Un sentiment d'attente marque la rentrée économique et politique

Cette rentrée est marquée par une forte attente qui a alimenté les conversations tout au long du mois d’août, dans les bureaux de Rabat ou de Casablanca, comme sur les plages du Nord ou de Marbella.

Un sentiment d'attente marque la rentrée économique et politique Le conseil de gouvernement du 22 aout 2019. Qui restera? Qui partira?

Le 01 septembre 2019 à 16:37

Modifié le 03 septembre 2019 à 18:20

Les deux principaux événements attendus ont été annoncés dans les deux derniers discours du Roi Mohammed VI (discours du Trône et discours du 20 août) :

- La désignation de la commission spéciale chargée du nouveau modèle de développement.

- Et, pour la nouvelle étape qui s’annonce, un apport de sang neuf avec des profils compétents.

La commission spéciale : qui ?

La composition de la commission alimente les spéculations. Le Roi n’a pas livré de date. Il a simplement annoncé qu’elle “sera installée à la rentrée“. Ce que l’on sait, c’est que sa mission sera limitée dans le temps. Et qu’elle devra réajuster, anticiper et faire de la prospective.

La composition de la commission alimente les spéculations. Plusieurs noms circulent, pour sa composition comme pour sa présidence.

La commission devra être capable et crédible. Différentes disciplines académiques et diverses sensibilités intellectuelles y seront représentées. Ses membres seront issus du public ou du privé. Il y aura certainement des universitaires. Les membres devront avoir de l’expérience, faire preuve d’impartialité et surtout, savoir comprendre les dynamiques à l’œuvre au sein de la société.

L’élaboration d’un modèle de développement rénové revient dans les discours du Roi Mohammed VI depuis trois ans au moins. Le modèle actuel a montré ses limites. Les taux de croissance économique moyens sont à la baisse; la croissance n’est pas inclusive; les disparités menacent la cohésion sociale; les prestations publiques se dégradent, sinon, elles sont en dessous des attentes des usagers. L’éducation, la santé, les transports publics sont en moyenne générale très en-deçà des attentes et créent des fractures dangereuses au sein de la société.

La commission sera notamment attendue sur l’amélioration des prestations sociales de base et la performance des services publics. Le Roi évoque, pour la première fois à notre connaissance, le concept de “nouveau contrat social“, qui emporterait une adhésion unanime et que les Marocains pourraient s’approprier.

Méritocratie : qui ?

Pour cette nouvelle étape que le Roi baptise “responsabilité et essor“, on met en avant la nécessité d’un casting différent, basé sur la compétence. Le chef du gouvernement est appelé à proposer au chef de l’Etat des changements de profils et de postes, à la rentrée, dans le gouvernement, l’administration et probablement tout le secteur public, pour les pourvoir de “profils de haut niveau“.

En d’autres termes, place au mérite.

L’opinion s’interroge sur les postes qui seront concernés, les personnalités qui seront limogées et l’ampleur du mouvement. Nous nous gardons de tout pronostic, mais l’on sait que dans la haute administration et dans le gouvernement, il y a eu pas mal de mauvais castings.

Nouveau modèle de développement donc, renouvellement d’une partie de la haute administration et du gouvernement, mais également nouvelle génération de projets, et politique volontariste de promotion du monde rural qui ne sera plus obligatoirement agricole. Réformes de l’enseignement et de la formation professionnelle, meilleures prestations publiques; tout cela marquera cette nouvelle séquence de la vie publique. La reddition des comptes, la responsabilité et une volonté d’améliorer rapidement la vie quotidienne des Marocains marqueront cette étape.

Mais des interrogations demeurent. Les différents responsables qui resteront en place ou qui seront nommés vont-ils s’approprier suffisamment le sentiment d’urgence exprimé par le Roi ? Car le creusement des inégalités menace la cohésion. Et cette fracture devient visible et audible au Maroc, 25 ans environ après le pic des naissances du milieu des années 90, une période que les démographes et sociologues savent délicate.

Entre 1999 et 2009, le PIB marocain avait doublé. Entre 2010 et 2018, il n’a gagné que 25%. Faut-il incriminer directement les gouvernements issus de 2011 ? Chacun fournira sa réponse. Mais il est certain que les gouvernements successifs auraient pu mieux faire. De même, des réformes ont été bloquées. C’est le cas de la vision stratégique de l’éducation et de la formation ainsi que la loi-cadre sur l’éducation.

Cet échec des politiques, ou ces lacunes ; cette incapacité à répondre aux énormes défis du moment ; cette incapacité à anticiper les enjeux de l’avenir ; posent un dilemme : faut-il laisser faire les politiques au risque de reculer (car les autres pays avancent) ou plutôt intervenir et montrer la direction ?

Le second choix semble vital pour le Maroc avec une fracture sociale et spatiale qui se creuse. Mais il marginalise un peu plus la politique partisane.

La plupart des partis politiques, au demeurant trop nombreux, vivent sans démocratie interne. Dans les milieux économiques comme dans les milieux politiques, les alliances, le clientélisme, la cooptation, le népotisme chassent le mérite, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. Il n’est pas toujours suffisant d’être compétent et intègre pour réussir. Le terme “réussir“ lui-même n’a pas le même sens pour tous.

Ce qui est probable, c'est que plusieurs partis vont opérer un mouvement de cooptation de compétences, à assez large échelle.

2020 sera une année pré-électorale. 2021 verra se tenir deux rendez-vous électoraux essentiels: les législatives d'un côté et les communales-régionales de l'autre.

La séquence lancée par le Roi sera celle des projets et des décisions listés ci-dessus. Elle sera aussi celle des démunis, qu’ils soient dans le monde rural ou dans les périphéries des villes, de la reddition des comptes, de la reconnaissance des droits des usagers des services publics, de l’opinion publique dont la moindre émotion est désormais amplifiée par les réseaux sociaux, de la santé pour tous, de l’enseignement de qualité pour tous, de l’égalité des chances pour tous. Rares sont les politiques qui l’ont compris.

Le conseil de gouvernement du 22 aout 2019. Qui restera? Qui partira?

Un sentiment d'attente marque la rentrée économique et politique

Le 01 septembre 2019 à17:24

Modifié le 03 septembre 2019 à 18:20

Cette rentrée est marquée par une forte attente qui a alimenté les conversations tout au long du mois d’août, dans les bureaux de Rabat ou de Casablanca, comme sur les plages du Nord ou de Marbella.

Les deux principaux événements attendus ont été annoncés dans les deux derniers discours du Roi Mohammed VI (discours du Trône et discours du 20 août) :

- La désignation de la commission spéciale chargée du nouveau modèle de développement.

- Et, pour la nouvelle étape qui s’annonce, un apport de sang neuf avec des profils compétents.

La commission spéciale : qui ?

La composition de la commission alimente les spéculations. Le Roi n’a pas livré de date. Il a simplement annoncé qu’elle “sera installée à la rentrée“. Ce que l’on sait, c’est que sa mission sera limitée dans le temps. Et qu’elle devra réajuster, anticiper et faire de la prospective.

La composition de la commission alimente les spéculations. Plusieurs noms circulent, pour sa composition comme pour sa présidence.

La commission devra être capable et crédible. Différentes disciplines académiques et diverses sensibilités intellectuelles y seront représentées. Ses membres seront issus du public ou du privé. Il y aura certainement des universitaires. Les membres devront avoir de l’expérience, faire preuve d’impartialité et surtout, savoir comprendre les dynamiques à l’œuvre au sein de la société.

L’élaboration d’un modèle de développement rénové revient dans les discours du Roi Mohammed VI depuis trois ans au moins. Le modèle actuel a montré ses limites. Les taux de croissance économique moyens sont à la baisse; la croissance n’est pas inclusive; les disparités menacent la cohésion sociale; les prestations publiques se dégradent, sinon, elles sont en dessous des attentes des usagers. L’éducation, la santé, les transports publics sont en moyenne générale très en-deçà des attentes et créent des fractures dangereuses au sein de la société.

La commission sera notamment attendue sur l’amélioration des prestations sociales de base et la performance des services publics. Le Roi évoque, pour la première fois à notre connaissance, le concept de “nouveau contrat social“, qui emporterait une adhésion unanime et que les Marocains pourraient s’approprier.

Méritocratie : qui ?

Pour cette nouvelle étape que le Roi baptise “responsabilité et essor“, on met en avant la nécessité d’un casting différent, basé sur la compétence. Le chef du gouvernement est appelé à proposer au chef de l’Etat des changements de profils et de postes, à la rentrée, dans le gouvernement, l’administration et probablement tout le secteur public, pour les pourvoir de “profils de haut niveau“.

En d’autres termes, place au mérite.

L’opinion s’interroge sur les postes qui seront concernés, les personnalités qui seront limogées et l’ampleur du mouvement. Nous nous gardons de tout pronostic, mais l’on sait que dans la haute administration et dans le gouvernement, il y a eu pas mal de mauvais castings.

Nouveau modèle de développement donc, renouvellement d’une partie de la haute administration et du gouvernement, mais également nouvelle génération de projets, et politique volontariste de promotion du monde rural qui ne sera plus obligatoirement agricole. Réformes de l’enseignement et de la formation professionnelle, meilleures prestations publiques; tout cela marquera cette nouvelle séquence de la vie publique. La reddition des comptes, la responsabilité et une volonté d’améliorer rapidement la vie quotidienne des Marocains marqueront cette étape.

Mais des interrogations demeurent. Les différents responsables qui resteront en place ou qui seront nommés vont-ils s’approprier suffisamment le sentiment d’urgence exprimé par le Roi ? Car le creusement des inégalités menace la cohésion. Et cette fracture devient visible et audible au Maroc, 25 ans environ après le pic des naissances du milieu des années 90, une période que les démographes et sociologues savent délicate.

Entre 1999 et 2009, le PIB marocain avait doublé. Entre 2010 et 2018, il n’a gagné que 25%. Faut-il incriminer directement les gouvernements issus de 2011 ? Chacun fournira sa réponse. Mais il est certain que les gouvernements successifs auraient pu mieux faire. De même, des réformes ont été bloquées. C’est le cas de la vision stratégique de l’éducation et de la formation ainsi que la loi-cadre sur l’éducation.

Cet échec des politiques, ou ces lacunes ; cette incapacité à répondre aux énormes défis du moment ; cette incapacité à anticiper les enjeux de l’avenir ; posent un dilemme : faut-il laisser faire les politiques au risque de reculer (car les autres pays avancent) ou plutôt intervenir et montrer la direction ?

Le second choix semble vital pour le Maroc avec une fracture sociale et spatiale qui se creuse. Mais il marginalise un peu plus la politique partisane.

La plupart des partis politiques, au demeurant trop nombreux, vivent sans démocratie interne. Dans les milieux économiques comme dans les milieux politiques, les alliances, le clientélisme, la cooptation, le népotisme chassent le mérite, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. Il n’est pas toujours suffisant d’être compétent et intègre pour réussir. Le terme “réussir“ lui-même n’a pas le même sens pour tous.

Ce qui est probable, c'est que plusieurs partis vont opérer un mouvement de cooptation de compétences, à assez large échelle.

2020 sera une année pré-électorale. 2021 verra se tenir deux rendez-vous électoraux essentiels: les législatives d'un côté et les communales-régionales de l'autre.

La séquence lancée par le Roi sera celle des projets et des décisions listés ci-dessus. Elle sera aussi celle des démunis, qu’ils soient dans le monde rural ou dans les périphéries des villes, de la reddition des comptes, de la reconnaissance des droits des usagers des services publics, de l’opinion publique dont la moindre émotion est désormais amplifiée par les réseaux sociaux, de la santé pour tous, de l’enseignement de qualité pour tous, de l’égalité des chances pour tous. Rares sont les politiques qui l’ont compris.

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