Un médecin a-t-il le droit d'exhiber la misère de ses patients pour se vendre?

Des vidéos mettent en scène le chirurgien plasticien Hassan Tazi recevant ses patients. Elles sont diffusées en live sur les réseaux sociaux. Si le président de l’Ordre des médecins ne semble pas pressé de s’interroger sur ces méthodes, quelques uns de ses confrères l'accusent de manque d’éthique portant atteinte à la profession.

Un médecin a-t-il le droit d'exhiber la misère de ses patients pour se vendre?

Le 20 octobre 2019 à 09:56

Modifié le 20 octobre 2019 à 10:38

Dans une vidéo publiée sur Facebook mardi 8 octobre par Chouf TV, on voit ce chirurgien recevoir dans son bureau, deux jeunes femmes balafrées et couvertes de cicatrices sur tout le corps qu’il se fait fort de faire disparaitre afin de leur assurer un nouveau départ dans la vie.

Sa démarche se voulant motivée par la compassion humaine, est saluée par de nombreux internautes. Par contre, d'autres internautes ou observateurs s’élèvent contre l’exposition filmée de la misère de ces patientes qui se sont infligées elles-mêmes ces blessures indélébiles alors qu’elles étaient sous l’effet de psychotropes. Compassion, certes. Mais pourquoi filmer? A-t-on le droit de le faire, au regard de l'éthique médicale et de l'éthique humaine? Que valent l'individu et son intimité? Est-ce qu'il n'y a pas trop de dérives dans l'espace public et virtuel? Est-ce que chaque individu n'a pas droit à un minimum de considération, d'intimité et de pudeur?

Secret médical exposé au public 

Violation du respect de la vie privée, manque d’éthique médicale, show de téléréalité, les qualificatifs négatifs ne manquent pas pour décrire une mise en scène imposée par ce médecin à ses patientes qui au final n’épargne aux spectateurs aucun détail intime de leur vie passée, aussi scabreux soient-il. Nous ne partageons pas les liens de ces vidéos car ce serait nous rendre coupable de complicité et nous contribuerions à la diffusion de ces images que nous condamnons.

Il est en effet étrange de convoquer des caméras dans un lieu où sont posées des questions qui violent l’intimité des patientes alors que le secret médical est censé y être la règle.

De plus, depuis l’apparition du phénomène du "Tcharmil" et la multiplication des vidéos d'agressions à l'arme blanche, ce praticien ne cesse d’utiliser la tribune des réseaux sociaux pour proposer ses services chirurgicaux aux victimes.

Un médecin injoignable et un président du Conseil de l’ordre qui préfère regarder ailleurs

Désireux d’en savoir plus sur ses motivations, nous avons tenté de le contacter à plusieurs reprises mais malgré nos nombreux appels et messages à son cabinet, le chirurgien, sans doute occupé à opérer, est resté injoignable pendant plusieurs jours et n'a jamais rappelé.

A défaut, nous avons donc joint Mohammadin Boubekri, qui préside le Conseil national de l’ordre des médecins ainsi que plusieurs de ses confrères exerçant à Casablanca ou Rabat.

Là-encore, malgré des promesses de nous donner rapidement par mail son avis sur les agissements de son confrère, le président Boubekri n’a pas respecté son engagement et n’a plus décroché à nos appels.

Idem pour le patron d’une grande clinique de chirurgie plastique qui a justifié son refus par le fait "qu’il est hors de question d’accabler un confrère sachant que cela salirait toute la profession".

Un esprit de corps confirmé par plusieurs chirurgiens qui, après une lourde insistance, ont fini par accepter de témoigner mais sous couvert d’anonymat pour ne pas être accusés "de cracher dans la soupe".

Un comportement passible de poursuites partout ailleurs

Après avoir visionné l'une des vidéos, nos trois plasticiens ont déclaré qu’il n’était pas dans les habitudes de la profession de faire entrer des caméras dans un cabinet médical pour une consultation pré-opératoire.

"Le minimum aurait été de flouter le visage des deux patientes et/ou de transformer leur voix.

"Partout ailleurs, cela entraînerait des sanctions du Conseil de l’ordre car on voit bien que les deux jeunes femmes sont complètement paumées et que leur misère est exploitée.

"Même dans le cas où elles auraient donné leur accord pour être filmées, il n’y a manifestement pas de consentement éclairé.

"Un médecin ne doit pas faire des réseaux sociaux une sorte de support publicitaire pour proposer ses services", s’interroge un plasticien renommé de Casablanca.

Du marketing et de l’audience à la manoeuvre

Un autre ira plus loin en affirmant qu’il est complètement irresponsable de rebondir sur la misère de patients pour se poser en défenseur de la veuve et de l’orphelin.

"On peut utiliser les réseaux sociaux pour présenter les dernières technologies de chirurgie plastique mais pas pour montrer ses patients et tâcher d’en recruter d’autre.

"Certains patient(e)s partagent parfois des photos après avoir été opérées mais qu’un médecin publie l’entretien préopératoire avec tout ce que cela suppose de révélations sur la vie privée, c’est inédit et même inacceptable en termes d’éthique médicale", accuse un chirurgien de la capitale.

Un médecin a-t-il le droit d'exhiber la misère de ses patients pour se vendre?

Le 20 octobre 2019 à09:56

Modifié le 20 octobre 2019 à 10:38

Des vidéos mettent en scène le chirurgien plasticien Hassan Tazi recevant ses patients. Elles sont diffusées en live sur les réseaux sociaux. Si le président de l’Ordre des médecins ne semble pas pressé de s’interroger sur ces méthodes, quelques uns de ses confrères l'accusent de manque d’éthique portant atteinte à la profession.

Dans une vidéo publiée sur Facebook mardi 8 octobre par Chouf TV, on voit ce chirurgien recevoir dans son bureau, deux jeunes femmes balafrées et couvertes de cicatrices sur tout le corps qu’il se fait fort de faire disparaitre afin de leur assurer un nouveau départ dans la vie.

Sa démarche se voulant motivée par la compassion humaine, est saluée par de nombreux internautes. Par contre, d'autres internautes ou observateurs s’élèvent contre l’exposition filmée de la misère de ces patientes qui se sont infligées elles-mêmes ces blessures indélébiles alors qu’elles étaient sous l’effet de psychotropes. Compassion, certes. Mais pourquoi filmer? A-t-on le droit de le faire, au regard de l'éthique médicale et de l'éthique humaine? Que valent l'individu et son intimité? Est-ce qu'il n'y a pas trop de dérives dans l'espace public et virtuel? Est-ce que chaque individu n'a pas droit à un minimum de considération, d'intimité et de pudeur?

Secret médical exposé au public 

Violation du respect de la vie privée, manque d’éthique médicale, show de téléréalité, les qualificatifs négatifs ne manquent pas pour décrire une mise en scène imposée par ce médecin à ses patientes qui au final n’épargne aux spectateurs aucun détail intime de leur vie passée, aussi scabreux soient-il. Nous ne partageons pas les liens de ces vidéos car ce serait nous rendre coupable de complicité et nous contribuerions à la diffusion de ces images que nous condamnons.

Il est en effet étrange de convoquer des caméras dans un lieu où sont posées des questions qui violent l’intimité des patientes alors que le secret médical est censé y être la règle.

De plus, depuis l’apparition du phénomène du "Tcharmil" et la multiplication des vidéos d'agressions à l'arme blanche, ce praticien ne cesse d’utiliser la tribune des réseaux sociaux pour proposer ses services chirurgicaux aux victimes.

Un médecin injoignable et un président du Conseil de l’ordre qui préfère regarder ailleurs

Désireux d’en savoir plus sur ses motivations, nous avons tenté de le contacter à plusieurs reprises mais malgré nos nombreux appels et messages à son cabinet, le chirurgien, sans doute occupé à opérer, est resté injoignable pendant plusieurs jours et n'a jamais rappelé.

A défaut, nous avons donc joint Mohammadin Boubekri, qui préside le Conseil national de l’ordre des médecins ainsi que plusieurs de ses confrères exerçant à Casablanca ou Rabat.

Là-encore, malgré des promesses de nous donner rapidement par mail son avis sur les agissements de son confrère, le président Boubekri n’a pas respecté son engagement et n’a plus décroché à nos appels.

Idem pour le patron d’une grande clinique de chirurgie plastique qui a justifié son refus par le fait "qu’il est hors de question d’accabler un confrère sachant que cela salirait toute la profession".

Un esprit de corps confirmé par plusieurs chirurgiens qui, après une lourde insistance, ont fini par accepter de témoigner mais sous couvert d’anonymat pour ne pas être accusés "de cracher dans la soupe".

Un comportement passible de poursuites partout ailleurs

Après avoir visionné l'une des vidéos, nos trois plasticiens ont déclaré qu’il n’était pas dans les habitudes de la profession de faire entrer des caméras dans un cabinet médical pour une consultation pré-opératoire.

"Le minimum aurait été de flouter le visage des deux patientes et/ou de transformer leur voix.

"Partout ailleurs, cela entraînerait des sanctions du Conseil de l’ordre car on voit bien que les deux jeunes femmes sont complètement paumées et que leur misère est exploitée.

"Même dans le cas où elles auraient donné leur accord pour être filmées, il n’y a manifestement pas de consentement éclairé.

"Un médecin ne doit pas faire des réseaux sociaux une sorte de support publicitaire pour proposer ses services", s’interroge un plasticien renommé de Casablanca.

Du marketing et de l’audience à la manoeuvre

Un autre ira plus loin en affirmant qu’il est complètement irresponsable de rebondir sur la misère de patients pour se poser en défenseur de la veuve et de l’orphelin.

"On peut utiliser les réseaux sociaux pour présenter les dernières technologies de chirurgie plastique mais pas pour montrer ses patients et tâcher d’en recruter d’autre.

"Certains patient(e)s partagent parfois des photos après avoir été opérées mais qu’un médecin publie l’entretien préopératoire avec tout ce que cela suppose de révélations sur la vie privée, c’est inédit et même inacceptable en termes d’éthique médicale", accuse un chirurgien de la capitale.

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