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Universités à accès ouvert. Un système à bout de souffle

Contrairement aux établissements à accès régulé, l’université à accès ouvert est souvent critiquée pour son modèle actuel, jugé peu efficace. Plusieurs facteurs y contribuent : faible autonomie, budget famélique, sous-encadrement et surcharge en termes d’effectifs… Le point sur un système qui se meurt. 

Universités à accès ouvert. Un système à bout de souffle

Le 02 juillet 2019 à 16:33

Modifié le 02 juillet 2019 à 21:17

L’université publique marocaine est caractérisée par une offre de formation duale : les établissements à accès ouvert, qui dispensent les bacheliers des conditions restrictives d'admission d'une part, et les établissements à accès régulé qui recrutent par voie de concours, d'autre part.

“Elle a, à travers son histoire, contribué de manière substantielle à la formation des cadres et de l’élite marocaine et accompagné le développement socioéconomique de notre pays“, tient à rappeler Saaid Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

“Par son poids numérique, l'enseignement supérieur à accès ouvert constitue la plus importante composante de l’enseignement supérieur marocain. Elle est confrontée aux fortes pressions d'une demande sans cesse croissante qui a conduit à une massification préjudiciable (87% des étudiants universitaires sont inscrits aujourd’hui dans les établissements à accès ouvert)“, ajoute-t-il.

Surnombre

Pour rappel, l’effectif global des étudiants des établissements à accès ouvert a augmenté d’environ 80.000 étudiants entre 2016-2017 et 2018-2019, passant de 684.718 étudiants à 764.332 étudiants.

Ces établissements participent, certes, en grande partie à l’amélioration du taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur au Maroc (total des étudiants de l’enseignement supérieur, quels que soient leurs âges, exprimé en pourcentage de la population 18–22 ans).  “Ce taux est passé de 22,5% en 2013 à 38,1% en 2018-2019, permettant au Maroc d’avoir une meilleure position à ce niveau, en comparaison avec les pays arabes où le taux de scolarisation moyen est de 32,4% et de se rapprocher de la moyenne mondiale qui et de 37,9%“, ajoute Saaid Amzazi.

Mohammed Rhachi, président de l’Université Mohammed V de Rabat estime de son côté que “paradoxalement, le fait que les établissements à accès ouvert soient surchargés, ne signifie pas que l’on ait un surnombre. Le Maroc reste toujours en retard dans ce domaine : il compte 16 étudiants inscrits au supérieur pour 1.000 habitants, alors que selon l’Unesco, la Tunisie en enregistre 34, la Turquie 53 et la Corée du Sud 70“.

Difficultés à tous les niveaux

Selon le président de l’UM5R, la modernisation et le développement du Maroc sont deux fortes aspirations auxquelles l’université contribue fortement, en mettant à disposition du tissu socioéconomique national les ressources humaines qu’elle forme, ainsi que l’expertise qu’elle détient.

“Cependant, de nombreuses contraintes subsistent encore, entravant le développement des universités et les empêchant à participer pleinement à l’essor économique et social de notre pays“, estime-t-il.

Certaines de ces difficultés sont endogènes. Il s’agit, notamment, des déficiences en capacité d’accueil des effectifs d’étudiants, du faible taux d’encadrement pédagogique, du départ en retraite massif d’enseignants et de personnels administratifs, et de l’absence de mutualisation entre établissements universitaires.

À ce titre, le taux d’encadrement dans le système à accès ouvert reste très faible. En 2016, il s’est élevé à 83 étudiants par enseignant.

 

“Une comparaison internationale avec certains pays révèle le sous-encadrement qui marque l’université marocaine. Cette situation est davantage inquiétante pour les établissements universitaires à accès ouvert où le sous-encadrement dépasse 8 fois le taux moyen de l’université tunisienne et de 4 fois celui de l’université française ou italienne“,  soulève le rapport sur l’enseignement supérieur au Maroc consacré au système à accès ouvert et publié en 2018 par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS).

Faible budget et sous-encadrement

Pour ce qui est de la capacité d’accueil en termes de places physiques dans les universités marocaines, les constats ne sont guère positifs.

Les données indiquent que l’accroissement de l’offre de places physiques dans les universités entre 2001 et 2016 reste insuffisant pour répondre à la forte progression des effectifs des étudiants dans les établissements universitaires, qui a atteint 186,7% durant cette même période.

Bien que le taux d’utilisation de la capacité de l’université oscillait autour de 100% entre 2001 et 2010, il s’est depuis continuellement dégradé sous l’effet de l’accroissement du nombre de bacheliers pour atteindre 169% en 2016.

Parallèlement au sous-encadrement et à la dégradation de la capacité d’accueil des universités, le budget dédié au système à accès ouvert demeure faible. Le coût unitaire de fonctionnement pour chaque étudiant inscrit dans une filière à accès ouvert a connu une forte baisse entre 2009 et 2015.

En 2015, le coût de fonctionnement annuel par étudiant ressortait à 9.146 DH contre 16.110 DH en 2009. “Ce faible budget pour l’accès ouvert expliquerait-il les déperditions et le décrochage des étudiants du cycle licence ?“, s’interroge le Conseil supérieur de l’éducation dans son rapport.

Besoin d'une autonomie responsable

L’une des problématiques dont souffre l’université ressort de la faible autonomie et du manque de financement, l’empêchant d’acter un véritable décollage.

“Concernant l’autonomie, même la loi 01-00 (Ndlr : portant organisation de l'enseignement supérieur) qui va avoir bientôt 20 ans, a bien accordé l’autonomie à l’université. Mais l’autonomie a besoin d’être accompagnée pour qu’elle devienne une autonomie de responsabilité. L’université traîne des entraves qui ne favorisent pas une autonomie responsable : absence d’organigramme et procédures financières contraignantes au développement rapide des universités“, reproche Rahma Bourquia, directrice de l’Instance nationale d’évaluation (INE) auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), elle qui fût la première femme président d’une université au Maroc (Hassan II de Mohammedia).

Le Conseil préconise à ce titre une gouvernance globale accompagnatrice de l’autonomie, et qui garde le cap des réformes et des organes de décisions efficaces au niveau de l’université.

Pour ce qui est de l’autonomie financière, différents leviers sont à actionner pour la concrétiser et en tirer pleinement profit, notamment, la promotion et le développement d’une véritable ouverture win-win de l’université sur le milieu socioéconomique. Et ce en étant encore plus à l’écoute des besoins liés aux problématiques issues “du terrain“: environnement, santé, sécurité, compétitivité développement humain, évolution technologique, nouvelles possibilités offertes par la data, par l’intelligence artificielle, etc..

Besoin de simplification de la gestion financière

“Il est nécessaire également de simplifier la gestion financière des Cités de l’Innovation en tant que fers de lance de l’évolution vers le modèle entrepreneurial de nos universités. Des mesures incitatives très décisives sont fortement attendues à ce niveau : d’une part faciliter et crédibiliser le processus de commercialisation de la connaissance produite en interne des universités, y compris les startups, et d’autre part promouvoir l’élargissement de la base de financement de l’innovation à travers les investissements externes que les Cités de l’Innovation peuvent attirer“, préconise Mohammed Rhachi.

Le président de l’université Mohammed V de Rabat recommande également le renforcement des capacités d’audit financier interne, en tant que garant de l’efficacité et de la transparence du fonctionnement de l’université ; deux facteurs incontournables pour acquérir une véritable autonomie financière. Il s’agit en priorité de permettre l’évaluation de la performance des modalités d’organisation et de gestion de la fonction “Finances“ au sein de l’université.

Il s’agit dans ce sens de repenser les moyens d’améliorer l’offre et de permettre à l’université publique de développer un business model appuyé sur de véritables plans d’investissements et plans d’offres de formation budgétés et “marketés“ dans une perspective plus professionnelle et plus durable.

“Concrètement, l'autonomie financière de l’université publique, c'est plus de libertés et plus de responsabilités également. Réclamer plus d’autonomie financière libère les énergies, renforce la réactivité et donne plus de légitimité face aux partenaires“, résume Mohammed Rhachi.

Le Bachelor, un remède à tous les maux ?

Il est dès lors clair que le modèle actuel sur lequel est bâtie l’université devient insoutenable, et ce à tous les niveaux. Une raison pour laquelle une réforme instaurant le Bachelor est en cours de préparation. Les acteurs de l’enseignement supérieur public, notamment à accès ouvert, placent beaucoup d’espoir en cette nouvelle configuration.

Comment cela changerait-il le modèle académique actuel ? “Désormais, l’adoption des quatre 4 années en Bachelor plutôt que trois 3 années avec une 1ère année préparatoire (fondatrice) a été dictée pour réduire le décrochage et le redoublement des établissements à accès ouvert. Il faut dire que le modèle est en construction, et l’architecture est en cours de finalisation pour passer au volet contenus des années suivantes“, nous explique Mohammed Rhachi.

Entre 2006 et 2010, le redoublement était compris entre 19% et 34% pour les étudiants inscrits en première année de la licence fondamentale, alors que cette part a continuellement augmenté pour atteindre plus de 47% en 2016-2017.

Le cadre universitaire de 4 années d’études après le Bac existe dans plusieurs pays et il est très courant dans les pays anglo-saxons. Les projets filières Bachelor vont s’organiser autour de 240 crédits transférables (CT) : 30 CT par semestre, 60 CT par année, 6 modules par semestre et 48 modules pour la totalité de la filière Bachelor.

Outre un module semestriel de mise à niveau linguistique, d’autres modules d’ouverture seront proposés et qui représentent 6 CT pour la totalité du parcours, soit, un module par semestre durant les 3 premières années du parcours universitaire (soit de S1 à S6).

Un nouveau modèle académique basé sur l’ouverture

“L’étudiant en 1ère et 2e année de formation s’inscrit à un module d’ouverture semestriel obligatoire parmi la liste des modules d’ouverture proposés par la filière, soit dans son établissement d’origine, si le module y est dispensé, ou dans d’autres établissements universitaires spécialisés de l’enseignement en question, permettant ainsi à l’étudiant de se déplacer et de découvrir les passerelles entre filières et formations proposées au sein de l’université“, note le président de l’université Mohammed V de Rabat.

La nouvelle logique devrait, donc, permettre à l’université de devenir compétitive sur le plan des contenus. Mais ce modèle devrait permettre aussi de remédier aux niveaux des capacités de gestion des universités ainsi qu’aux manques en visibilité inhérents aux métiers d’avenir. Une mise à niveau à tous les stades de la gouvernance universitaire (administration, départements, affaires estudiantines, programmation, offre de formation…) serait prise en considération. Bref, un système qui devrait être salvateur pour l’approche académique des universités et leurs étudiants.

Universités à accès ouvert. Un système à bout de souffle

Le 02 juillet 2019 à16:47

Modifié le 02 juillet 2019 à 21:17

Contrairement aux établissements à accès régulé, l’université à accès ouvert est souvent critiquée pour son modèle actuel, jugé peu efficace. Plusieurs facteurs y contribuent : faible autonomie, budget famélique, sous-encadrement et surcharge en termes d’effectifs… Le point sur un système qui se meurt. 

L’université publique marocaine est caractérisée par une offre de formation duale : les établissements à accès ouvert, qui dispensent les bacheliers des conditions restrictives d'admission d'une part, et les établissements à accès régulé qui recrutent par voie de concours, d'autre part.

“Elle a, à travers son histoire, contribué de manière substantielle à la formation des cadres et de l’élite marocaine et accompagné le développement socioéconomique de notre pays“, tient à rappeler Saaid Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

“Par son poids numérique, l'enseignement supérieur à accès ouvert constitue la plus importante composante de l’enseignement supérieur marocain. Elle est confrontée aux fortes pressions d'une demande sans cesse croissante qui a conduit à une massification préjudiciable (87% des étudiants universitaires sont inscrits aujourd’hui dans les établissements à accès ouvert)“, ajoute-t-il.

Surnombre

Pour rappel, l’effectif global des étudiants des établissements à accès ouvert a augmenté d’environ 80.000 étudiants entre 2016-2017 et 2018-2019, passant de 684.718 étudiants à 764.332 étudiants.

Ces établissements participent, certes, en grande partie à l’amélioration du taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur au Maroc (total des étudiants de l’enseignement supérieur, quels que soient leurs âges, exprimé en pourcentage de la population 18–22 ans).  “Ce taux est passé de 22,5% en 2013 à 38,1% en 2018-2019, permettant au Maroc d’avoir une meilleure position à ce niveau, en comparaison avec les pays arabes où le taux de scolarisation moyen est de 32,4% et de se rapprocher de la moyenne mondiale qui et de 37,9%“, ajoute Saaid Amzazi.

Mohammed Rhachi, président de l’Université Mohammed V de Rabat estime de son côté que “paradoxalement, le fait que les établissements à accès ouvert soient surchargés, ne signifie pas que l’on ait un surnombre. Le Maroc reste toujours en retard dans ce domaine : il compte 16 étudiants inscrits au supérieur pour 1.000 habitants, alors que selon l’Unesco, la Tunisie en enregistre 34, la Turquie 53 et la Corée du Sud 70“.

Difficultés à tous les niveaux

Selon le président de l’UM5R, la modernisation et le développement du Maroc sont deux fortes aspirations auxquelles l’université contribue fortement, en mettant à disposition du tissu socioéconomique national les ressources humaines qu’elle forme, ainsi que l’expertise qu’elle détient.

“Cependant, de nombreuses contraintes subsistent encore, entravant le développement des universités et les empêchant à participer pleinement à l’essor économique et social de notre pays“, estime-t-il.

Certaines de ces difficultés sont endogènes. Il s’agit, notamment, des déficiences en capacité d’accueil des effectifs d’étudiants, du faible taux d’encadrement pédagogique, du départ en retraite massif d’enseignants et de personnels administratifs, et de l’absence de mutualisation entre établissements universitaires.

À ce titre, le taux d’encadrement dans le système à accès ouvert reste très faible. En 2016, il s’est élevé à 83 étudiants par enseignant.

 

“Une comparaison internationale avec certains pays révèle le sous-encadrement qui marque l’université marocaine. Cette situation est davantage inquiétante pour les établissements universitaires à accès ouvert où le sous-encadrement dépasse 8 fois le taux moyen de l’université tunisienne et de 4 fois celui de l’université française ou italienne“,  soulève le rapport sur l’enseignement supérieur au Maroc consacré au système à accès ouvert et publié en 2018 par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS).

Faible budget et sous-encadrement

Pour ce qui est de la capacité d’accueil en termes de places physiques dans les universités marocaines, les constats ne sont guère positifs.

Les données indiquent que l’accroissement de l’offre de places physiques dans les universités entre 2001 et 2016 reste insuffisant pour répondre à la forte progression des effectifs des étudiants dans les établissements universitaires, qui a atteint 186,7% durant cette même période.

Bien que le taux d’utilisation de la capacité de l’université oscillait autour de 100% entre 2001 et 2010, il s’est depuis continuellement dégradé sous l’effet de l’accroissement du nombre de bacheliers pour atteindre 169% en 2016.

Parallèlement au sous-encadrement et à la dégradation de la capacité d’accueil des universités, le budget dédié au système à accès ouvert demeure faible. Le coût unitaire de fonctionnement pour chaque étudiant inscrit dans une filière à accès ouvert a connu une forte baisse entre 2009 et 2015.

En 2015, le coût de fonctionnement annuel par étudiant ressortait à 9.146 DH contre 16.110 DH en 2009. “Ce faible budget pour l’accès ouvert expliquerait-il les déperditions et le décrochage des étudiants du cycle licence ?“, s’interroge le Conseil supérieur de l’éducation dans son rapport.

Besoin d'une autonomie responsable

L’une des problématiques dont souffre l’université ressort de la faible autonomie et du manque de financement, l’empêchant d’acter un véritable décollage.

“Concernant l’autonomie, même la loi 01-00 (Ndlr : portant organisation de l'enseignement supérieur) qui va avoir bientôt 20 ans, a bien accordé l’autonomie à l’université. Mais l’autonomie a besoin d’être accompagnée pour qu’elle devienne une autonomie de responsabilité. L’université traîne des entraves qui ne favorisent pas une autonomie responsable : absence d’organigramme et procédures financières contraignantes au développement rapide des universités“, reproche Rahma Bourquia, directrice de l’Instance nationale d’évaluation (INE) auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), elle qui fût la première femme président d’une université au Maroc (Hassan II de Mohammedia).

Le Conseil préconise à ce titre une gouvernance globale accompagnatrice de l’autonomie, et qui garde le cap des réformes et des organes de décisions efficaces au niveau de l’université.

Pour ce qui est de l’autonomie financière, différents leviers sont à actionner pour la concrétiser et en tirer pleinement profit, notamment, la promotion et le développement d’une véritable ouverture win-win de l’université sur le milieu socioéconomique. Et ce en étant encore plus à l’écoute des besoins liés aux problématiques issues “du terrain“: environnement, santé, sécurité, compétitivité développement humain, évolution technologique, nouvelles possibilités offertes par la data, par l’intelligence artificielle, etc..

Besoin de simplification de la gestion financière

“Il est nécessaire également de simplifier la gestion financière des Cités de l’Innovation en tant que fers de lance de l’évolution vers le modèle entrepreneurial de nos universités. Des mesures incitatives très décisives sont fortement attendues à ce niveau : d’une part faciliter et crédibiliser le processus de commercialisation de la connaissance produite en interne des universités, y compris les startups, et d’autre part promouvoir l’élargissement de la base de financement de l’innovation à travers les investissements externes que les Cités de l’Innovation peuvent attirer“, préconise Mohammed Rhachi.

Le président de l’université Mohammed V de Rabat recommande également le renforcement des capacités d’audit financier interne, en tant que garant de l’efficacité et de la transparence du fonctionnement de l’université ; deux facteurs incontournables pour acquérir une véritable autonomie financière. Il s’agit en priorité de permettre l’évaluation de la performance des modalités d’organisation et de gestion de la fonction “Finances“ au sein de l’université.

Il s’agit dans ce sens de repenser les moyens d’améliorer l’offre et de permettre à l’université publique de développer un business model appuyé sur de véritables plans d’investissements et plans d’offres de formation budgétés et “marketés“ dans une perspective plus professionnelle et plus durable.

“Concrètement, l'autonomie financière de l’université publique, c'est plus de libertés et plus de responsabilités également. Réclamer plus d’autonomie financière libère les énergies, renforce la réactivité et donne plus de légitimité face aux partenaires“, résume Mohammed Rhachi.

Le Bachelor, un remède à tous les maux ?

Il est dès lors clair que le modèle actuel sur lequel est bâtie l’université devient insoutenable, et ce à tous les niveaux. Une raison pour laquelle une réforme instaurant le Bachelor est en cours de préparation. Les acteurs de l’enseignement supérieur public, notamment à accès ouvert, placent beaucoup d’espoir en cette nouvelle configuration.

Comment cela changerait-il le modèle académique actuel ? “Désormais, l’adoption des quatre 4 années en Bachelor plutôt que trois 3 années avec une 1ère année préparatoire (fondatrice) a été dictée pour réduire le décrochage et le redoublement des établissements à accès ouvert. Il faut dire que le modèle est en construction, et l’architecture est en cours de finalisation pour passer au volet contenus des années suivantes“, nous explique Mohammed Rhachi.

Entre 2006 et 2010, le redoublement était compris entre 19% et 34% pour les étudiants inscrits en première année de la licence fondamentale, alors que cette part a continuellement augmenté pour atteindre plus de 47% en 2016-2017.

Le cadre universitaire de 4 années d’études après le Bac existe dans plusieurs pays et il est très courant dans les pays anglo-saxons. Les projets filières Bachelor vont s’organiser autour de 240 crédits transférables (CT) : 30 CT par semestre, 60 CT par année, 6 modules par semestre et 48 modules pour la totalité de la filière Bachelor.

Outre un module semestriel de mise à niveau linguistique, d’autres modules d’ouverture seront proposés et qui représentent 6 CT pour la totalité du parcours, soit, un module par semestre durant les 3 premières années du parcours universitaire (soit de S1 à S6).

Un nouveau modèle académique basé sur l’ouverture

“L’étudiant en 1ère et 2e année de formation s’inscrit à un module d’ouverture semestriel obligatoire parmi la liste des modules d’ouverture proposés par la filière, soit dans son établissement d’origine, si le module y est dispensé, ou dans d’autres établissements universitaires spécialisés de l’enseignement en question, permettant ainsi à l’étudiant de se déplacer et de découvrir les passerelles entre filières et formations proposées au sein de l’université“, note le président de l’université Mohammed V de Rabat.

La nouvelle logique devrait, donc, permettre à l’université de devenir compétitive sur le plan des contenus. Mais ce modèle devrait permettre aussi de remédier aux niveaux des capacités de gestion des universités ainsi qu’aux manques en visibilité inhérents aux métiers d’avenir. Une mise à niveau à tous les stades de la gouvernance universitaire (administration, départements, affaires estudiantines, programmation, offre de formation…) serait prise en considération. Bref, un système qui devrait être salvateur pour l’approche académique des universités et leurs étudiants.

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