Textile: Le Turc Karnawall investira 610 MDH pour redémarrer l'usine Legler

Le complexe Legler situé à Skhirat a été repris par le Turc Karnawall. Ce dernier compte investir 610 MDH pour relancer ce complexe industriel intégré, érigé sur un terrain de 14 hectares. 

Textile: Le Turc Karnawall investira 610 MDH pour redémarrer l'usine Legler

Le 31 janvier 2020 à 11:16

Modifié le 02 février 2020 à 13:08

Début octobre 2018, Médias24 écrivait que « des négociations étaient en cours avec un investisseur turc spécialisé dans l’amont textile pour la reprise de Legler ». Depuis, aucune information n’a filtré sur l’identité de cet investisseur ni sur l'aboutissement des négociations.

Plus d’un an plus tard, on connaît enfin le nom du mystérieux industriel qui fera renaître de ses cendres le complexe Legler. Il s’agit du groupe turc Karnawall.

La convention entre l’industriel turc et le gouvernement marocain a été signé le 25 octobre 2018, donnant le coup de départ à une nouvelle vie pour le site de Legler qui aura d’importantes retombées sur le secteur textile marocain.

Qui est Karnawall ?

Karnawall est un groupe familial qui opère dans plusieurs secteurs (alimentaire, construction...) parmi lesquels le textile, depuis les années 80.

Il est présent sur les différentes filières, de la production du fil à la fabrication du produit fini. Karnawall textile fabrique essentiellement des uniformes (armée, police, pompiers…), du linge de maison et de l’habillement. Il dispose de quatre usines en Turquie et d’une cinquième en Roumanie.

Et pour sa sixième usine qu’il a décidé d’implanter au Maroc, Karnawall ne fera pas les choses à moitié. Il s’est approprié depuis le début de l’année 2019 le site de Legler, situé à Skhirat qui s’étend sur une surface de 14 hectares avec une surface couverte de 60.000 m2.

Il dispose d’une capacité totale de production annuelle dépassant les 80 millions de mètres. L’unité de confection, elle, dispose d’une capacité annuelle de 4,5 millions de pièces.

En quoi consiste concrètement leur projet au Maroc ?  Le directeur des industries du textile et du cuir au ministère de l’Industrie a accepté de nous éclairer sur l’ampleur de ce projet. « Karnawall compte investir 610 MDH. Il se lancera dans la filature, le tissage, la teinture, l’impression et la confection », nous répond Taha Ghazi.

L’activité filature a déjà démarré, à en croire notre interlocuteur. « Le recrutement est entamé. Le groupe est en train de ramener les machines et les équipements nécessaires pour les autres segments dont le démarrage se fera au cours du premier semestre 2020 », poursuit-il.

« C’est un complexe industriel textile intégré de A à Z. Il produira de l’habillement, du textile de maison et des vêtements d’image », ajoute notre interlocuteur.

Par vêtements d’image, on entend les tenues réglementaires comme les uniformes militaires, les tenues des forces de police et des pompiers… En plus des tenues, le groupe fournit également des équipements supplémentaires comme les survêtements, les chaussures, les besoins extérieurs des camps, les solutions de balistiques anticorps, etc.

Le groupe se présente comme l’un des plus grands fournisseurs des forces de sécurité en Turquie mais aussi dans des pays de l’Afrique subsaharienne. Ce que nous confirme notre source au ministère. « Karnawall va adresser le marché national, l’export vers l’Europe mais aussi le marché africain sur lequel il travaille déjà avec plusieurs Etats ».

Le Fonds de développement industriel mis à contribution

En effet, le groupe turc a multiplié les marchés avec les pays africains au point d’envisager d’installer une usine sur le continent pour répondre à la demande. « En 2017, des contacts avec la BMCE se sont établis pour la reprise du complexe Legler », nous confie une source bancaire. Le groupe de Othmane Benjelloun était l’un des plus exposés avec Attijariwafa bank, dans la faillite de Legler. On évoquait une ardoise de 1,5 MMDH cumulée entre les différentes entités qui composait ce groupe textile. Celle relative à Legler est de 450 MDH, nous assure une source fiable.

« Les Turcs ont commencé les négociations avec BMCE pour la reprise des installations Legler, mais le deal ne se concrétisera pas à cause de contraintes administratives », nous explique-t-on. Karnawall se tournera donc vers un autre pays pour installer son unité africaine.

« En 2018, BMCE tente de repêcher le groupe et le convaincre de finaliser son deal au Maroc, même s’il avait entamé des démarches dans un autre pays. C’est ce qui se fera au cours de l’année et se soldera par la signature de la convention en octobre », ajoute notre source.  Pour la petite histoire, BMCE a tenté de constituer un consortium d’industriels marocains pour la reprise du projet, mais leurs tentatives sont restées vaines.

L’intérêt du Turc Karnawall, combiné aux efforts de BMCE et du ministère de l’Industrie finiront par payer.  

Quels ont été les arguments des Marocains ?  D’abord, « un outils industriel prêt à l’emploi. Les dirigeants de Karnawall n’avaient pas à perdre leur temps sur les questions du foncier et de la construction. En plus, le complexe Legler est considéré comme un bijou industriel », répond notre source bancaire. « BMCE qui leur a vendu le site, les accompagne également dans leur projet d’investissement », ajoute-t-elle.

Les autres arguments relèvent des incitations accordées dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI) notamment un appui assez important à l'investissement matériel et immatériel à travers le Fonds de développement industriel et d’investissements (FDII).

Sur les 610 MDH que le groupe va investir, une partie sera financée par le FDII. « La première partie de l’aide leur a déjà été versée », assure Taha Ghazi.  En contrepartie de ces aides, le groupe s’engage à réaliser ses investissements dans les délais impartis, créer 2.160 emplois à horizon 2021 et réaliser un chiffre d’affaires global de plus de 520 MDH.

Augmenter la valeur ajoutée locale 

Ce projet est stratégique pour le Maroc à plus d’un titre. A part la symbolique de remettre sur pied l’emblème du secteur textile marocain des années 2000, l’usine Legler, l’installation de Karnawall vient renforcer le segment de l’amont considéré comme un maillon faible.

« Karnawall produira, en plus des produits finis, du fil et des tissus pour le marché local et pourra ainsi sourcer les industriels marocains. Elle servira de locomotive pour le secteur textile », explique le directeur textile au ministère.

Le premier avantage est de faire de Karnawall un levier pour attirer d’autres géants dans le secteur. « L'installation de Karnawall au Maroc ne passera pas inaperçue à l'international. Elle donne un signal fort aux autres investisseurs », avance le directeur textile au ministère.

Le deuxième avantage, qui n’est pas des moindres, c’est qu’en fournissant les acteurs locaux, le Maroc résoudra son problème de règles d’origine.

Les produits textiles marocains paient des droits de douane de 12% sur le marché européen et de 25% à 32% sur le marché américain car ces deux partenaires considèrent que la valeur ajoutée réalisée au Maroc est insuffisante pour remplir la condition de la règle d’origine et donc les faire profiter de la suppression des barrières tarifaires.

« Si on arrive à développer l’amont, nous gagnerons en termes de valeur ajoutée locale et nous pourrons exporter nos produits aux USA et à l’UE sans droits de douane », explique Taha Ghazi. Un gain de compétitivité énorme.

Le troisième avantage est un gain de temps considérable. Le Maroc qui se positionne sur le Fast Fashion, disposera d’une unité capable de répondre aux besoins de ses clients dans des délais plus rapides. « Nous allons gagner en termes de réactivité. Au lieu d’attendre 2 ou 3 mois l’arrivée d’un bateau de l’Asie, la production prendra quelques semaines au plus », explique le directeur textile du ministère de l’industrie.

Textile: Le Turc Karnawall investira 610 MDH pour redémarrer l'usine Legler

Le 31 janvier 2020 à11:27

Modifié le 02 février 2020 à 13:08

Le complexe Legler situé à Skhirat a été repris par le Turc Karnawall. Ce dernier compte investir 610 MDH pour relancer ce complexe industriel intégré, érigé sur un terrain de 14 hectares. 

Début octobre 2018, Médias24 écrivait que « des négociations étaient en cours avec un investisseur turc spécialisé dans l’amont textile pour la reprise de Legler ». Depuis, aucune information n’a filtré sur l’identité de cet investisseur ni sur l'aboutissement des négociations.

Plus d’un an plus tard, on connaît enfin le nom du mystérieux industriel qui fera renaître de ses cendres le complexe Legler. Il s’agit du groupe turc Karnawall.

La convention entre l’industriel turc et le gouvernement marocain a été signé le 25 octobre 2018, donnant le coup de départ à une nouvelle vie pour le site de Legler qui aura d’importantes retombées sur le secteur textile marocain.

Qui est Karnawall ?

Karnawall est un groupe familial qui opère dans plusieurs secteurs (alimentaire, construction...) parmi lesquels le textile, depuis les années 80.

Il est présent sur les différentes filières, de la production du fil à la fabrication du produit fini. Karnawall textile fabrique essentiellement des uniformes (armée, police, pompiers…), du linge de maison et de l’habillement. Il dispose de quatre usines en Turquie et d’une cinquième en Roumanie.

Et pour sa sixième usine qu’il a décidé d’implanter au Maroc, Karnawall ne fera pas les choses à moitié. Il s’est approprié depuis le début de l’année 2019 le site de Legler, situé à Skhirat qui s’étend sur une surface de 14 hectares avec une surface couverte de 60.000 m2.

Il dispose d’une capacité totale de production annuelle dépassant les 80 millions de mètres. L’unité de confection, elle, dispose d’une capacité annuelle de 4,5 millions de pièces.

En quoi consiste concrètement leur projet au Maroc ?  Le directeur des industries du textile et du cuir au ministère de l’Industrie a accepté de nous éclairer sur l’ampleur de ce projet. « Karnawall compte investir 610 MDH. Il se lancera dans la filature, le tissage, la teinture, l’impression et la confection », nous répond Taha Ghazi.

L’activité filature a déjà démarré, à en croire notre interlocuteur. « Le recrutement est entamé. Le groupe est en train de ramener les machines et les équipements nécessaires pour les autres segments dont le démarrage se fera au cours du premier semestre 2020 », poursuit-il.

« C’est un complexe industriel textile intégré de A à Z. Il produira de l’habillement, du textile de maison et des vêtements d’image », ajoute notre interlocuteur.

Par vêtements d’image, on entend les tenues réglementaires comme les uniformes militaires, les tenues des forces de police et des pompiers… En plus des tenues, le groupe fournit également des équipements supplémentaires comme les survêtements, les chaussures, les besoins extérieurs des camps, les solutions de balistiques anticorps, etc.

Le groupe se présente comme l’un des plus grands fournisseurs des forces de sécurité en Turquie mais aussi dans des pays de l’Afrique subsaharienne. Ce que nous confirme notre source au ministère. « Karnawall va adresser le marché national, l’export vers l’Europe mais aussi le marché africain sur lequel il travaille déjà avec plusieurs Etats ».

Le Fonds de développement industriel mis à contribution

En effet, le groupe turc a multiplié les marchés avec les pays africains au point d’envisager d’installer une usine sur le continent pour répondre à la demande. « En 2017, des contacts avec la BMCE se sont établis pour la reprise du complexe Legler », nous confie une source bancaire. Le groupe de Othmane Benjelloun était l’un des plus exposés avec Attijariwafa bank, dans la faillite de Legler. On évoquait une ardoise de 1,5 MMDH cumulée entre les différentes entités qui composait ce groupe textile. Celle relative à Legler est de 450 MDH, nous assure une source fiable.

« Les Turcs ont commencé les négociations avec BMCE pour la reprise des installations Legler, mais le deal ne se concrétisera pas à cause de contraintes administratives », nous explique-t-on. Karnawall se tournera donc vers un autre pays pour installer son unité africaine.

« En 2018, BMCE tente de repêcher le groupe et le convaincre de finaliser son deal au Maroc, même s’il avait entamé des démarches dans un autre pays. C’est ce qui se fera au cours de l’année et se soldera par la signature de la convention en octobre », ajoute notre source.  Pour la petite histoire, BMCE a tenté de constituer un consortium d’industriels marocains pour la reprise du projet, mais leurs tentatives sont restées vaines.

L’intérêt du Turc Karnawall, combiné aux efforts de BMCE et du ministère de l’Industrie finiront par payer.  

Quels ont été les arguments des Marocains ?  D’abord, « un outils industriel prêt à l’emploi. Les dirigeants de Karnawall n’avaient pas à perdre leur temps sur les questions du foncier et de la construction. En plus, le complexe Legler est considéré comme un bijou industriel », répond notre source bancaire. « BMCE qui leur a vendu le site, les accompagne également dans leur projet d’investissement », ajoute-t-elle.

Les autres arguments relèvent des incitations accordées dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI) notamment un appui assez important à l'investissement matériel et immatériel à travers le Fonds de développement industriel et d’investissements (FDII).

Sur les 610 MDH que le groupe va investir, une partie sera financée par le FDII. « La première partie de l’aide leur a déjà été versée », assure Taha Ghazi.  En contrepartie de ces aides, le groupe s’engage à réaliser ses investissements dans les délais impartis, créer 2.160 emplois à horizon 2021 et réaliser un chiffre d’affaires global de plus de 520 MDH.

Augmenter la valeur ajoutée locale 

Ce projet est stratégique pour le Maroc à plus d’un titre. A part la symbolique de remettre sur pied l’emblème du secteur textile marocain des années 2000, l’usine Legler, l’installation de Karnawall vient renforcer le segment de l’amont considéré comme un maillon faible.

« Karnawall produira, en plus des produits finis, du fil et des tissus pour le marché local et pourra ainsi sourcer les industriels marocains. Elle servira de locomotive pour le secteur textile », explique le directeur textile au ministère.

Le premier avantage est de faire de Karnawall un levier pour attirer d’autres géants dans le secteur. « L'installation de Karnawall au Maroc ne passera pas inaperçue à l'international. Elle donne un signal fort aux autres investisseurs », avance le directeur textile au ministère.

Le deuxième avantage, qui n’est pas des moindres, c’est qu’en fournissant les acteurs locaux, le Maroc résoudra son problème de règles d’origine.

Les produits textiles marocains paient des droits de douane de 12% sur le marché européen et de 25% à 32% sur le marché américain car ces deux partenaires considèrent que la valeur ajoutée réalisée au Maroc est insuffisante pour remplir la condition de la règle d’origine et donc les faire profiter de la suppression des barrières tarifaires.

« Si on arrive à développer l’amont, nous gagnerons en termes de valeur ajoutée locale et nous pourrons exporter nos produits aux USA et à l’UE sans droits de douane », explique Taha Ghazi. Un gain de compétitivité énorme.

Le troisième avantage est un gain de temps considérable. Le Maroc qui se positionne sur le Fast Fashion, disposera d’une unité capable de répondre aux besoins de ses clients dans des délais plus rapides. « Nous allons gagner en termes de réactivité. Au lieu d’attendre 2 ou 3 mois l’arrivée d’un bateau de l’Asie, la production prendra quelques semaines au plus », explique le directeur textile du ministère de l’industrie.

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