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Lundi 5 mars 2018 à 13h16
Loubna Serraj

Consultante. Après plusieurs années en entreprises, en France et au Maroc, elle se spécialise dans la stratégie de contenu et co-fonde un cabinet de conseil en 2012. Passionnée par l'écriture et par la lecture, elle tient un blog.

 

Revois tes priorités !

medias24

Sur les réseaux sociaux, si vous tenez à votre santé mentale, ne lisez pas les commentaires. Ce très sage conseil est rarement suivi. C’est ainsi que je me prends à lire les réactions des uns et des autres suite à la parution d’un article sur une hypothétique et espérée réforme de la Moudawana.

 

Quelques exemples extraits de la page Facebook du journal en question (les fautes d’orthographe ont été corrigées; il y a des limites au masochisme intellectuel!):

-        L’actuelle Moudawana a déjà poussé les limites. Des nouveaux amendements suscitent même le changement de l’Etat à un Etat laïc. On doit alors légaliser le concubinage et pourquoi pas l’homosexualité et ainsi de suite… la stabilité du pays est en jeu.

-        Il y a des décisions qu’il faut prendre et qui sont les bienvenues, d’autres qu’il ne faut pas prendre à la légère. Mais il y a surtout des normes et des principes; en les touchant, on joue avec le feu et ça risque de tous nous brûler!!! Oui, soit on est musulman soit on ruine les valeurs et on tombe dans l’hécatombe.

-        Une égalité au niveau des recettes et non pas des dépenses. Vous parlez d’une égalité, là! Epargnez-nous vos conneries et regardons les choses en face. Egalité = fifty-fifty = sacrifice = plus de responsabilités

-        Ok. On peut tolérer les revendications matérielles même si elles sont pleines de vices, mais de là à demander à enlever la tutelle de l’enfant au père! ça se voit qu’elles cherchent plus de pouvoir et non plus de dignité.

-        On veut imiter les pays occidentaux alors qu'on n’a ni leurs revenus par tête ni leurs niveaux d'instruction ni leurs hôpitaux ou leurs allocations familiales. Une réforme doit suivre le changement des mentalités, être acceptée par le peuple pour avoir une chance de réussir.

-        Adieu le mariage si on touche à la Moudawana. Personne n’osera se marier, c’est une incitation à la débauche collective. Il y a déjà assez de divorces devant les tribunaux.

-        Pour mériter le statut de pays développé, il est nécessaire de commencer par la base, c'est-à-dire améliorer le pouvoir d'achat du citoyen, ce qui lui permettra d'assurer la sécurité alimentaire, sanitaire et éducationnelle de sa famille. En atteignant un certain niveau de satisfaction, il devient facile de le convaincre de changer d'autres choses: le respect des droits civiques, le respect de la liberté de l'autre, le code de la route, la propreté des rues, le respect des biens publics et plein d'autres choses. Tant que cette satisfaction ne sera pas atteinte, toutes ces lois, tous ces procès et affaires ne servent que de miroir aux alouettes.

D’un côté, nous avons un constat, assez clair, qu’il est nécessaire de pallier les insuffisances détectées par la pratique de l’actuelle Moudawana. Celle-ci se révélant profondément inégalitaire sur des sujets graves comme, pour ne citer que ceux-là, le mariage des mineures, le mariage coutumier régularisé, la polygamie, la tutelle des enfants, la pension alimentaire ou encore l’héritage. Et d’un autre, une insurrection d’hommes et de femmes aux arguments divers.

Je ne m’attarderai pas sur la cupidité des femmes (Vade retro satana), la menace envers l’Islam (argument pratique pour couper court à tout débat), le spectre de la dangereuse débauche à nos portes (importée du méchant Occident par le gentil et doux Orient)… Ces idées véhiculent plus une peur et un manque de confiance en soi, en sa foi, en son sexe ou en son pays qu’autre chose!

Mais un argument a particulièrement attiré mon attention, celui de l’échelle d’importance qui place ces questions au dernier niveau (après le code de la route svp!).

En d’autres termes, quand les vrais problèmes du Maroc seront réglés, quand nous aurons un niveau d’éducation acceptable, un système de santé robuste, des allocations familiales, voire même un pied sur la lune, il y aura lieu de parler d’égalité entre les hommes et les femmes.

Il nous faut choisir, vous comprenez!

En monotâches, Marocains et Marocaines ne peuvent s’attaquer à plusieurs défis en même temps. Mieux vaut hiérarchiser et définir des priorités.

Des priorités…

Ce bon vieux sens des priorités qui mettra donc, de facto, ces questions dont souffrent des milliers de femmes comme d’hommes, à un niveau secondaire?

Si la réponse est oui, cela voudrait dire que nous avons un petit souci avec notre système de valeurs, pour ne citer que celui-là. 

Si la réponse est oui, cela voudrait dire que nous sommes bien inaptes à nous respecter les uns les autres.

Si la réponse est oui, cela voudrait dire que nous ne méritons pas notre qualificatif de citoyens et encore moins d’humains.

Ce qui pourrait être pire que de tolérer les inégalités et les atrocités qu’elle génèrent c’est de les légitimer avec ce bien pratique "nous sommes un pays en développement, nous ne pouvons demander autant de changements", c’est de leur donner un vernis pseudo-intellectualisant qui déshumanise et relègue aux calendes grecques des sujets d’importance cruciale.

"Ceste priorité est selon nature et non pas selon temps"[1]

Et par nature, la question de l’inégalité entre les hommes et les femmes est prioritaire; n’en déplaise aux résignés fatalistes et aux esprits étroits.

 

 


[1] Citation de Nicole Oresme (1320 – 1382), philosophe, astronome, mathématicien, économiste, physicien, musicologue, traducteur et théologien français, dans Thèse de Meunier

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