Tests Covid : Tensions à cause du nombre limité de laboratoires privés autorisés

18 laboratoires sur 418 disposent aujourd'hui de l'agrément pour la réalisation des tests PCR. Les professionnels de la biologie dénoncent l'exclusion de la majorité des acteurs et leur non-implication dans l'élaboration du cahier des charges. Le ministère assure qu'une trentaine de dossiers sont à l'étude par l'INH.

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Tests Covid : Tensions à cause du nombre limité de laboratoires privés autorisés

Le 24 septembre 2020 à 19:47

Modifié le 25 septembre 2020 à 09:49

Seuls 18 laboratoires sont agréés au niveau national pour effectuer les tests Covid, alors que le secteur en compte 418. Ce qui ne manque pas de créer une surcharge d'activités sur ces laboratoires agréés, un mécontentement des clients/patients qui doivent parfois voyager d'une ville à une autre pour se faire tester et conduit à des pratiques anarchiques décriées.

Ces 18 laboratoires sont considérés par certains acteurs comme des privilégiés par le système mis en place, notamment dans les instances représentantes des pharmaciens biologistes. 

"Ce n’est pas normal que le ministère accorde l'autorisation de faire la PCR à quelques laboratoires seulement. C’est du dirigisme, c’est anti-déontologique. C’est l’administration qui est en train de passer outre la loi", s'insurge un professionnel qui a requis l'anonymat, car le sujet est source de tensions au sein de la profession. 

"La composante de la biologie moléculaire n’a cessé de tendre la main au public pour faire les tests. Mais en vain", ajoute notre interlocuteur.

La tension est palpable dans le secteur. La question qui se pose est pourquoi ces 18 laboratoires ont eu l'agrément et pas d'autres ? "L'agrément n'est pas donné seulement à quelques laboratoires. La porte est ouverte à tous les laboratoires qui veulent se présenter. Ceux qui pensent être prêts n'ont qu'à faire la demande à l'Institut national d'hygiène (INH) et une commission sera chargée de venir inspecter les installations et la conformité au cahier des charges. Si tout est conforme, le laboratoire aura son agrément", répond une source au ministère de la Santé.

"Il faut savoir qu'il y a une trentaine de demandes d'autorisation en cours d'étude", ajoute le ministère.

 

Les représentants des biologistes exclus de la conception des cahiers des charges

Mais les griefs des professionnels sur ce dossier ne concernent pas que l'octroi des autorisations, elles portent à la base sur l'élaboration du cahier des charges servant à leur délivrance. "Le ministère a décidé de concevoir son cahier des charges dans des bureaux entre quatre murs sans s’ouvrir sur les professionnels", ajoute notre biologiste qui précise que la présidente du conseil des pharmaciens biologistes a adressé plusieurs courriers à la tutelle pour participer à l’élaboration du cahier des charges, sans réponses. 

Le conseil des pharmaciens biologistes confirme. "Le dernier cahier de charge reste toujours très contraignant pour la plupart des biologistes directeurs des laboratoires privés, malgré les modifications apportées telles que l’externalisation des prélèvements, mais il n’est pas en conformité avec l’article 15 de la loi 34-09 qui stipule qu’un cahier de charge doit être établi dans le cadre d’un partenariat public privé, or ce partenariat n’a pas encore été établi entre nous et le ministère de la santé. Selon l'article 15 / loi 34-09 : Les établissements de santé privés peuvent participer, sur la base d'un cahier de charges, à des actions de santé Publique dans le cadre de la complémentarité entre les deux secteurs. Dans ce cadre, des modes de partenariat public-privé seront mis en place pour permettre la participation du secteur privé à des missions du service public de santé, notamment par voie de la gestion déléguée, d'association à l'exécution d'actions conjointes ou par l'achat au secteur privé de prestations sanitaires non disponibles ou insuffisantes dans les établissements de santé publics", nous déclare Zineb Zniber, présidente du conseil des pharmaciens biologistes.

Celle-ci soulève un point précis du cahier des charges qui pose actuellement problème à nombre de laboratoires. "Les normes d’installation des laboratoires privés au Maroc sont fixées par l’arrêté ministériel N° 2008-05 du 19 octobre 2005. La plupart des laboratoires sont installés dans des immeubles et ne peuvent pas répondre aux exigences du cahier des charges", explique-t-elle. 

En effet, l'une des exigences du cahier des charges est que "dans le cas où le laboratoire partage l'entrée et/ou la sortie d'un bâtiment avec d'autres usagers, le prélèvement doit se faire dans un site localisé à l'extérieur dudit bâtiment". 

Cela suppose des aménagements supplémentaires pour ces laboratoires. Cela dit, l'exigence est nécessaire dans la mesure où nous sommes en présence d'une maladie à forte contagiosité. 

Les biologistes proposent de créer des plateformes PCR dédiées

Pour Dr Zineb Zniber, "les biologistes sont intéressés et ont toujours manifesté leur volonté de participer à l’effort national et ce depuis le début de la pandémie, et ont réfléchi à plusieurs solutions, comme par exemple créer des plateformes PCR dédiées au Covid, ou des plateaux techniques, où les biologistes mettront leurs moyens en commun et ce dans des espaces en dehors des laboratoires pour éviter toute contamination avec les autres patients", explique notre interlocutrice. 

"En multipliant ces plateformes dans les villes du royaume le secteur privé qui compte plus de 600 biologistes répartis dans tout le pays pourrait ainsi jouer son rôle et participer à l’effort national", poursuit-elle. 

Cela dit, malgré les contraintes et les doléances, les laboratoires n'hésitent pas à consentir des investissements pour se faire agréer. Mais les laboratoires ne sont pas toujours prêts. "Nous avons reçu par exemple une demande d'un laboratoire à Agadir et quand nous nous sommes déplacés pour l'inspection, les travaux d'aménagement étaient toujours en cours", ajoute notre source au ministère de la Santé qui insiste auprès des laboratoires sur le respect du cahier des charges, et ce n'est qu'une fois qu'ils s'estiment prêts qu'ils doivent initier la demande. 

"Nous avons quatre équipes qui sillonnent le pays pour autoriser les laboratoires. Il faut se conformer au cahier des charges et il n'y a aucune raison pour ne pas avoir l'agrément", insiste notre source. Celle-ci nous informe d'ailleurs que l'INH n'est plus obligé de revenir au ministère de la Santé pour valider les dossiers, comme précisé dans la dernière circulaire. 

Cette procédure a été décentralisée. "Désormais, quand l'INH reçoit une demande de la part d'un laboratoire pour l'agrément, il doit se concerter avec les directions régionales", explique notre source. Une simplification qui permet de fluidifier le processus d'agrément et le rendre plus rapide. 

Le contrôle des anciennes autorisations est en cours

Parmi les critiques sur le système actuel, la conformité des laboratoires agréés selon l'ancienne version du cahier des charges à la nouvelle version. Pour rappel, la nouvelle circulaire détaille la procédure et les exigences techniques et logistiques que les laboratoires doivent respecter pour être conformes. En voici quelques-unes : 

- dans le cas où le laboratoire partage l'entrée et/ou la sortie d'un bâtiment avec d'autres usagers, le prélèvement doit se faire dans un site localisé à l'extérieur dudit bâtiment

- la garantie de la confidentialité : ne rendre les résultats qu'au service compétent du ministère de la Santé et à la personne concernée

- le respect du circuit des prélèvements reçus au laboratoire de telle façon à éviter leur croisement avec ceux des patients non-covid et les autres prélèvements

- La gestion des déchets émanant de l'activité Covid-19

- Le remise des résultats dans les 24 heures qui suivent le prélèvement.

Ces points ne sont pas toujours respectés notamment pour la remise des résultats dans les 24 heures. Interrogée sur ce point, notre source au ministère de la Santé répond que "les contrôles sont en cours". 

En attendant, le respect des délais est loin d'être la règle dans le secteur. Il y a aussi la question des tarifs qui pose toujours un sérieux problème au sein de la profession et crée la confusion chez les patients/clients. Sur ce point, notre source au ministère de la Santé nous confie qu'une commission a fixé les tarifs qui doivent être pratiqués par le privé. "Nous attendons juste la publication de la nomenclature au bulletin officiel".

C'est ce que nous confirme Dr Zniber également. " Le prix des analyses de biologie médicale est fixé par une nomenclature sous forme d’arrêté ministériel. La dernière nomenclature date de 2005 et nous sommes tenus de la respecter. Nous avons appris que la commission de nomenclature s’était réunie courant juillet pour la cotation des tests du Covid, mais jusqu’à présent aucun arrêté des prix des analyses du Covid n'a été publié dans le bulletin officiel", précise-t-elle. 

La majorité des laboratoires sont alignés officieusement sur un tarif qui tend vers 700 DH pour la PCR, qui est selon nos sources le tarif qui a été arrêté par la commission. Mais il arrive à certains de pratiquer des prix plus ou moins élevés tant que le tarif n'est pas officiel. 

Tests Covid : Tensions à cause du nombre limité de laboratoires privés autorisés

Le 24 septembre 2020 à19:48

Modifié le 25 septembre 2020 à 09:49

18 laboratoires sur 418 disposent aujourd'hui de l'agrément pour la réalisation des tests PCR. Les professionnels de la biologie dénoncent l'exclusion de la majorité des acteurs et leur non-implication dans l'élaboration du cahier des charges. Le ministère assure qu'une trentaine de dossiers sont à l'étude par l'INH.

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Seuls 18 laboratoires sont agréés au niveau national pour effectuer les tests Covid, alors que le secteur en compte 418. Ce qui ne manque pas de créer une surcharge d'activités sur ces laboratoires agréés, un mécontentement des clients/patients qui doivent parfois voyager d'une ville à une autre pour se faire tester et conduit à des pratiques anarchiques décriées.

Ces 18 laboratoires sont considérés par certains acteurs comme des privilégiés par le système mis en place, notamment dans les instances représentantes des pharmaciens biologistes. 

"Ce n’est pas normal que le ministère accorde l'autorisation de faire la PCR à quelques laboratoires seulement. C’est du dirigisme, c’est anti-déontologique. C’est l’administration qui est en train de passer outre la loi", s'insurge un professionnel qui a requis l'anonymat, car le sujet est source de tensions au sein de la profession. 

"La composante de la biologie moléculaire n’a cessé de tendre la main au public pour faire les tests. Mais en vain", ajoute notre interlocuteur.

La tension est palpable dans le secteur. La question qui se pose est pourquoi ces 18 laboratoires ont eu l'agrément et pas d'autres ? "L'agrément n'est pas donné seulement à quelques laboratoires. La porte est ouverte à tous les laboratoires qui veulent se présenter. Ceux qui pensent être prêts n'ont qu'à faire la demande à l'Institut national d'hygiène (INH) et une commission sera chargée de venir inspecter les installations et la conformité au cahier des charges. Si tout est conforme, le laboratoire aura son agrément", répond une source au ministère de la Santé.

"Il faut savoir qu'il y a une trentaine de demandes d'autorisation en cours d'étude", ajoute le ministère.

 

Les représentants des biologistes exclus de la conception des cahiers des charges

Mais les griefs des professionnels sur ce dossier ne concernent pas que l'octroi des autorisations, elles portent à la base sur l'élaboration du cahier des charges servant à leur délivrance. "Le ministère a décidé de concevoir son cahier des charges dans des bureaux entre quatre murs sans s’ouvrir sur les professionnels", ajoute notre biologiste qui précise que la présidente du conseil des pharmaciens biologistes a adressé plusieurs courriers à la tutelle pour participer à l’élaboration du cahier des charges, sans réponses. 

Le conseil des pharmaciens biologistes confirme. "Le dernier cahier de charge reste toujours très contraignant pour la plupart des biologistes directeurs des laboratoires privés, malgré les modifications apportées telles que l’externalisation des prélèvements, mais il n’est pas en conformité avec l’article 15 de la loi 34-09 qui stipule qu’un cahier de charge doit être établi dans le cadre d’un partenariat public privé, or ce partenariat n’a pas encore été établi entre nous et le ministère de la santé. Selon l'article 15 / loi 34-09 : Les établissements de santé privés peuvent participer, sur la base d'un cahier de charges, à des actions de santé Publique dans le cadre de la complémentarité entre les deux secteurs. Dans ce cadre, des modes de partenariat public-privé seront mis en place pour permettre la participation du secteur privé à des missions du service public de santé, notamment par voie de la gestion déléguée, d'association à l'exécution d'actions conjointes ou par l'achat au secteur privé de prestations sanitaires non disponibles ou insuffisantes dans les établissements de santé publics", nous déclare Zineb Zniber, présidente du conseil des pharmaciens biologistes.

Celle-ci soulève un point précis du cahier des charges qui pose actuellement problème à nombre de laboratoires. "Les normes d’installation des laboratoires privés au Maroc sont fixées par l’arrêté ministériel N° 2008-05 du 19 octobre 2005. La plupart des laboratoires sont installés dans des immeubles et ne peuvent pas répondre aux exigences du cahier des charges", explique-t-elle. 

En effet, l'une des exigences du cahier des charges est que "dans le cas où le laboratoire partage l'entrée et/ou la sortie d'un bâtiment avec d'autres usagers, le prélèvement doit se faire dans un site localisé à l'extérieur dudit bâtiment". 

Cela suppose des aménagements supplémentaires pour ces laboratoires. Cela dit, l'exigence est nécessaire dans la mesure où nous sommes en présence d'une maladie à forte contagiosité. 

Les biologistes proposent de créer des plateformes PCR dédiées

Pour Dr Zineb Zniber, "les biologistes sont intéressés et ont toujours manifesté leur volonté de participer à l’effort national et ce depuis le début de la pandémie, et ont réfléchi à plusieurs solutions, comme par exemple créer des plateformes PCR dédiées au Covid, ou des plateaux techniques, où les biologistes mettront leurs moyens en commun et ce dans des espaces en dehors des laboratoires pour éviter toute contamination avec les autres patients", explique notre interlocutrice. 

"En multipliant ces plateformes dans les villes du royaume le secteur privé qui compte plus de 600 biologistes répartis dans tout le pays pourrait ainsi jouer son rôle et participer à l’effort national", poursuit-elle. 

Cela dit, malgré les contraintes et les doléances, les laboratoires n'hésitent pas à consentir des investissements pour se faire agréer. Mais les laboratoires ne sont pas toujours prêts. "Nous avons reçu par exemple une demande d'un laboratoire à Agadir et quand nous nous sommes déplacés pour l'inspection, les travaux d'aménagement étaient toujours en cours", ajoute notre source au ministère de la Santé qui insiste auprès des laboratoires sur le respect du cahier des charges, et ce n'est qu'une fois qu'ils s'estiment prêts qu'ils doivent initier la demande. 

"Nous avons quatre équipes qui sillonnent le pays pour autoriser les laboratoires. Il faut se conformer au cahier des charges et il n'y a aucune raison pour ne pas avoir l'agrément", insiste notre source. Celle-ci nous informe d'ailleurs que l'INH n'est plus obligé de revenir au ministère de la Santé pour valider les dossiers, comme précisé dans la dernière circulaire. 

Cette procédure a été décentralisée. "Désormais, quand l'INH reçoit une demande de la part d'un laboratoire pour l'agrément, il doit se concerter avec les directions régionales", explique notre source. Une simplification qui permet de fluidifier le processus d'agrément et le rendre plus rapide. 

Le contrôle des anciennes autorisations est en cours

Parmi les critiques sur le système actuel, la conformité des laboratoires agréés selon l'ancienne version du cahier des charges à la nouvelle version. Pour rappel, la nouvelle circulaire détaille la procédure et les exigences techniques et logistiques que les laboratoires doivent respecter pour être conformes. En voici quelques-unes : 

- dans le cas où le laboratoire partage l'entrée et/ou la sortie d'un bâtiment avec d'autres usagers, le prélèvement doit se faire dans un site localisé à l'extérieur dudit bâtiment

- la garantie de la confidentialité : ne rendre les résultats qu'au service compétent du ministère de la Santé et à la personne concernée

- le respect du circuit des prélèvements reçus au laboratoire de telle façon à éviter leur croisement avec ceux des patients non-covid et les autres prélèvements

- La gestion des déchets émanant de l'activité Covid-19

- Le remise des résultats dans les 24 heures qui suivent le prélèvement.

Ces points ne sont pas toujours respectés notamment pour la remise des résultats dans les 24 heures. Interrogée sur ce point, notre source au ministère de la Santé répond que "les contrôles sont en cours". 

En attendant, le respect des délais est loin d'être la règle dans le secteur. Il y a aussi la question des tarifs qui pose toujours un sérieux problème au sein de la profession et crée la confusion chez les patients/clients. Sur ce point, notre source au ministère de la Santé nous confie qu'une commission a fixé les tarifs qui doivent être pratiqués par le privé. "Nous attendons juste la publication de la nomenclature au bulletin officiel".

C'est ce que nous confirme Dr Zniber également. " Le prix des analyses de biologie médicale est fixé par une nomenclature sous forme d’arrêté ministériel. La dernière nomenclature date de 2005 et nous sommes tenus de la respecter. Nous avons appris que la commission de nomenclature s’était réunie courant juillet pour la cotation des tests du Covid, mais jusqu’à présent aucun arrêté des prix des analyses du Covid n'a été publié dans le bulletin officiel", précise-t-elle. 

La majorité des laboratoires sont alignés officieusement sur un tarif qui tend vers 700 DH pour la PCR, qui est selon nos sources le tarif qui a été arrêté par la commission. Mais il arrive à certains de pratiquer des prix plus ou moins élevés tant que le tarif n'est pas officiel. 

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