Une rentrée économique sous le signe de l'incertitude (CGEM)

La rentrée économique 2020-2021 se fait sous le signe de l'incertitude et du manque de visibilité. Dans ce contexte, la CGEM émet un certain nombre de recommandations pour reprendre les choses en main. 

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Le 09 septembre 2020 à 17:03

Modifié le 09 septembre 2020 à 21:01

Six mois après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, qui vient d'ailleurs d'être prolongé jusqu'au 10 octobre, la crise est toujours là et marque cette rentrée économique qui se fait sous le signe de l'incertitude, comme l'exprime la CGEM lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi 09 septembre à l’occasion de la rentrée économique 2020-2021.

"Aujourd'hui, avec la hausse des contaminations et nos hypothèses qui se sont avérées fausses, nous n’avons d’autres choix que d’apprendre à vivre avec (...) Il faut passer d’une stratégie défensive à une stratégie offensive, en gardant notre optimisme et une vigilance accrue, malgré le peu de recul et le manque de visibilité que nous avons ", avance Chakib Alj, président de la CGEM.

Pas de reprise comme espéré

Ce manque de visibilité pèse aujourd'hui sur la situation économique dans son ensemble et compromet la reprise en V tant espérée par le gouvernement. "Il est clair que personne ne prédisait que le virus allait s'accentuer pendant l'été. On misait sur la saisonnalité du virus. Je pense qu’on peut imaginer un scénario de reprise en W plutôt qu’en V. Le taux d’impayés au niveau des banques atteindra les 14% plutôt que les 10% prévus. Nous voyons beaucoup d’entreprises s’interroger sur leur avenir, le pouvoir d’achat est touché,... ", ajoute le président de la CGEM.

Mehdi Tazi, vice-président général est du même avis. "Nous n'aurons pas de reprise en V, peut-être en U ou en W... mettez-y la lettre que vous voulez mais ça ne sera pas en V", dit-il pendant la conférence de presse. 

Le patronat arrive avec un message clair à transmettre au gouvernement. "Il y a un changement d’état d’esprit à opérer", affirme Alj. "Notre pays a certes géré la situation sanitaire et économique de manière proactive, notamment au sein du CVE. Aujourd’hui, il est important de renouer avec cet élan de mobilisation et de rassembler, plus que jamais, nos forces pour dépasser les problématiques économiques induites par la crise mais également celles existant bien avant la pandémie comme l’informel, les délais de paiement, les lourdeurs administratives sans oublier le volet social qui doit rester au centre de nos priorités", explique-t-il.

Le président de la CGEM donne pour exemple le programme Intelaka qui "se doit également d’être redynamisé et pourra contribuer fortement à la relance tout en promouvant l’auto-emploi et l’acte d’entreprendre", assure-t-il.

Le plan de relance en marche , mais...

Quid alors du plan de relance annoncé il y a quelques semaines ? "Les choses vont bon train avec le ministère de l’Economie et des Finances", répond le patron des patrons. "La vision est de mettre en place et déployer tout ce qui a été annoncé. Les choses sont en train de se déployer par rapport aux fonds d’investissement. On s’oriente vers des fonds sectoriels public/privé. Nous en saurons plus dans les 10 prochains jours", poursuit-il en réponse à une question de Médias24. "Il y a une grande cohérence avec ce que nous avons demandé dans le plan de relance de la CGEM. Une partie a été actée et une autre est toujours défendue", ajoute Tazi. 

Par contre, la CGEM déplore que le plan de relance sectoriel du tourisme soit le seul déployé à ce jour alors qu'il y a plein d'autres secteurs dans la tourmente. 

Elle appelle à l'action d'autant plus que la situation actuelle ainsi que les enjeux sont bien différents de ceux d'avril 2020. "En avril, l'idée était de courber le dos pour laisser passer la crise, aujourd'hui on voit bien qu'il faut s'adapter, vivre et se développer malgré la covid-19". Dans ce sens, la CGEM émet des recommandations à la fois sur le plan sanitaire qu'économique. Sur le plan sanitaire elle préconise une adaptation de la réponse au nouveau contexte :

- Levée des contraintes de déplacement y compris à l’international, mais annulation des événements à rassemblement important. Liste clairement établie et définie régionalement.

- Port du masque obligatoire en public y compris dans les entreprises, contrôle efficace et contraventions effectives lorsque ce n’est pas respecté.

- Isolement en résidence pour les cas asymptomatiques et sanctions en cas de non respect.

- Adaptation de la politique de test : plus accessible (incluant les laboratoires privés), utilisation des tests sérologiques – obligation de test dès apparition des symptômes.

- Augmentation de la capacité de traitement des malades, mobilisation des cliniques et personnels privés sous supervision exceptionnelle de l’hôpital public.

- Mise à disposition des traitements dans les officines privées et distribution élargie sur la base de présentation des résultats de tests. 

Ce qu'attend la CGEM du PLF 2021

Sur le plan économique, la CGEM insiste sur le fait qu'il faut composer avec le virus et recommande : 

- La mise en place rapide des Instructions Royales (fonds, AMO, etc.), mobilisation d’une équipe de haut niveau pour accélérer la réforme.

- L'ouverture des frontières et alignement avec les pays de notre zone – le virus est aujourd’hui présent chez nous dans des proportions comparables à celles de nos principaux pays partenaires (France, Espagne …)

- L'accélération des réponses sectorielles (au-delà du tourisme) et mesures d’appui pour tous les secteurs clairement en souffrance.

- Choc de la demande nationale : Marchés publics et réduction de la TVA à considérer sérieusement devant une déflation qui semble se confirmer (baisse des prix des denrées alimentaires, de l’immobilier, etc.)

- La mise en place d’une Indemnité pour Perte d’Emploi pendant 6 mois pour les chômeurs issus de la crise, au-delà des procédures négociées.

- La clarification et communication des normes sanitaires à respecter et audits fréquents et normés/standardisés par les pouvoirs publics.

Des recommandations que la CGEM compte défendre lors de la préparation du projet de loi de finances pour l'année 2021, un projet qui doit être structuré autour de quatre axes fondamentaux : 

- Préserver le tissu productif et améliorer la compétitivité de l’entreprise marocaine, en révisant les démarches et dispositifs fiscaux ou douaniers qui entravent son développement et sa compétitivité.

- Encourager la préférence nationale en donnant un corps aux démarches techniques et commerciales.

- Orienter notre système de taxation sur l’acte de consommer en allégeant voire supprimant toute taxation qui porte sur la valeur créée par l’entreprise.

- Intégrer la dimension sociale dans ce PLF

Ces axes se traduiront en un ensemble de mesures que la CGEM peaufine encore. "Il faut que l'Etat sorte de l'orthodoxie budgétaire classique parce que nous vivons une année exceptionnelle afin de mettre les moyens qu'il faut pour préserver les entreprises et les emplois", avance Abdelmejid FAIZ, Vice-Président de la commission Fiscalité et Douane à la CGEM.

Cela dit, voici quelques mesures déjà ciblées par le patronat : 

- L'institution de l'exonération fiscale au profit des salariés à hauteur d'un plafond qu'il faut négocier et fixer. 

- Soutenir la trésorerie des entreprises, au-delà des mécanismes de financement, par l'accélération du remboursement de la TVA. "Il faut inscrire dans le budget, les ressources qu'il faut pour accélérer le remboursement de la TVA due et régler le problème du butoir", avance M. Faiz.

- Réviser la taxation à l'importation, notamment pour les intrants, qui pénalise la production nationale. 

- Amorcer dès 2021 des conditions fiscales en faveur d'une transition écologique responsable, des mesures qui permettraient à nos entreprises de migrer vers une production propre.

- Proposer des réformes pour protéger les entreprises et opérateurs économiques des abus en matière de contrôles fiscaux.

- Proposer un mécanisme qui permet un soulagement des charges sociales sur l'entreprise et son remplacement par la consommation. 

"Cette rentrée économique est marquée par plusieurs chantiers qu’il nous faut lancer et mener à bien avec cohérence, célérité, en donnant confiance par de la visibilité, en renforçant le contrôle de l’application des décisions et en mobilisant toutes les compétences pour sortir de cette crise avec le moins de dégâts", conclut Chakib Alj. 

Une rentrée économique sous le signe de l'incertitude (CGEM)

Le 09 septembre 2020 à17:02

Modifié le 09 septembre 2020 à 21:01

La rentrée économique 2020-2021 se fait sous le signe de l'incertitude et du manque de visibilité. Dans ce contexte, la CGEM émet un certain nombre de recommandations pour reprendre les choses en main. 

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Six mois après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, qui vient d'ailleurs d'être prolongé jusqu'au 10 octobre, la crise est toujours là et marque cette rentrée économique qui se fait sous le signe de l'incertitude, comme l'exprime la CGEM lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi 09 septembre à l’occasion de la rentrée économique 2020-2021.

"Aujourd'hui, avec la hausse des contaminations et nos hypothèses qui se sont avérées fausses, nous n’avons d’autres choix que d’apprendre à vivre avec (...) Il faut passer d’une stratégie défensive à une stratégie offensive, en gardant notre optimisme et une vigilance accrue, malgré le peu de recul et le manque de visibilité que nous avons ", avance Chakib Alj, président de la CGEM.

Pas de reprise comme espéré

Ce manque de visibilité pèse aujourd'hui sur la situation économique dans son ensemble et compromet la reprise en V tant espérée par le gouvernement. "Il est clair que personne ne prédisait que le virus allait s'accentuer pendant l'été. On misait sur la saisonnalité du virus. Je pense qu’on peut imaginer un scénario de reprise en W plutôt qu’en V. Le taux d’impayés au niveau des banques atteindra les 14% plutôt que les 10% prévus. Nous voyons beaucoup d’entreprises s’interroger sur leur avenir, le pouvoir d’achat est touché,... ", ajoute le président de la CGEM.

Mehdi Tazi, vice-président général est du même avis. "Nous n'aurons pas de reprise en V, peut-être en U ou en W... mettez-y la lettre que vous voulez mais ça ne sera pas en V", dit-il pendant la conférence de presse. 

Le patronat arrive avec un message clair à transmettre au gouvernement. "Il y a un changement d’état d’esprit à opérer", affirme Alj. "Notre pays a certes géré la situation sanitaire et économique de manière proactive, notamment au sein du CVE. Aujourd’hui, il est important de renouer avec cet élan de mobilisation et de rassembler, plus que jamais, nos forces pour dépasser les problématiques économiques induites par la crise mais également celles existant bien avant la pandémie comme l’informel, les délais de paiement, les lourdeurs administratives sans oublier le volet social qui doit rester au centre de nos priorités", explique-t-il.

Le président de la CGEM donne pour exemple le programme Intelaka qui "se doit également d’être redynamisé et pourra contribuer fortement à la relance tout en promouvant l’auto-emploi et l’acte d’entreprendre", assure-t-il.

Le plan de relance en marche , mais...

Quid alors du plan de relance annoncé il y a quelques semaines ? "Les choses vont bon train avec le ministère de l’Economie et des Finances", répond le patron des patrons. "La vision est de mettre en place et déployer tout ce qui a été annoncé. Les choses sont en train de se déployer par rapport aux fonds d’investissement. On s’oriente vers des fonds sectoriels public/privé. Nous en saurons plus dans les 10 prochains jours", poursuit-il en réponse à une question de Médias24. "Il y a une grande cohérence avec ce que nous avons demandé dans le plan de relance de la CGEM. Une partie a été actée et une autre est toujours défendue", ajoute Tazi. 

Par contre, la CGEM déplore que le plan de relance sectoriel du tourisme soit le seul déployé à ce jour alors qu'il y a plein d'autres secteurs dans la tourmente. 

Elle appelle à l'action d'autant plus que la situation actuelle ainsi que les enjeux sont bien différents de ceux d'avril 2020. "En avril, l'idée était de courber le dos pour laisser passer la crise, aujourd'hui on voit bien qu'il faut s'adapter, vivre et se développer malgré la covid-19". Dans ce sens, la CGEM émet des recommandations à la fois sur le plan sanitaire qu'économique. Sur le plan sanitaire elle préconise une adaptation de la réponse au nouveau contexte :

- Levée des contraintes de déplacement y compris à l’international, mais annulation des événements à rassemblement important. Liste clairement établie et définie régionalement.

- Port du masque obligatoire en public y compris dans les entreprises, contrôle efficace et contraventions effectives lorsque ce n’est pas respecté.

- Isolement en résidence pour les cas asymptomatiques et sanctions en cas de non respect.

- Adaptation de la politique de test : plus accessible (incluant les laboratoires privés), utilisation des tests sérologiques – obligation de test dès apparition des symptômes.

- Augmentation de la capacité de traitement des malades, mobilisation des cliniques et personnels privés sous supervision exceptionnelle de l’hôpital public.

- Mise à disposition des traitements dans les officines privées et distribution élargie sur la base de présentation des résultats de tests. 

Ce qu'attend la CGEM du PLF 2021

Sur le plan économique, la CGEM insiste sur le fait qu'il faut composer avec le virus et recommande : 

- La mise en place rapide des Instructions Royales (fonds, AMO, etc.), mobilisation d’une équipe de haut niveau pour accélérer la réforme.

- L'ouverture des frontières et alignement avec les pays de notre zone – le virus est aujourd’hui présent chez nous dans des proportions comparables à celles de nos principaux pays partenaires (France, Espagne …)

- L'accélération des réponses sectorielles (au-delà du tourisme) et mesures d’appui pour tous les secteurs clairement en souffrance.

- Choc de la demande nationale : Marchés publics et réduction de la TVA à considérer sérieusement devant une déflation qui semble se confirmer (baisse des prix des denrées alimentaires, de l’immobilier, etc.)

- La mise en place d’une Indemnité pour Perte d’Emploi pendant 6 mois pour les chômeurs issus de la crise, au-delà des procédures négociées.

- La clarification et communication des normes sanitaires à respecter et audits fréquents et normés/standardisés par les pouvoirs publics.

Des recommandations que la CGEM compte défendre lors de la préparation du projet de loi de finances pour l'année 2021, un projet qui doit être structuré autour de quatre axes fondamentaux : 

- Préserver le tissu productif et améliorer la compétitivité de l’entreprise marocaine, en révisant les démarches et dispositifs fiscaux ou douaniers qui entravent son développement et sa compétitivité.

- Encourager la préférence nationale en donnant un corps aux démarches techniques et commerciales.

- Orienter notre système de taxation sur l’acte de consommer en allégeant voire supprimant toute taxation qui porte sur la valeur créée par l’entreprise.

- Intégrer la dimension sociale dans ce PLF

Ces axes se traduiront en un ensemble de mesures que la CGEM peaufine encore. "Il faut que l'Etat sorte de l'orthodoxie budgétaire classique parce que nous vivons une année exceptionnelle afin de mettre les moyens qu'il faut pour préserver les entreprises et les emplois", avance Abdelmejid FAIZ, Vice-Président de la commission Fiscalité et Douane à la CGEM.

Cela dit, voici quelques mesures déjà ciblées par le patronat : 

- L'institution de l'exonération fiscale au profit des salariés à hauteur d'un plafond qu'il faut négocier et fixer. 

- Soutenir la trésorerie des entreprises, au-delà des mécanismes de financement, par l'accélération du remboursement de la TVA. "Il faut inscrire dans le budget, les ressources qu'il faut pour accélérer le remboursement de la TVA due et régler le problème du butoir", avance M. Faiz.

- Réviser la taxation à l'importation, notamment pour les intrants, qui pénalise la production nationale. 

- Amorcer dès 2021 des conditions fiscales en faveur d'une transition écologique responsable, des mesures qui permettraient à nos entreprises de migrer vers une production propre.

- Proposer des réformes pour protéger les entreprises et opérateurs économiques des abus en matière de contrôles fiscaux.

- Proposer un mécanisme qui permet un soulagement des charges sociales sur l'entreprise et son remplacement par la consommation. 

"Cette rentrée économique est marquée par plusieurs chantiers qu’il nous faut lancer et mener à bien avec cohérence, célérité, en donnant confiance par de la visibilité, en renforçant le contrôle de l’application des décisions et en mobilisant toutes les compétences pour sortir de cette crise avec le moins de dégâts", conclut Chakib Alj. 

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