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Mercredi 27 juin 2018 à 11h38
Lahcen Haddad

Ex-ministre, parlementaire et expert en management stratégique
 

 

Finance verte: Nouvel instrument pour financer mitigation, adaptation et durabilité

Finance verte: Nouvel instrument pour financer mitigation, adaptation et durabilité
 (Photo AFP)

La "finance verte" a su s'imposer fortement au niveau des gouvernements et des instances internationales, concernés par les changements climatiques et la question de la durabilité. Il s'agit non seulement d'une nouvelle opportunité pour les investisseurs de développer leurs assiettes financières et d'accroître leurs marges bénéficiaires, mais également une aubaine pour de nombreux entrepreneurs soucieux de continuer à financer leurs projets, d'autant plus que les actionnaires, les consommateurs et les utilisateurs prêtent de plus en plus attention aux problèmes liés à la durabilité et aux changements climatiques.

 

La durabilité est devenue fondamentale dans de nombreux projets et joint-ventures, non seulement parce qu'elle est souhaitée sur le plan politique et moral, mais aussi parce que les rendements croissants du "financement vert" attirent l'attention des investisseurs avides d’explorer de nouveaux relais de croissance.

Profit et durabilité font du "financement durable", comme certains le diraient, une opportunité rare pour les entrepreneurs de faire financer des projets sans compromettre les valeurs qu'ils s’imposent d’eux-mêmes, surtout par rapport à l'impact de leur action sur l'écosystème et le climat et la question de la valorisation des ressources naturelles et l’impact positif (ou négatif) de leurs actions sur les populations et cultures locales.

Les définitions du concept de "financement vert" varient d'un côté à l'autre. Mais je retiens la définition complète de Climate Munidal qui peut être résumée ainsi: "un mécanisme de financement ou d'investissement (capital, prêt, vente, achat) ou de gestion des risques (garanties d'investissement, assurances ...) mis en place sous forme de contrats avec des personnes morales ou physiques ou agences privées ou publiques dans le but de créer des effets clairs et positifs au niveau de l'environnement, résultant en la création de droits transférables conformément aux normes internationalement reconnues."

Ce qui est nouveau dans cette définition par rapport à la définition classique de financement, ce sont les résultats environnementaux concrets, c'est-à-dire que l'impact est vérifiable et sa pertinence par rapport aux critères de durabilité est observable.

Le financement climatique fait partie du "financement vert" et s'intéresse au financement des projets visant l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et de leur impact sur le réchauffement climatique ou les projets cultivant la résilience des populations locales et leur adaptation aux effets du changement climatique. Ceci est fait, selon Climate Mundial, "soit en soutenant les ressources des projets de développement publics ou privés par des incitations douanières ou des financements à travers le marché du carbone, soit en améliorant la structure du capital, en réduisant ainsi le capital et les emprunts bancaires."

Le commerce des crédits carbone (permettant aux entreprises de dépasser le plafond carbone fixé en achetant des permis sur les marchés émergents du carbone dans de nombreux pays) permet aux investisseurs de "verdir" leurs efforts d'investissement et rassurer les actionnaires sur la nécessité de prendre en compte la durabilité dans la mise en place des projets.

Le financement de la lutte contre le changement climatique peut être assuré par des "obligations vertes", qui sont des instruments émis par certaines entreprises avec l'approbation des autorités compétentes pour financer des projets en permettant aux investisseurs intéressés par les questions de durabilité de souscrire sans compromettre les bénéfices.

Le total des "obligations vertes" émises dans de nombreux pays en 2017 a atteint 100 milliards de dollars, selon l'initiative Climate Bonds.

La mobilisation du financement via les "bons verts" devrait atteindre environ 700 milliards par an sur les 10 prochaines années et la valeur des obligations émises sur le marché obligataire serait d'environ 5.000 milliards de dollars en 2035, selon un rapport de l'OCDE (Green investment banks : scaling up private investment in low-carbon, climate-resilient infrastructure), ce qui représente une opportunité pour l'investisseur et l'entrepreneur de prendre en compte ce changement important dans les sources de financement, en adoptant la durabilité comme critère fondamental dans la planification stratégique des projets d’investissement.

Nanette Lindenberg, de Deutsche Institut für Einwicklungspolitik, explique que les domaines d'intérêt du financement vert sont la protection ou l'atténuation des dommages causés par les changements climatiques et environnementaux et le financement des politiques publiques qui encouragent la protection ainsi que les questions relatives au système de financement vert dans ses aspects juridiques et institutionnels (Defition of green finance).

Les avantages du financement vert sont importants, notamment le calcul des risques environnementaux et climatiques découlant du plan financier du projet, l'intérêt accru des gouvernements et des fonctionnaires pour ce type de financement et la demande croissante pour les projets durables.

Rochelle J. March énumère plusieurs avantages tels qu'une meilleure communication sur le développement durable, une meilleure image de marque, une meilleure synergie entre équipes de finance et équipes de développement durable au sein d'une même entreprise et une meilleure réponse aux exigences des investisseurs. March ajoute que l'apprentissage des techniques de financement vert n'est pas compliqué pour les équipes d'investissement et de finance (6 Benefits to companies that issue green bonds).

L'absence de mécanismes précis de collecte et de calcul des données sur la durabilité dans les rapports annuels sur les finances et les investissements et l'absence de mécanismes de surveillance et d'examen du financement durable sont parmi les défis les plus importants en matière de financement vert.

L'étude du Programme des Nations Unies pour l'environnement (Making waves: aligning the financial system with sustainable development) parle d’une série de défis tels que "la difficulté d'introduire des éléments environnementaux externes en tant qu'éléments internes d'un projet d'investissement" et le manque d'informations, nécessaires pour effectuer les analyses requises.

Mais le rapport souligne également que ces difficultés peuvent être surmontées, par exemple par une plus grande coordination entre les secteurs public et privé, une réglementation plus efficace et un plus grand consensus sur les normes, l'échange d'informations et la facilitation de l'apprentissage des techniques et pratiques.

Dans le document intitulé "Fostering sustainable global growth through green finance–What role for the G20?", présenté lors du sommet des G-20 à Hambourg en 2017, le groupe de travail en charge de la "politique climatique et financière" prônent l’ouverture sur le secteur privé afin de réaliser la "transition verte" ; ainsi, le système financier doit-il être adapté également aux exigences de durabilité. Selon le rapport, le G-20 doit définir les règles générales et convenues pour le financement vert, définir des critères plus transparents pour le "risque carbone et le risque environnement", encourager la croissance du "marché des investissements au niveau mondial " et aider les pays en voie de développement dans "la mise en œuvre de feuilles de route nationales pour un financement durable."

A mon avis, ces mécanismes sont en train d'être mis en œuvre parce que les gouvernements et le secteur privé sont pleinement conscients de l'importance de créer les conditions d'une croissance régulière de la finance verte afin de réussir le pari du développement et de la durabilité en même temps.

Le "financement vert" est une opportunité prometteuse; c’est un secteur qui connaît une croissance rapide et qui devrait connaître des progrès quantitatifs et qualitatifs au cours des prochaines années. Les investisseurs devraient échanger des informations et développer des moyens de réglementer les approches et adopter des modèles reconnus par tout le monde afin d’éviter les bévues et s’assurer de ne pas dévier le financement vert de l’objectif de la durabilité.

Quant à lui, le porteur de projet doit se familiariser avec les mécanismes utilisés pour obtenir du financement, notamment les obligations vertes.

Dans un article publié sur Buisness Green et intitulé "Barclays: green investing offers businesses major benefits", Madeline Kave dit que les études montrent que les entrepreneurs et les entreprises qui adoptent une approche durable peuvent accroître leurs revenus plus que ceux et celles qui se contentent des formes traditionnelles de financement et de gestion. Ce qui est normal, à mon avis, compte tenu de la prise de conscience croissante des clients quant à la nécessité de préserver l'écosystème et de réduire les changements climatiques et leurs impacts.

L'entrepreneur doit inclure la durabilité dans son plan d’affaires comme un facteur clé du succès de son projet (et un moyen de calculer le risque environmental), notamment en se concentrant sur l'efficacité énergétique, l'utilisation des énergies et des ressources alternatives et en étudiant l'impact sur le système, la vie de la population et la culture locale.

Certains pays arabes ont réalisé des progrès significatifs en termes de financement vert.

Selon Salman Jaafar, la Jordanie a été une pionnière dans la recherche de mécanismes gouvernementaux pour offrir un financement vert (Green finance in the Middle East). Les Emirats arabes unis ont défini un programme de développement durable ambitieux dans lequel le financement vert joue un rôle important. Au Maroc, Bank Al-Maghrib a élaboré une feuille de route pour développer de nouveaux mécanismes de financement, une meilleure gestion des risques, des règles de formation et de transparence.

"Les obligations vertes peuvent être l'occasion de donner un coup de fouet" aux financements alternatifs (finance islamique), affirme également Bachar al Natoor (Why green sukuk could be a key growth driver for islamic finance). Ce qui est important pour l'entrepreneur arabe, c'est d'identifier ces canaux disponibles, d'étudier leurs avantages, de découvrir la différence entre leurs techniques et de dresser une carte des opportunités de financement disponibles.

L'investisseur arabe doit réaliser que l'avenir est pour l'économie verte, le financement vert et la transformation générale vers la durabilité. A l’aide du financement vert, les investisseurs et porteurs de projets peuvent enfin marier profit et obligation morale envers l’avenir des générations futures, les vrais héritiers de la terre et ses ressources.  

Une version arabe de cet article a été publiée par Haravard Business Review Arabic sous le titre suivant:

لماذا على المستثمرين ورواد الأعمال التوجه نحو التمويل الأخضر؟

Tous les droits (sauf les droits d'auteur) appartiennent à la  Harvard Buisness School Publishing Corporation

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