cas, le responsable assure que l'investissement est colossal. Sera-t-il rentabilisé ? Mazen Hayek tient à préciser que MBC5 n'est pas créée pour rafler en masse les investissements publicitaires au Maroc.

"MBC reçoit depuis sa création en 1991 les investissements publicitaires d’annonceurs marocains, notamment à destination des chaînes MBC2 et MBC4. L’arrivée de la nouvelle chaîne ne vise donc pas une percée du marché mais sa consolidation pour toutes les chaînes du groupe".

Après insistance, le responsable a révélé qu'à terme, le management veut atteindre avec le lancement de MBC5 une part du marché publicitaire et un taux d'audience de 10%, contre environ 5% aujourd'hui. Autrement dit, environ 200 MDH d'un marché des investissements publicitaires dans la télévision qui tourne à 2 milliards de DH annuellement.

"20 millions de dollars de recettes ne suffiraient pas à couvrir toutes les charges de la nouvelle chaîne. C'est pour cela que je parle d'un investissement pour renforcer la présence globale du groupe au Maroc, sachant que nous figurons déjà dans le top 5 en termes d'audience".

Il n'en demeure pas moins que 200 MDH de recettes publicitaires en moins pour les télévisions marocaines est un gros manque à gagner dans un marché en baisse et compte tenu d'un business model où la publicité génère l'essentiel des recettes.

"Aucun intérêt politique"

Mohamed Abdelmotaal, DG de MBC Masr et de MBC 5, a, pour sa part, affirmé que les groupes médiatiques ont soit un intérêt politique soit un intérêt économique derrière le lancement d’une nouvelle chaîne. Il assure que MBC5 est une chaîne de divertissement et n’a donc aucune motivation politique. Et par conséquent, ses objectifs économiques sont légitimes.

Il n'en demeure pas moins que beaucoup pensent que l'objectif de cette expansion médiatique qui remonte à quelques années, est de vendre l'image de l'Arabie saoudite.

Mazen Hayek précise que MBC est un groupe médiatique qui respecte les lois des pays d'émission et de diffusion des programmes. "Ces derniers vont respecter à la fois les exigences du public marocain et celles des pouvoirs publics du Royaume. De plus, le groupe va contribuer au développement du secteur".

Le management assure en effet que MBC5 va stimuler les investissements locaux et développer les productions nationales, ce qui générera des créations d'emplois, particulièrement pour les jeunes.

Des rémunérations alléchantes

A ce titre, plus de 70 talents (acteurs, présentateurs), principalement des Marocains mais aussi des Algériens et des Tunisiens, collaboreront à plein temps avec la chaîne, assure le management de MBC. S’y ajoutent les emplois indirects.

Une bonne partie des programmes (90% des 10 émissions de lancement) sera soit tournée au Maroc (le reste au Caire, à Beyrouth…) soit réalisée par des maisons de production marocaines (Med Production, GoPro, Cinetelema…).

Par ailleurs, le conseiller de la chaîne est Mustapha Benali, ancien DG de 2M de 2003 à 2008.

Selon des acteurs et animateurs rencontrés par Médias24 lors de la soirée d’annonce du lancement de MBC5, la chaîne rémunère très bien ses collaborateurs, bien mieux que le marché local marocain.

D’où l’engouement suscité chez les grands noms de la scène artistique et médiatique pour travailler avec MBC5.

Une montée en puissance progressive

Toujours selon le groupe, la chaîne va démarrer progressivement. Quatre dates sont à retenir : le 21 septembre (date du démarrage de la diffusion test avec l'émission The Voice), le 21 octobre (date de lancement officiel), la fin d’année 2019 et le Ramadan 2020.

Si les premiers programmes annoncés promettent déjà d’assurer une bonne audience à MBC5, le management du groupe assure qu’il faudra attendre le prochain Ramadan pour voir toute la qualité et la diversité de son contenu.

Hormis Cheb Khaled, Driss et Mehdi, Najat Aatabou, Abdel Fattah Al Grini, Zineb Obaid, Hamza El Filali… qui animeront les premières émissions, des séries télévisées (4 au départ) réuniront plus tard des figures marocaines (Mohamed El Jem, Dounia Batma...) et des stars égyptiennes, turques..., assure-t-on.

Le groupe a par ailleurs eu une idée pour assurer une bonne audience à la nouvelle chaîne dès le départ : tous les téléspectateurs de la région capteront MBC5 sur la fréquence actuelle de MBC1 qui, elle, aura une nouvelle fréquence.

Ceci, en plus de la campagne publicitaire prévue (affichage, réseaux sociaux…) et de prix proposés aux téléspectateurs dans l’une des émissions de démarrage (5.000 DH pour chacun qui appelle le présentateur et dit « Allo MBC5 » pendant une période déterminée)...

Cette concurrence étrangère, avec des moyens disproportionnés, ne va pas arranger les affaires du Maroc qui subit la fuite de ses téléspectateurs vers les satellites depuis plusieurs années.

De gauche à droit, Mohamed Abdelmotaal, DG de MBC Masr et de MBC5, et Mazen Hayek, Porte-parole du Groupe MBC, lors de la soirée d'annonce du lancement.

Télévision: MBC cible 10% de parts du marché publicitaire marocain

Le 18 septembre 2019 à17:03

Modifié le 18 septembre 2019 à 18:04

La dernière chaîne satellitaire dédiée au Maghreb du groupe saoudien MBC, aura jusqu’au prochain Ramadan pour dérouler sa force de frappe médiatique. Au vu des moyens dont dispose MBC5, de sa grille préliminaire des programmes et des têtes d’affiche qui y participent, ce lancement promet de secouer le marché marocain sur plusieurs plans.

Les difficultés des chaînes de télévision nationales, notamment 2M et Al Aoula (SNRT), s’intensifient au fil des années dans l’indifférence des pouvoirs publics : manque de moyens financiers, absence de contrat-programme avec l’Etat, une désaffection du public, un modèle économique dépassé, la concurrence du digital,… Une problématique qui n'est d'ailleurs pas propre au Maroc.

L’arrivée de MBC5 à partir du 21 septembre risque d’aggraver davantage la situation de ces chaînes, au moins pour deux raisons :

- Une partie supplémentaire des investissements publicitaires des annonceurs marocains, qui constituent l’essentiel des recettes des chaînes nationales, sera captée par la nouvelle chaîne satellitaire du groupe saoudien,

- L'engouement des talents marocains (acteurs, présentateurs…) pour ce nouvel acteur peut porter un coup supplémentaire à la programmation des chaines locales déjà vivement critiquée mais qui est justifiée en partie par les moyens limités.

200 millions de DH de recettes publicitaires, à terme

Le management du groupe MBC a fait les choses en grand pour annoncer, le 15 septembre à Beyrouth, le démarrage de cette nouvelle chaîne. Il est réputé pour sa discrétion quand il s'agit de parler des indicateurs commerciaux et financier, mais il a accepté toutefois de faire quelques révélations à Médias24.

Tout d'abord, MBC5 ne sera pas gérée par une filiale dédiée, mais directement par le groupe basé à Dubaï. Son équipe bénéficiera toutefois de l'autonomie administrative, financière, opérationnelle et de programmation.

Ce lancement s’inscrit dans une nouvelle politique globale d’expansion dans le monde arabe et de proximité avec les téléspectateurs des différents pays (création de MBC Masr, MBC Iraq…). Même si elle concerne à la fois le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, la chaîne sera principalement tournée vers le Royaume dans un premier temps, avant le renforcement progressif du poids des programmes ciblant les autres pays.

Le montant de l'investissement pour lancer cette nouvelle chaîne ? Mazen Hayek, porte-parole du groupe, se gardera de le révéler, arguant que la chaîne diffusera ses propres programmes dont elle supporte l'intégralité des coûts mais également d'autres programmes phares (The Voice, Arab Got Talent...) dont les coûts seront mutualisés.

En tous les cas, le responsable assure que l'investissement est colossal. Sera-t-il rentabilisé ? Mazen Hayek tient à préciser que MBC5 n'est pas créée pour rafler en masse les investissements publicitaires au Maroc.

"MBC reçoit depuis sa création en 1991 les investissements publicitaires d’annonceurs marocains, notamment à destination des chaînes MBC2 et MBC4. L’arrivée de la nouvelle chaîne ne vise donc pas une percée du marché mais sa consolidation pour toutes les chaînes du groupe".

Après insistance, le responsable a révélé qu'à terme, le management veut atteindre avec le lancement de MBC5 une part du marché publicitaire et un taux d'audience de 10%, contre environ 5% aujourd'hui. Autrement dit, environ 200 MDH d'un marché des investissements publicitaires dans la télévision qui tourne à 2 milliards de DH annuellement.

"20 millions de dollars de recettes ne suffiraient pas à couvrir toutes les charges de la nouvelle chaîne. C'est pour cela que je parle d'un investissement pour renforcer la présence globale du groupe au Maroc, sachant que nous figurons déjà dans le top 5 en termes d'audience".

Il n'en demeure pas moins que 200 MDH de recettes publicitaires en moins pour les télévisions marocaines est un gros manque à gagner dans un marché en baisse et compte tenu d'un business model où la publicité génère l'essentiel des recettes.

"Aucun intérêt politique"

Mohamed Abdelmotaal, DG de MBC Masr et de MBC 5, a, pour sa part, affirmé que les groupes médiatiques ont soit un intérêt politique soit un intérêt économique derrière le lancement d’une nouvelle chaîne. Il assure que MBC5 est une chaîne de divertissement et n’a donc aucune motivation politique. Et par conséquent, ses objectifs économiques sont légitimes.

Il n'en demeure pas moins que beaucoup pensent que l'objectif de cette expansion médiatique qui remonte à quelques années, est de vendre l'image de l'Arabie saoudite.

Mazen Hayek précise que MBC est un groupe médiatique qui respecte les lois des pays d'émission et de diffusion des programmes. "Ces derniers vont respecter à la fois les exigences du public marocain et celles des pouvoirs publics du Royaume. De plus, le groupe va contribuer au développement du secteur".

Le management assure en effet que MBC5 va stimuler les investissements locaux et développer les productions nationales, ce qui générera des créations d'emplois, particulièrement pour les jeunes.

Des rémunérations alléchantes

A ce titre, plus de 70 talents (acteurs, présentateurs), principalement des Marocains mais aussi des Algériens et des Tunisiens, collaboreront à plein temps avec la chaîne, assure le management de MBC. S’y ajoutent les emplois indirects.

Une bonne partie des programmes (90% des 10 émissions de lancement) sera soit tournée au Maroc (le reste au Caire, à Beyrouth…) soit réalisée par des maisons de production marocaines (Med Production, GoPro, Cinetelema…).

Par ailleurs, le conseiller de la chaîne est Mustapha Benali, ancien DG de 2M de 2003 à 2008.

Selon des acteurs et animateurs rencontrés par Médias24 lors de la soirée d’annonce du lancement de MBC5, la chaîne rémunère très bien ses collaborateurs, bien mieux que le marché local marocain.

D’où l’engouement suscité chez les grands noms de la scène artistique et médiatique pour travailler avec MBC5.

Une montée en puissance progressive

Toujours selon le groupe, la chaîne va démarrer progressivement. Quatre dates sont à retenir : le 21 septembre (date du démarrage de la diffusion test avec l'émission The Voice), le 21 octobre (date de lancement officiel), la fin d’année 2019 et le Ramadan 2020.

Si les premiers programmes annoncés promettent déjà d’assurer une bonne audience à MBC5, le management du groupe assure qu’il faudra attendre le prochain Ramadan pour voir toute la qualité et la diversité de son contenu.

Hormis Cheb Khaled, Driss et Mehdi, Najat Aatabou, Abdel Fattah Al Grini, Zineb Obaid, Hamza El Filali… qui animeront les premières émissions, des séries télévisées (4 au départ) réuniront plus tard des figures marocaines (Mohamed El Jem, Dounia Batma...) et des stars égyptiennes, turques..., assure-t-on.

Le groupe a par ailleurs eu une idée pour assurer une bonne audience à la nouvelle chaîne dès le départ : tous les téléspectateurs de la région capteront MBC5 sur la fréquence actuelle de MBC1 qui, elle, aura une nouvelle fréquence.

Ceci, en plus de la campagne publicitaire prévue (affichage, réseaux sociaux…) et de prix proposés aux téléspectateurs dans l’une des émissions de démarrage (5.000 DH pour chacun qui appelle le présentateur et dit « Allo MBC5 » pendant une période déterminée)...

Cette concurrence étrangère, avec des moyens disproportionnés, ne va pas arranger les affaires du Maroc qui subit la fuite de ses téléspectateurs vers les satellites depuis plusieurs années.

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