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Jeudi 12 juillet 2018 à 11h03
Jawad Amahmoul

Docteur en droit - Enseignant chercheur

 

Pour une vraie réforme de l’enseignement supérieur

Pour une vraie réforme de l’enseignement supérieur
 

La réforme de l’enseignement supérieur au Maroc ne cesse de défrayer la chronique. Tous les rapports établis par les ONGs internationales, dont notamment celui de la Banque mondiale, n’ont pas manqué de fustiger l’état de l’enseignement supérieur dans le Royaume en le plaçant aux derniers rangs.

 

Qui aurait pu croire que nous serons un jour dépassés par des dizaines de pays du tiers monde, moins nantis que nous, voire, même par la bande de Gaza.

Etant donné l’énorme budget qui lui est consacré, on est en droit de s’interroger sur les vraies causes de cet énorme fiasco. Jamais l’enseignement supérieur n’a été aussi décrié. Tout le monde s’accorde à dire que la situation actuelle a atteint un degré inquiétant et qu’il urge de prendre les mesures susceptibles de le mettre à niveau et de le réhabiliter aux yeux de toutes les composantes de notre société.

Mais avant de traiter de ces mesures, il est au départ nécessaire de décortiquer l’existant, à la recherche de toutes les anomalies qui peuvent être à l’origine de ce dysfonctionnement.

Etat des lieux

Souvent, quand on procède à l’analyse de l’état de l’enseignement supérieur dans notre pays, on a tendance à mettre, quasi-automatiquement, sur la sellette le corps enseignant et l’offre pédagogique. Le premier est accusé d’incompétence ou, au moins, de négligence. La seconde est considérée comme étant non adaptée aux besoins du marché de l’emploi.

Et à force de mettre l’accent uniquement sur ces deux composantes, on oublie de mettre le doigt sur la plaie qui se trouve à l’origine de tous les maux. En effet, si notre enseignement supérieur est ce qu’il est aujourd’hui c’est parce que les moyens qui lui sont attribués ne sont pas en adéquation avec les objectifs qui lui ont été assignés. Il est clair qu’on ne peut demander à nos universités de démocratiser l’enseignement et d’en faire bénéficier tout le monde sans leur fournir les moyens nécessaires qui peuvent leur permettre d’être à la hauteur des missions qui leur sont confiées. Et c’est là où demeure, tout naturellement l’origine de tous les maux.

Notre pays n’est pas le seul à pâtir de cette situation. Le constat de l’échec est établi dans tous les pays du monde qui ont opté, dans un moment donné de leur histoire, pour une université librement accessible. La France qui nous a longtemps servi de modèle nous partage aujourd’hui les mêmes soucis.

On oublie de dire, en dressant le portrait de l’enseignement supérieur, que les universités marocaines accueillent aujourd’hui un effectif d’étudiants qui est cinq fois plus élevé que leur capacité d’accueil. De même, le taux d’encadrants par étudiants est estimé chez nous à 1 pour 120, alors que la norme préconisée sur le plan mondial se situe à 1 pour 25 étudiants.

Tout cela fait de l’université marocaine, j’entends par cela les établissements à accès libre, un lieu où l’on cultive l’échec et la médiocrité. Au lieu d’être des vecteurs qui tirent vers le haut et qui contribuent à la sublimation de l’être et de la société entière, nos universités sont devenues un fourre-tout, qui n’a pour rôle que de garder sur leurs bancs et dans leurs campus des étudiants déboussolés, démotivés et de retarder le plus longtemps possible leur cheminement tout naturel vers le monde du chômage. 

Les axes d’une nouvelle vraie réforme

Pour qu’elle soit efficace, toute réforme de l’enseignement supérieur doit être axée autour des éléments suivants: la remise en cause du fameux droit d’accès, la préparation d’une alternative adéquate et la promotion de la recherche scientifique et du livre universitaire.

1- Instauration d’un système sélectif :

L’échec de notre enseignement supérieur est du en grande partie au maintien d'un pseudo droit d’accès à un établissement académique pour tout titulaire du baccalauréat. De part le monde entier, il est à constater que les systèmes éducatifs qui vont bien, qui sont productifs et qui contribuent au développement socio-économique de leurs pays respectifs, sont ceux qui ont répudié cette utopie qui conduit tout droit vers la ruine. Tout étudiant, quoique titulaire du baccalauréat, n’est pas apte à suivre un cursus académique.

Cette vérité, quoiqu’amère, doit être à la base même de toute réforme. Et ces chiffres, quoique non officiels, le confirment. Au niveau de la première année de licence, le taux de réussite dans les établissements à accès libre ne dépasse guère les 10%. Avec un taux d’absentéisme criard le jour de l’examen, qui avoisine les 25%. Et de part mon humble expérience, j’ai noté avec stupéfaction qu’un quart d’étudiants inscrits en première année de licence quittent la salle d’examen dès que cela est permis en rendant une feuille blanche.

La conclusion qu’on doit tirer de ces chiffres est simple: au moins 50% des étudiants inscrits n’ont pas leur place dans nos établissements à accès libre. Quoique négative, leur présence engendre une surcharge de travail et de logistique dont on fera mieux de se délester. Par ailleurs, il y a lieu de constater que de tous les bacheliers inscrits dans ces établissements, seul un sur dix arrive à suivre sans difficulté les cours de la première année.

2- Préparation d’une alternative crédible :

Lorsqu’on appelle à la mise au placard de la notion d’établissement académique à accès libre, cela ne signifie guère que l’on doit sacrifier toute une partie de nos bacheliers qui ne peuvent pas, de par leur compétence, leur capacité et leur volonté, trouver une place au sein de ces établissements. Il est bien normal de leur préparer une autre alternative, qui est encore plus adaptée à leurs désirs. Cette alternative n’est autre que la formation professionnelle. C’est ce qu’ont fait les pays qui peuvent nous servir de modèle à ce titre. Chez ces derniers, l’enseignement supérieur est constitué de deux branches : la première est dite académique, qui n’absorbe en moyenne que 30% des bacheliers et une seconde dite professionnelle ouverte aux autres. Et nonobstant cette répartition, il est tout de même possible d’instaurer des passerelles qui permettront à ceux qui ont été acculés à suivre un cursus professionnel d’intégrer le cursus académique dès lors qu’ils seront capables de répondre aux conditions pré-requises.

3- Promotion de la recherche scientifique :

La recherche scientifique souffre de beaucoup de maux, non pas parce qu’elle n’est plus attractive, mais parce qu’elle n’est toujours pas prise au sérieux. Considérée comme un faste, elle n’a jamais bénéficié de la place qu’elle méritait en tant que levier de développement socio-économique.

Or, aucune réforme de l’enseignement supérieur ne peut aboutir si elle est entreprise indépendamment d’une politique visant à promouvoir la recherche scientifique. Pour le faire, il faut impérativement accorder des aides financières à la création de centres de recherche, de masters spécialisés et d’écoles doctorales. Le nombre d’étudiants accédant au stade d’étudiants-chercheurs doit obligatoirement être revu à la hausse. Il en est de même pour les enseignants-chercheurs.

Par ailleurs, et pour garantir l’efficacité de ce système, on peut même envisager la conclusion de contrats-programmes avec ces centres. Les objectifs à atteindre en matière de publication, de séminaires et d’études à réaliser doivent être clairement déterminés.

4- Promotion du livre universitaire :

Parmi à la fois les conséquences et les causes de l’échec de notre modèle universitaire public figure la pénurie d’ouvrages académiques. Nos enseignants chercheurs n’accordent à cette question, pourtant fondamentale, que peu d’importance. Et bizarrement, aucun des plans de sauvetage ou d’urgence déployés de part le passé n’ont fait autrement. Or, on ne peut espérer avoir un enseignement de qualité en la présence de pareille carence.

La mise à niveau de l’enseignement supérieur passe inéluctablement par la promotion des livres et des revues académiques. Pour le faire, il échoit de remonter à l’origine et de s’interroger sur l’étiologie de ces maux qui rangent nos universités. L’une des deux choses : soit les enseignants-chercheurs ne publient pas parce qu’ils sont incapables de produire, soit parce qu’ils estiment que le livre académique n’est pas très rentable ou que les circuits d’édition sont d’une grande complexité. Chacune des deux réponses reflète une partie de la vérité. Certes, il y a une partie des enseignants-chercheurs qui ne peuvent rien produire et qui se contentent de gérer au quotidien des cours qui n’ont de magistral que le nom, mais il y a aussi une bonne partie qui boude l’édition et l’érudition pour les deux causes précédentes. Et c’est à ces derniers qu’il faut trouver les solutions qui s’imposent.  

Pour y remédier, deux mesures peuvent être mises en place. La première consiste en la création d’un fonds public de subvention à la publication d’ouvrages et de revues académiques dont le bénéfice sera ouvert à tout chercheur. L’Etat fait déjà la même chose pour la promotion du cinéma et du théâtre. De quel droit refuser l’accès à ce système aux ouvrages académiques et au savoir? La seconde mesure nécessite l’instauration d’un régime de promotion professionnelle incitatif à la publication et à la création. Disons les choses clairement. Si aujourd’hui nos académiciens ne publient pas ou très peu et ne font pas de recherche, c’est aussi parce qu’ils ne sont pas motivés pour le faire. Hormis le fait que cela ne rapporte rien ou très peu comparé à l’effort qui doit être fourni, il y a aussi le fait que le statut des enseignants-chercheurs n’accorde aucun privilège à ceux qui font de la recherche. Tout le monde est logé à la même enseigne et la promotion ne se base en grande partie que sur l’arbitraire de l’ancienneté.

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