Tout ce qu'il faut savoir sur la vaccination et la Covid-19 (Dr Tayeb Hamdi)

CONTRIBUTION. Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé détaille dans une note partagée avec Médias24 tout ce qu'il faut savoir au sujet de la vaccination, les vaccins, les essais de vaccin contre la Covid-19 ainsi que la campagne de vaccination préparée par le Maroc. 

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Tout ce qu'il faut savoir sur la vaccination et la COVID-19 (Dr Tayeb Hamdi)

Le 27 novembre 2020 à 19:28

Modifié le 30 novembre 2020 à 09:30

Ces dernières semaines, les informations au sujet de l'évolution des vaccins anti-Covid et des préparatifs pour la campagne de vaccination au Maroc sont de plus en plus nombreuses, éclipsant presque, les informations relatives aux nouveaux cas de contamination. Cela semble compréhensible quand on sait que le vaccin est le seul espoir pour sortir de cette crise sanitaire. 

Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé estime dans une note scientifique partagée avec Médias24 que pour contrôler l’épidémie, il y a deux conditions sine qua non : un vaccin sûr et efficace et une parfaite adhésion à la vaccination.

La vaccination, un exploit sans précédent

Dans son analyse, le docteur revient d'abord sur la notion de la vaccination qui peut être parfois au cœur de critiques. "Il y a un consensus scientifique mondial : la vaccination est l’intervention de santé la plus efficace au monde pour faire diminuer les taux de morbidité et de mortalité, qui n’a pas d’égal, à part l’approvisionnement de la population mondiale en eau potable", avance-t-il. 

Aujourd'hui, plus de 200 ans après la découverte de la vaccination, nous ne disposons de vaccins que contre 28 maladies. Actuellement, 200 vaccins sont en cours de recherche.

La variole, par exemple, a été complètement éradiquée depuis 40 ans déjà. Ainsi, 5 millions de personnes ne perdent plus la vie annuellement, après son éradication ; et beaucoup plus de millions de personnes ne sont plus affectées par les séquelles de cette maladie.  

"Aujourd'hui, grâce à cette merveilleuse découverte qu'est la vaccination, nous sauvons 9 millions de vies par an, soit plus de 24 000 décès évités par jour, ou 17 décès évités par minute", avance Dr Hamdi. 

"Grâce aux vaccins administrés aux enfants du monde contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos et la polio, 3 millions de vies sont sauvées annuellement. Soit plus de 8.000 morts évités par jour, l’équivalent de 5 décès par minute. On perd encore, malheureusement, 5 vies toutes les deux minutes en raison de l’inaccessibilité aux vaccins, pourtant disponibles. Une partie des enfants à travers la planète n’a pas encore accès aux vaccins disponibles, principalement à cause de la pauvreté. Ainsi nous perdons toujours annuellement un million et demi de vies", ajoute-t-il en précisant que ce ne sont là que des chiffres de décès. Bien que ces maladies laissent derrière elles aussi des millions de personnes avec des séquelles graves, comme la paralysie chez les enfants, la cécité, des lésions cérébrales…

Pour le Dr Tayeb Hamdi, "16 millions de vies supplémentaires pourraient être sauvées si la médecine parvient à mettre au point des vaccins contre toutes les maladies infectieuses, évitables par la vaccination".  

L’immunité naturelle vs l'immunité post-vaccinale

Dans sa note, le docteur s'attaque également aux idées reçues selon lesquelles la vaccination surchargerait le système immunitaire ou serait moins efficace que l'immunité acquise après la maladie. 

"Prétendre que l’immunité acquise par l’exposition aux infections serait meilleure et « plus naturelle » est une grave erreur. D’abord parce que l’immunité acquise par la vaccination est une immunité tout à fait naturelle. C’est le système immunitaire du corps humain qui produit les anticorps, qui mémorise les « agresseurs : microbes » et c’est notre corps qui orchestre lui-même sa défense contre les agressions antigéniques. Le vaccin ne joue que le rôle de stimulateur de cette immunité naturelle et ne se substitue nullement à cette immunité". 

"L’objectif de la vaccination ne consiste pas à donner au corps humain des anticorps prêts à l’emploi pour remplacer son immunité naturelle. La vaccination préventive est l’utilisation d’antigènes qui provoquent une réponse immunitaire de l’organisme, spécialisée contre un agresseur défini lui permettant de se préparer tôt pour éliminer les microbes s’il y est exposé ultérieurement", poursuit Dr Hamdi. 

"S’exposer à des infections sans vaccination engendre de nombreuses maladies, parfois graves et mortelles, par millions chaque année dans le monde. Si l’exposition à ces maladies ne présentait pas de risques, on se serait passé de chercher des vaccins, ou de chercher une immunité post-maladie". 

"Une réalité scientifique très importante : l’immunité post vaccinale est plus puissante, plus protectrice et plus durable que l’immunité acquise après la maladie". 

Par ailleurs, ce chercheur en politiques et systèmes de santé assure que "donner au corps humain différents vaccins, ne surcharge pas son système immunitaire. Ce sont des craintes compréhensibles, mais sans fondement. D’abord, les études estiment que le système immunitaire du nouveau-né peut répondre à 10 000 vaccins en même temps, grâce à la force, l’ampleur et la complexité du système immunitaire dont est doté le corps humain". 

"On estime aussi que si tous les vaccins actuellement destinés aux enfants étaient administrés simultanément à un nourrisson, ces vaccins n’occuperaient qu’un sur mille de la capacité de son système immunitaire. Le nombre de vaccins augmente avec la recherche scientifique, mais grâce à cette même recherche scientifique, la quantité d’antigènes contenus dans ces vaccins diminue constamment dans les nouveaux vaccins. Rappelons que le corps de l’enfant (de l’être humain en général) est exposé quotidiennement à de nombreux antigènes avec lesquels le système immunitaire interagit sans le moindre problème de surcharge", argumente Dr Hamdi. 

Le vaccin anti-Covid est un exploit sans précèdent

Ces clarifications faites, Dr Tayeb Hamdi analyse le vaccin tant attendu contre la Covid-19. "Mettre au point un vaccin en moins d’une année est une réalisation scientifique sans précédent dans l’histoire de la médecine. La durée moyenne pour trouver un vaccin est de plus de dix ans (10.7 ans)", explique-t-il. 

"Trouver un vaccin contre la varicelle a pris 34 ans. Après 40 ans de maladie et de recherches, nous sommes toujours sans vaccin contre le SIDA", précise-t-il. 

Ce qui interpelle plus d'un sur les raisons de cette prouesse. Une interrogation à laquelle répond Dr Hamdi en expliquant qu'il y a au moins trois raisons qui ont permis ce temps record pour le vaccin anti-Covid-19 : 

- La pandémie de Covid-19 a non seulement touché les individus, mais a également affecté la vie sociale, la scolarité et a considérablement ralenti l’économie mondiale. Les pertes économiques dues à la pandémie sont estimées à des milliers de milliards de dollars. Les pays riches du G20 ont jusqu’à présent dépensé pour faire face à la pandémie plus de 11 000 milliards de dollars, un chiffre astronomique. Pour cette raison, les laboratoires ont alloué d’énormes budgets aux études et à la recherche dans la course vers le vaccin. Leur « produit » ne pourra être qu’un total succès pour sa commercialisation, et à n’importe quel prix. Les gouvernements ont fourni des milliards de dollars aux laboratoires pour accélérer encore plus la recherche, et ont passé des précommandes pour d’énormes quantités de vaccins. Ce financement exceptionnel a été un facteur déterminant pour booster la recherche.

- Avant, les chercheurs passaient des années pour identifier la structure exacte des nouveaux virus. Cette fois-ci les chercheurs ont utilisé une technique primée Nobel de chimie 2017, la cryo-microscopie électronique, qui a permis de voir le virus SARS-CoV-2 dans tous ses détails en quatre ou cinq semaines au lieu de trois à cinq ans. Les grandes avancées scientifiques durant la dernière décennie en matière de vaccins ont apporté un plus.

- La recherche d’un vaccin contre le nouveau coronavirus n’est pas partie de zéro, mais d’une accumulation scientifique avec deux versions précédentes : la première épidémie corona en Asie en 2003, et celle du Moyen-Orient en 2012. Au cours des deux épidémies, les recherches des vaccins ont été interrompues après arrêt des deux épidémies. La recherche en 2020 pour ce nouveau coronavirus a repris les connaissances accumulées.

En matière de sécurité, innocuité et efficacité des vaccins anti-Covid-19, Dr Hamdi explique que "les résultats annoncés à ce jour confirment un degré très élevé de sécurité et d’efficacité : peu et de simples effets secondaires, et plus de 90 % d’efficacité pour certains vaccins. Même les chercheurs les plus optimistes ne s’y attendaient pas". 

Rappelons qu'aujourd’hui, plus de 200 vaccins anti-Covid sont en cours d’études et d’essais. Une cinquantaine sont en phase d’études cliniques, c’est-à-dire sur des humains, dont 12 sont en phase 3 qui, elle, autorise la mise sur le marché et l’usage ou non des médicaments et vaccins.

La course mondiale vers le vaccin est sans merci. Depuis le mois d’août, les pays riches, qui n’abritent que 13% de la population mondiale, avaient déjà précommandé plus de 50% des vaccins en cours d’essais.

Les différents types de vaccins en course

Justement, le Maroc a participé à l'essai clinique phase 3 du vaccin développé par le Chinois Sinopharm, à l’instar de plusieurs autres pays. L'objectif étant de pouvoir s'approvisionner, si ce vaccin est jugé sûr et efficace, et assurer un transfert de technologies pour produire ultérieurement ce vaccin au Maroc et servir également les pays africains.

"Le vaccin de Sinopharm est un vaccin de type inactivé. Il s’agit d’une technique classique, c’est-à-dire prouvée et approuvée depuis plusieurs décennies, et basée sur l’utilisation du virus « tué »", explique Hamdi qui rappelle qu'il existe cinq grandes techniques de production des vaccins : les vaccins vivants atténués, les vaccins inactivés, les vaccins sous-unitaires, les vaccins à vecteur viral et les vaccins à ARN messager. Ce dernier procédé est une nouvelle technique utilisée, entre autres, par Pfizer et Moderna.

"Les essais cliniques menés au Maroc sur 600 volontaires n’ont signalé aucun effet indésirable grave. De simples effets secondaires de type douleur ou rougeur au point d’injection, ou une fièvre passagère. Ce sont les mêmes effets secondaires qui ont été signalés dans d’autres pays", détaille Dr Hamdi. 

"Les études des phases 1 et 2 de ce vaccin, publiées dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, ont montré un degré élevé d’innocuité et d’efficacité immunologique. Deux caractéristiques confirmées selon quelques indicateurs de la troisième phase, ainsi que l’efficacité épidémiologique". 

Par ailleurs, à aujourd'hui, "plus d’un million de citoyens chinois ont bénéficié du vaccin avec un très haut degré de sécurité et plusieurs indicateurs d’efficacité. Ce vaccin a été largement utilisé aux Émirats arabes unis…".  

"Comparé aux autres, le vaccin de Sinopharm nécessite une simple chaîne de froid (entre 2° et 8°). Le vaccin de Moderna nécessite, lui, une chaine de froid à -20°, celui de Pfizer à -70°. Ces deux derniers nécessitent donc une logistique très contraignante même pour les pays les plus développés". 

Dr Hamdi ajoute que le Maroc n'a pas mis ses œufs dans le même panier. "Il a passé un contrat avec Sinopharm, mais aussi avec la société britannico-suédoise Astra Zeneca qui développe un vaccin en collaboration avec l’Université d’Oxford. Il est également en négociation avec les sociétés américaines Pfizer et Johnson & Johnson, la Russie pour son vaccin Spoutnik et la société chinoise Cansino", révèle-t-il. 

Le Maroc parmi les premiers pays à lancer la vaccination

De ce fait, alors que de nombreux pays ne pourront malheureusement accéder au vaccin que plusieurs mois plus tard et en quantités limitées, le Maroc sera l’un des premiers pays au monde à vacciner et protéger sa population et ouvrir tôt son économie à grande échelle, et ce, grâce à l’implication directe et personnelle de SM le Roi Mohamed VI dans la riposte contre la pandémie, et grâce à son intervention précoce et stratégique qui a permis la conclusion d’un partenariat entre le Maroc et la Chine dans ce domaine.

S'étant assuré une quantité non négligeable du vaccin, le Maroc a déjà mis en place sa stratégie nationale de vaccination. Elle a été conçue "conformément aux recommandations scientifiques et prenant en considération l’évolution de la situation épidémiologique, et basée sur une priorisation des groupes cibles : professionnels de la santé et professions qui sont dans les premières lignes de la lutte contre la pandémie, enseignants, personnes âgées et les porteurs de maladies chroniques".

"Au vu des données scientifiques liées au virus de la Covid-19 et à son épidémiologie, il est clair pour la communauté médicale et scientifique que seule une large vaccination par le biais d’un vaccin sûr et efficace, en plus des mesures barrières, pourrait contrôler la pandémie et permettre un retour sécurisé et progressif à la vie normale". 

Les acquis attendus de la vaccination élargie contre la Covid-19 sont :

- Protéger la santé et la vie des personnes vaccinées contre la Covid, éviter les cas critiques et les décès jusqu’au contrôle total de l’épidémie et désengorger le système de santé

- Créer une immunité collective (immunité de troupeau, herd immunity) qui contrôle effectivement l’épidémie. Cette immunité collective protège tous les citoyens, y compris ceux qui n’ont pas pu être vaccinés pour des raisons d’âge, d’état de santé ou d’immunité et ceux qui n’ont pas pu développer une immunité malgré la vaccination. 

- Ouvrir pleinement l’économie, les écoles et retrouver progressivement une vie sociale normale.

"Des études récentes de modélisation ont montré que le contrôle de la pandémie dépend de deux éléments clés: un vaccin sûr et très efficace et une forte adhésion des citoyens au programme élargi de vaccination anti-Covid pour assurer une immunité collective le plus tôt possible".

"Plus on tarde à atteindre cette immunité collective (communautaire), plus le virus continuera à circuler librement, et plus l’épidémie, avec toutes ses contraintes, tardera à s’estomper. Plus l’adhésion est forte, plus vite l’immunité individuelle et communautaire seront acquises, moins de nouveaux cas, de cas graves, de séquelles et de décès seront enregistrés. Et plus vite seront la reprise de l’économie, de la scolarité et d’une vie sociale normales".

"Nous devons continuer à respecter scrupuleusement les mesures barrières : masques, distanciation, hygiène des mains, aération des espaces clos et limitation des activités non essentielles, pendant les semaines et quelques mois à venir, en attendant de contrôler efficacement cette l’épidémie", conclut Dr Tayeb Hamdi. 

Tout ce qu'il faut savoir sur la vaccination et la Covid-19 (Dr Tayeb Hamdi)

Le 27 novembre 2020 à19:34

Modifié le 30 novembre 2020 à 09:30

CONTRIBUTION. Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé détaille dans une note partagée avec Médias24 tout ce qu'il faut savoir au sujet de la vaccination, les vaccins, les essais de vaccin contre la Covid-19 ainsi que la campagne de vaccination préparée par le Maroc. 

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Ces dernières semaines, les informations au sujet de l'évolution des vaccins anti-Covid et des préparatifs pour la campagne de vaccination au Maroc sont de plus en plus nombreuses, éclipsant presque, les informations relatives aux nouveaux cas de contamination. Cela semble compréhensible quand on sait que le vaccin est le seul espoir pour sortir de cette crise sanitaire. 

Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé estime dans une note scientifique partagée avec Médias24 que pour contrôler l’épidémie, il y a deux conditions sine qua non : un vaccin sûr et efficace et une parfaite adhésion à la vaccination.

La vaccination, un exploit sans précédent

Dans son analyse, le docteur revient d'abord sur la notion de la vaccination qui peut être parfois au cœur de critiques. "Il y a un consensus scientifique mondial : la vaccination est l’intervention de santé la plus efficace au monde pour faire diminuer les taux de morbidité et de mortalité, qui n’a pas d’égal, à part l’approvisionnement de la population mondiale en eau potable", avance-t-il. 

Aujourd'hui, plus de 200 ans après la découverte de la vaccination, nous ne disposons de vaccins que contre 28 maladies. Actuellement, 200 vaccins sont en cours de recherche.

La variole, par exemple, a été complètement éradiquée depuis 40 ans déjà. Ainsi, 5 millions de personnes ne perdent plus la vie annuellement, après son éradication ; et beaucoup plus de millions de personnes ne sont plus affectées par les séquelles de cette maladie.  

"Aujourd'hui, grâce à cette merveilleuse découverte qu'est la vaccination, nous sauvons 9 millions de vies par an, soit plus de 24 000 décès évités par jour, ou 17 décès évités par minute", avance Dr Hamdi. 

"Grâce aux vaccins administrés aux enfants du monde contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos et la polio, 3 millions de vies sont sauvées annuellement. Soit plus de 8.000 morts évités par jour, l’équivalent de 5 décès par minute. On perd encore, malheureusement, 5 vies toutes les deux minutes en raison de l’inaccessibilité aux vaccins, pourtant disponibles. Une partie des enfants à travers la planète n’a pas encore accès aux vaccins disponibles, principalement à cause de la pauvreté. Ainsi nous perdons toujours annuellement un million et demi de vies", ajoute-t-il en précisant que ce ne sont là que des chiffres de décès. Bien que ces maladies laissent derrière elles aussi des millions de personnes avec des séquelles graves, comme la paralysie chez les enfants, la cécité, des lésions cérébrales…

Pour le Dr Tayeb Hamdi, "16 millions de vies supplémentaires pourraient être sauvées si la médecine parvient à mettre au point des vaccins contre toutes les maladies infectieuses, évitables par la vaccination".  

L’immunité naturelle vs l'immunité post-vaccinale

Dans sa note, le docteur s'attaque également aux idées reçues selon lesquelles la vaccination surchargerait le système immunitaire ou serait moins efficace que l'immunité acquise après la maladie. 

"Prétendre que l’immunité acquise par l’exposition aux infections serait meilleure et « plus naturelle » est une grave erreur. D’abord parce que l’immunité acquise par la vaccination est une immunité tout à fait naturelle. C’est le système immunitaire du corps humain qui produit les anticorps, qui mémorise les « agresseurs : microbes » et c’est notre corps qui orchestre lui-même sa défense contre les agressions antigéniques. Le vaccin ne joue que le rôle de stimulateur de cette immunité naturelle et ne se substitue nullement à cette immunité". 

"L’objectif de la vaccination ne consiste pas à donner au corps humain des anticorps prêts à l’emploi pour remplacer son immunité naturelle. La vaccination préventive est l’utilisation d’antigènes qui provoquent une réponse immunitaire de l’organisme, spécialisée contre un agresseur défini lui permettant de se préparer tôt pour éliminer les microbes s’il y est exposé ultérieurement", poursuit Dr Hamdi. 

"S’exposer à des infections sans vaccination engendre de nombreuses maladies, parfois graves et mortelles, par millions chaque année dans le monde. Si l’exposition à ces maladies ne présentait pas de risques, on se serait passé de chercher des vaccins, ou de chercher une immunité post-maladie". 

"Une réalité scientifique très importante : l’immunité post vaccinale est plus puissante, plus protectrice et plus durable que l’immunité acquise après la maladie". 

Par ailleurs, ce chercheur en politiques et systèmes de santé assure que "donner au corps humain différents vaccins, ne surcharge pas son système immunitaire. Ce sont des craintes compréhensibles, mais sans fondement. D’abord, les études estiment que le système immunitaire du nouveau-né peut répondre à 10 000 vaccins en même temps, grâce à la force, l’ampleur et la complexité du système immunitaire dont est doté le corps humain". 

"On estime aussi que si tous les vaccins actuellement destinés aux enfants étaient administrés simultanément à un nourrisson, ces vaccins n’occuperaient qu’un sur mille de la capacité de son système immunitaire. Le nombre de vaccins augmente avec la recherche scientifique, mais grâce à cette même recherche scientifique, la quantité d’antigènes contenus dans ces vaccins diminue constamment dans les nouveaux vaccins. Rappelons que le corps de l’enfant (de l’être humain en général) est exposé quotidiennement à de nombreux antigènes avec lesquels le système immunitaire interagit sans le moindre problème de surcharge", argumente Dr Hamdi. 

Le vaccin anti-Covid est un exploit sans précèdent

Ces clarifications faites, Dr Tayeb Hamdi analyse le vaccin tant attendu contre la Covid-19. "Mettre au point un vaccin en moins d’une année est une réalisation scientifique sans précédent dans l’histoire de la médecine. La durée moyenne pour trouver un vaccin est de plus de dix ans (10.7 ans)", explique-t-il. 

"Trouver un vaccin contre la varicelle a pris 34 ans. Après 40 ans de maladie et de recherches, nous sommes toujours sans vaccin contre le SIDA", précise-t-il. 

Ce qui interpelle plus d'un sur les raisons de cette prouesse. Une interrogation à laquelle répond Dr Hamdi en expliquant qu'il y a au moins trois raisons qui ont permis ce temps record pour le vaccin anti-Covid-19 : 

- La pandémie de Covid-19 a non seulement touché les individus, mais a également affecté la vie sociale, la scolarité et a considérablement ralenti l’économie mondiale. Les pertes économiques dues à la pandémie sont estimées à des milliers de milliards de dollars. Les pays riches du G20 ont jusqu’à présent dépensé pour faire face à la pandémie plus de 11 000 milliards de dollars, un chiffre astronomique. Pour cette raison, les laboratoires ont alloué d’énormes budgets aux études et à la recherche dans la course vers le vaccin. Leur « produit » ne pourra être qu’un total succès pour sa commercialisation, et à n’importe quel prix. Les gouvernements ont fourni des milliards de dollars aux laboratoires pour accélérer encore plus la recherche, et ont passé des précommandes pour d’énormes quantités de vaccins. Ce financement exceptionnel a été un facteur déterminant pour booster la recherche.

- Avant, les chercheurs passaient des années pour identifier la structure exacte des nouveaux virus. Cette fois-ci les chercheurs ont utilisé une technique primée Nobel de chimie 2017, la cryo-microscopie électronique, qui a permis de voir le virus SARS-CoV-2 dans tous ses détails en quatre ou cinq semaines au lieu de trois à cinq ans. Les grandes avancées scientifiques durant la dernière décennie en matière de vaccins ont apporté un plus.

- La recherche d’un vaccin contre le nouveau coronavirus n’est pas partie de zéro, mais d’une accumulation scientifique avec deux versions précédentes : la première épidémie corona en Asie en 2003, et celle du Moyen-Orient en 2012. Au cours des deux épidémies, les recherches des vaccins ont été interrompues après arrêt des deux épidémies. La recherche en 2020 pour ce nouveau coronavirus a repris les connaissances accumulées.

En matière de sécurité, innocuité et efficacité des vaccins anti-Covid-19, Dr Hamdi explique que "les résultats annoncés à ce jour confirment un degré très élevé de sécurité et d’efficacité : peu et de simples effets secondaires, et plus de 90 % d’efficacité pour certains vaccins. Même les chercheurs les plus optimistes ne s’y attendaient pas". 

Rappelons qu'aujourd’hui, plus de 200 vaccins anti-Covid sont en cours d’études et d’essais. Une cinquantaine sont en phase d’études cliniques, c’est-à-dire sur des humains, dont 12 sont en phase 3 qui, elle, autorise la mise sur le marché et l’usage ou non des médicaments et vaccins.

La course mondiale vers le vaccin est sans merci. Depuis le mois d’août, les pays riches, qui n’abritent que 13% de la population mondiale, avaient déjà précommandé plus de 50% des vaccins en cours d’essais.

Les différents types de vaccins en course

Justement, le Maroc a participé à l'essai clinique phase 3 du vaccin développé par le Chinois Sinopharm, à l’instar de plusieurs autres pays. L'objectif étant de pouvoir s'approvisionner, si ce vaccin est jugé sûr et efficace, et assurer un transfert de technologies pour produire ultérieurement ce vaccin au Maroc et servir également les pays africains.

"Le vaccin de Sinopharm est un vaccin de type inactivé. Il s’agit d’une technique classique, c’est-à-dire prouvée et approuvée depuis plusieurs décennies, et basée sur l’utilisation du virus « tué »", explique Hamdi qui rappelle qu'il existe cinq grandes techniques de production des vaccins : les vaccins vivants atténués, les vaccins inactivés, les vaccins sous-unitaires, les vaccins à vecteur viral et les vaccins à ARN messager. Ce dernier procédé est une nouvelle technique utilisée, entre autres, par Pfizer et Moderna.

"Les essais cliniques menés au Maroc sur 600 volontaires n’ont signalé aucun effet indésirable grave. De simples effets secondaires de type douleur ou rougeur au point d’injection, ou une fièvre passagère. Ce sont les mêmes effets secondaires qui ont été signalés dans d’autres pays", détaille Dr Hamdi. 

"Les études des phases 1 et 2 de ce vaccin, publiées dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, ont montré un degré élevé d’innocuité et d’efficacité immunologique. Deux caractéristiques confirmées selon quelques indicateurs de la troisième phase, ainsi que l’efficacité épidémiologique". 

Par ailleurs, à aujourd'hui, "plus d’un million de citoyens chinois ont bénéficié du vaccin avec un très haut degré de sécurité et plusieurs indicateurs d’efficacité. Ce vaccin a été largement utilisé aux Émirats arabes unis…".  

"Comparé aux autres, le vaccin de Sinopharm nécessite une simple chaîne de froid (entre 2° et 8°). Le vaccin de Moderna nécessite, lui, une chaine de froid à -20°, celui de Pfizer à -70°. Ces deux derniers nécessitent donc une logistique très contraignante même pour les pays les plus développés". 

Dr Hamdi ajoute que le Maroc n'a pas mis ses œufs dans le même panier. "Il a passé un contrat avec Sinopharm, mais aussi avec la société britannico-suédoise Astra Zeneca qui développe un vaccin en collaboration avec l’Université d’Oxford. Il est également en négociation avec les sociétés américaines Pfizer et Johnson & Johnson, la Russie pour son vaccin Spoutnik et la société chinoise Cansino", révèle-t-il. 

Le Maroc parmi les premiers pays à lancer la vaccination

De ce fait, alors que de nombreux pays ne pourront malheureusement accéder au vaccin que plusieurs mois plus tard et en quantités limitées, le Maroc sera l’un des premiers pays au monde à vacciner et protéger sa population et ouvrir tôt son économie à grande échelle, et ce, grâce à l’implication directe et personnelle de SM le Roi Mohamed VI dans la riposte contre la pandémie, et grâce à son intervention précoce et stratégique qui a permis la conclusion d’un partenariat entre le Maroc et la Chine dans ce domaine.

S'étant assuré une quantité non négligeable du vaccin, le Maroc a déjà mis en place sa stratégie nationale de vaccination. Elle a été conçue "conformément aux recommandations scientifiques et prenant en considération l’évolution de la situation épidémiologique, et basée sur une priorisation des groupes cibles : professionnels de la santé et professions qui sont dans les premières lignes de la lutte contre la pandémie, enseignants, personnes âgées et les porteurs de maladies chroniques".

"Au vu des données scientifiques liées au virus de la Covid-19 et à son épidémiologie, il est clair pour la communauté médicale et scientifique que seule une large vaccination par le biais d’un vaccin sûr et efficace, en plus des mesures barrières, pourrait contrôler la pandémie et permettre un retour sécurisé et progressif à la vie normale". 

Les acquis attendus de la vaccination élargie contre la Covid-19 sont :

- Protéger la santé et la vie des personnes vaccinées contre la Covid, éviter les cas critiques et les décès jusqu’au contrôle total de l’épidémie et désengorger le système de santé

- Créer une immunité collective (immunité de troupeau, herd immunity) qui contrôle effectivement l’épidémie. Cette immunité collective protège tous les citoyens, y compris ceux qui n’ont pas pu être vaccinés pour des raisons d’âge, d’état de santé ou d’immunité et ceux qui n’ont pas pu développer une immunité malgré la vaccination. 

- Ouvrir pleinement l’économie, les écoles et retrouver progressivement une vie sociale normale.

"Des études récentes de modélisation ont montré que le contrôle de la pandémie dépend de deux éléments clés: un vaccin sûr et très efficace et une forte adhésion des citoyens au programme élargi de vaccination anti-Covid pour assurer une immunité collective le plus tôt possible".

"Plus on tarde à atteindre cette immunité collective (communautaire), plus le virus continuera à circuler librement, et plus l’épidémie, avec toutes ses contraintes, tardera à s’estomper. Plus l’adhésion est forte, plus vite l’immunité individuelle et communautaire seront acquises, moins de nouveaux cas, de cas graves, de séquelles et de décès seront enregistrés. Et plus vite seront la reprise de l’économie, de la scolarité et d’une vie sociale normales".

"Nous devons continuer à respecter scrupuleusement les mesures barrières : masques, distanciation, hygiène des mains, aération des espaces clos et limitation des activités non essentielles, pendant les semaines et quelques mois à venir, en attendant de contrôler efficacement cette l’épidémie", conclut Dr Tayeb Hamdi. 

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