Voici comment le Maroc doit réagir à l'arrivée du nouveau variant du virus (Experts)

Accès au territoire, stratégie de dépistage, mesures restrictives... Trois experts consultés par Médias24 donnent leur avis sur la manière avec laquelle le Maroc doit gérer l'arrivée de la nouvelle souche britannique du Coronavirus. 

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Voici comment le Maroc doit réagir à l'arrivée du nouveau variant du virus (Experts) (Photo AFP)

Le 19 janvier 2021 à 20:13

Modifié le 20 janvier 2021 à 15:49

Un premier cas de contamination par le variant du Coronavirus apparu au Royaume-Uni, a été détecté au Maroc, a annoncé, lundi 18 janvier dans la soirée, le ministère de la Santé dans un communiqué.  

Cette nouvelle souche n’entraîne pas des formes graves de la maladie, mais elle est plus contagieuse. En temps normal, "environ 80% des personnes qui font la Covid développent une forme qui n’est pas grave voire asymptomatique. Le reste développe une forme modérée, et environ 5% seulement deviennent des cas sévères", nous explique Dr. Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, contacté par nos soins.

"Selon les connaissances qui nous parviennent des collègues au Royaume-Uni, ces pourcentages des cas graves et bénins ne vont pas vraiment changer. Mais il y aura une augmentation en nombre absolu des cas quotidiens et par conséquent, des cas sévères", une situation qui risque d’exercer une pression sur notre système de santé.

Comment le Maroc doit donc réagir à l'arrivée de ce nouveau variant ? Pour répondre à cette question, outre Dr. Marhoum, Médias24 a sollicité différents experts, notamment Dr. Moulay Said Afif, président de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM) et de la Fédération nationale de la santé (FNS), qui est également membre du comité chargé de la stratégie de vaccination anti-Covid, ainsi que Dr. Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé.

Fermeture des frontières : un calcul bénéfices / risques

Suite à la détection du premier cas contaminé par le nouveau variant, le Maroc a décidé de fermer ses frontières avec l’Australie, le Brésil, l’Irlande et la Nouvelle-Zélande. Ces 4 pays s’ajoutent à l’Afrique du Sud, au Danemark et au Royaume-Uni, déjà concernés par cette mesure. 

Bon nombre de personnes s’interrogent sur le choix de ces pays, et se demandent pourquoi le Maroc n’a-t-il pas opté pour une fermeture complète de ses frontières, comme cela a été le cas en mars 2020, d’autant plus qu’une cinquantaine de pays sont déjà touchés par la nouvelle souche. Nous avons donc posé la question à nos experts, qui nous ont expliqué que les frontières ne peuvent être fermées à la moindre détection d’une nouvelle souche ou d’un virus. C’est toute l’économie du pays qui est en jeu.

"La décision de fermer les frontières marocaines est basée sur un calcul des bénéfices et des risques", nous confie Dr. Hamdi. "Si ce n’était qu’une question d’épidémiologie et de maladie, on aurait gagné toutes les épidémies sur le plan médical, en fermant les frontières et en interdisant aux gens de sortir de chez eux durant 2 ou 3 semaines". Les facteurs humain et économique doivent également être pris en compte. "Les gens ont besoin de sortir travailler et de s’approvisionner pour se nourrir. Il y aura donc toujours un minimum de contact. C’est la même chose pour un pays, qui a besoin d’échanges. L’économie doit continuer à avancer".

"Un premier cas de contamination par la nouvelle souche a été détecté au Maroc, mais cela ne veut pas pour autant dire que c’est le seul cas au Royaume. Le nouveau variant circule peut-être depuis quelques semaines", on ne peut donc pas supposer qu’on a une virginité épidémiologique vis-à-vis de cette nouvelle souche, et fermer toutes les frontières.

Selon notre source, la fermeture des frontières pourrait concerner d’autres pays où le variant est très répandu dans les jours ou semaines à venir. Pour sa part, une fermeture complète ne peut avoir lieu que si les indicateurs montrent que la situation s’aggrave au niveau mondial.

"Fermer complètement les frontières marocaines à chaque fois qu’il y a un incident est donc impossible sur le plan pratique, et contre-productif sur le plan médical", ajoute notre expert, qui recommande de renforcer les mesures restrictives, de veiller au respect des mesures barrières, de durcir le contrôle au niveau des frontières, et d’accélérer le démarrage de la campagne de vaccination.

"Pour dominer, une nouvelle souche a besoin de 8 à 12 semaines. Actuellement, nous devons gagner du temps avec les mesures citées. Si l’on arrive à contrôler la situation durant les 26 ou 28 prochaines semaines, tout en lançant la vaccination, on sera plus tranquille, sinon, cela aura un impact sur notre système de santé", conclut-il à ce sujet.

Par ailleurs, selon d’autres experts, à l’instar de certains pays étrangers, tels que la France, il serait souhaitable que le Maroc instaure un confinement d’au moins une semaine, suivi d’un second test PCR, aux étrangers qui arrivent avec un premier test PCR négatif, réalisé 48 H à l’avance. Le premier test peut dans certains cas être négatif en début d’épidémie. Ainsi, pour être sûr que les voyageurs étrangers ne représentent aucun risque, il est souhaitable qu’ils s’engagent à rester isolés durant une semaine dans une maison ou à l’hôtel à leur arrivée au Maroc, avant de refaire un second test PCR. Si ce dernier s'avère positif, un séquençage doit être effectué pour savoir s’il s’agit du nouveau variant.

Ecoles : l’avenir du présentiel de plus en plus mis sur la table

Les Marocains s'interrogent également sur un possible retour au confinement. Dr. Marhoum pense, lui, qu'un "confinement total représente un gros risque aux niveaux économique et social. Par contre, les mesures comme celles que l'on a l'habitude de voir, notamment les restrictions sur des zones précises, restent possibles".

Qu'en est-il des lieux de rassemblement, tels que les écoles, souks, restaurants et autres ? Pour ce qui est des écoles, "tout sera fait pour qu’elles restent ouvertes, sauf celles où l’on détecte des clusters du nouveau variant", nous apprend Dr. Hamdi. 

Cette mesure dépendra également des résultats de l’opération de dépistage de 30.000 collégiens et lycéens menée par le ministère de la Santé dans 6 régions du Royaume, qui nous permettra, selon Dr. Afif, "d’avoir une cartographique de la situation épidémiologique dans les collèges et lycées".

"Même si les cas ne sont pas nombreux, si des contaminations par la nouvelle souche sont détectées, il faudra suspendre l’école, puisque cela représentera également un risque pour les parents et les autres membres des familles. L’avenir du présentiel est donc de plus en plus mis sur la table", ajoute Dr. Tayeb Hamdi.

"Les résultats de cette opération n’ont pas encore été dévoilés. On attend de voir le nombre de cas positifs, pour prendre des échantillons et effectuer des séquençages, afin de savoir de quelle souche s’agit-il".

Pour ce qui est des autres lieux de rassemblement, si le nouveau variant se propage rapidement, le gouvernement sera de nouveau contraint de renforcer les mesures restrictives. 

Le nombre de tests doit être revu à la hausse

C’est ce que nous confirment les experts sondés par nos soins. En effet, le nombre de tests a diminué depuis quelques semaines. Il s’agit d’une stratégie adoptée par le ministère de la Santé, puisqu’on est dans un stade de transmission communautaire. Le ministère ne fait plus de dépistage précoce, mais diagnostique les personnes ayant des symptômes. Cette stratégie devra certainement être revue, vu le caractère contagieux de la nouvelle souche.

D’après Dr. Hamdi, "depuis le début de l’épidémie, le nombre de tests n’a jamais été élevé au Maroc. Prenons l’exemple de la France. Selon une récente étude publiée il y a quatre semaines, avec 140.000 tests effectués par jour en juin 2020 dans le pays, sur 10 personnes symptomatiques, une seule est détectée, et 9 passent par le filet. On ne parle même pas des cas asymptomatiques. Ceci dit, le Maroc, avec presque la moitié de la population de la France, doit au moins effectuer 70.000 tests par jour, mais on fait avec nos moyens. Certes, on reste bien classé en termes de testing (2e en Afrique et 30e au monde), mais sur le plan épidémiologique, 25.000 ou 27.000 tests/j restent en dessous du contrôle d’une épidémie. Il est donc temps d’augmenter leur nombre".  

Quelle préparation au niveau du système de santé ?

"Au niveau de l’hôpital, on va continuer à travailler de la même façon", nous fait savoir Dr. Marhoum. "Il n’y a pas de raison de changer notre méthode, sauf qu’on sera plus rigoureux dans la réponse à cette souche. Il va ainsi falloir faire un effort sur le séquençage, qui nous permettra de connaître l’information génétique du virus, si elle est habituelle, ou si elle correspond au nouveau variant".

Quant au nombre de lits en réanimation et en soins intensifs et la réorientation des lits non-Covid à la prise en charge des cas Covid, notre source nous explique que depuis le début de l'épidémie, "le CHU s’est organisé pour faire face à la demande en lits de réanimation et de soins intensifs. Pour ce faire, on a récupéré des services entiers, tels que la chirurgie programmée, pour les transformer en unités de soins et réanimation".

"Nous avons donc augmenté notre capacité litière, et pour l’instant cela semble être bon et suffisant, mais il ne faudrait pas qu’il y ait à nouveau un pic de cas quotidiens, qui viendrait mettre encore à mal le système de santé".

"Pour ce qui des cas bénins et non graves, le ministère poursuivra la stratégie de prise en charge à domicile".

Il est important de respecter les conditions d’utilisation des masques

Dans un avis publié récemment, le Haut conseil de la santé publique français a recommandé l’utilisation des masques chirurgicaux et FFP2, et déconseille certains masques en tissus et artisanaux.

D’après Dr. Hamdi, "au Maroc, les masques chirurgicaux ne sont pas disponibles pour tous, et ne sont pas à la portée de tous les Marocains, sinon on aurait eu recours à ce type de masques. Les familles marocaines ne peuvent pas toutes se permettre de changer, pour chaque membre, un masque 3 fois par jour, qui coûte 3,5 à 4 DH l’unité. Ce n’est pas donné à tout le monde".

"Ceci-dit, les masques alternatifs, notamment en tissu, remplissent leur rôle, si leurs conditions d’utilisation sont respectées, ainsi que la distanciation". 

Par condition d’utilisation, Dr. Hamdi fait référence au nombre de lavages. On ne peut donc pas porter durant 6 mois le même masque qui ne doit être lavé que 5, 10 voire 20 fois. "Si le masque est lavé à plusieurs reprises, il n’est plus adapté au visage, il n'est plus électrostatique et ne retient donc plus le virus".

Pour conclure "ce virus n’est pas plus dangereux, mais il est plus contagieux, et contamine toutes les catégories d’âge, notamment les enfants et jeunes, qui risquent de contaminer les personnes à risques, dont une partie pourrait se retrouver en soins intensifs et en réanimation. Le système de santé va donc prendre un coup", souligne Dr. Afif. "Dans un premier temps, il faut d'abord renforcer la surveillance épidémiologique, effectuer plus de tests, surtout au niveau des frontières, et plus de séquençages. Il faut également sensibiliser les gens, pour éviter un relâchement de l'application des gestes barrières et continuer sur cette tendance baissière du nombre de cas. C’est de cette manière qu'on peut faire une campagne de vaccination dans les meilleures conditions". 

(Photo AFP)

Voici comment le Maroc doit réagir à l'arrivée du nouveau variant du virus (Experts)

Le 19 janvier 2021 à20:21

Modifié le 20 janvier 2021 à 15:49

Accès au territoire, stratégie de dépistage, mesures restrictives... Trois experts consultés par Médias24 donnent leur avis sur la manière avec laquelle le Maroc doit gérer l'arrivée de la nouvelle souche britannique du Coronavirus. 

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Un premier cas de contamination par le variant du Coronavirus apparu au Royaume-Uni, a été détecté au Maroc, a annoncé, lundi 18 janvier dans la soirée, le ministère de la Santé dans un communiqué.  

Cette nouvelle souche n’entraîne pas des formes graves de la maladie, mais elle est plus contagieuse. En temps normal, "environ 80% des personnes qui font la Covid développent une forme qui n’est pas grave voire asymptomatique. Le reste développe une forme modérée, et environ 5% seulement deviennent des cas sévères", nous explique Dr. Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, contacté par nos soins.

"Selon les connaissances qui nous parviennent des collègues au Royaume-Uni, ces pourcentages des cas graves et bénins ne vont pas vraiment changer. Mais il y aura une augmentation en nombre absolu des cas quotidiens et par conséquent, des cas sévères", une situation qui risque d’exercer une pression sur notre système de santé.

Comment le Maroc doit donc réagir à l'arrivée de ce nouveau variant ? Pour répondre à cette question, outre Dr. Marhoum, Médias24 a sollicité différents experts, notamment Dr. Moulay Said Afif, président de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM) et de la Fédération nationale de la santé (FNS), qui est également membre du comité chargé de la stratégie de vaccination anti-Covid, ainsi que Dr. Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé.

Fermeture des frontières : un calcul bénéfices / risques

Suite à la détection du premier cas contaminé par le nouveau variant, le Maroc a décidé de fermer ses frontières avec l’Australie, le Brésil, l’Irlande et la Nouvelle-Zélande. Ces 4 pays s’ajoutent à l’Afrique du Sud, au Danemark et au Royaume-Uni, déjà concernés par cette mesure. 

Bon nombre de personnes s’interrogent sur le choix de ces pays, et se demandent pourquoi le Maroc n’a-t-il pas opté pour une fermeture complète de ses frontières, comme cela a été le cas en mars 2020, d’autant plus qu’une cinquantaine de pays sont déjà touchés par la nouvelle souche. Nous avons donc posé la question à nos experts, qui nous ont expliqué que les frontières ne peuvent être fermées à la moindre détection d’une nouvelle souche ou d’un virus. C’est toute l’économie du pays qui est en jeu.

"La décision de fermer les frontières marocaines est basée sur un calcul des bénéfices et des risques", nous confie Dr. Hamdi. "Si ce n’était qu’une question d’épidémiologie et de maladie, on aurait gagné toutes les épidémies sur le plan médical, en fermant les frontières et en interdisant aux gens de sortir de chez eux durant 2 ou 3 semaines". Les facteurs humain et économique doivent également être pris en compte. "Les gens ont besoin de sortir travailler et de s’approvisionner pour se nourrir. Il y aura donc toujours un minimum de contact. C’est la même chose pour un pays, qui a besoin d’échanges. L’économie doit continuer à avancer".

"Un premier cas de contamination par la nouvelle souche a été détecté au Maroc, mais cela ne veut pas pour autant dire que c’est le seul cas au Royaume. Le nouveau variant circule peut-être depuis quelques semaines", on ne peut donc pas supposer qu’on a une virginité épidémiologique vis-à-vis de cette nouvelle souche, et fermer toutes les frontières.

Selon notre source, la fermeture des frontières pourrait concerner d’autres pays où le variant est très répandu dans les jours ou semaines à venir. Pour sa part, une fermeture complète ne peut avoir lieu que si les indicateurs montrent que la situation s’aggrave au niveau mondial.

"Fermer complètement les frontières marocaines à chaque fois qu’il y a un incident est donc impossible sur le plan pratique, et contre-productif sur le plan médical", ajoute notre expert, qui recommande de renforcer les mesures restrictives, de veiller au respect des mesures barrières, de durcir le contrôle au niveau des frontières, et d’accélérer le démarrage de la campagne de vaccination.

"Pour dominer, une nouvelle souche a besoin de 8 à 12 semaines. Actuellement, nous devons gagner du temps avec les mesures citées. Si l’on arrive à contrôler la situation durant les 26 ou 28 prochaines semaines, tout en lançant la vaccination, on sera plus tranquille, sinon, cela aura un impact sur notre système de santé", conclut-il à ce sujet.

Par ailleurs, selon d’autres experts, à l’instar de certains pays étrangers, tels que la France, il serait souhaitable que le Maroc instaure un confinement d’au moins une semaine, suivi d’un second test PCR, aux étrangers qui arrivent avec un premier test PCR négatif, réalisé 48 H à l’avance. Le premier test peut dans certains cas être négatif en début d’épidémie. Ainsi, pour être sûr que les voyageurs étrangers ne représentent aucun risque, il est souhaitable qu’ils s’engagent à rester isolés durant une semaine dans une maison ou à l’hôtel à leur arrivée au Maroc, avant de refaire un second test PCR. Si ce dernier s'avère positif, un séquençage doit être effectué pour savoir s’il s’agit du nouveau variant.

Ecoles : l’avenir du présentiel de plus en plus mis sur la table

Les Marocains s'interrogent également sur un possible retour au confinement. Dr. Marhoum pense, lui, qu'un "confinement total représente un gros risque aux niveaux économique et social. Par contre, les mesures comme celles que l'on a l'habitude de voir, notamment les restrictions sur des zones précises, restent possibles".

Qu'en est-il des lieux de rassemblement, tels que les écoles, souks, restaurants et autres ? Pour ce qui est des écoles, "tout sera fait pour qu’elles restent ouvertes, sauf celles où l’on détecte des clusters du nouveau variant", nous apprend Dr. Hamdi. 

Cette mesure dépendra également des résultats de l’opération de dépistage de 30.000 collégiens et lycéens menée par le ministère de la Santé dans 6 régions du Royaume, qui nous permettra, selon Dr. Afif, "d’avoir une cartographique de la situation épidémiologique dans les collèges et lycées".

"Même si les cas ne sont pas nombreux, si des contaminations par la nouvelle souche sont détectées, il faudra suspendre l’école, puisque cela représentera également un risque pour les parents et les autres membres des familles. L’avenir du présentiel est donc de plus en plus mis sur la table", ajoute Dr. Tayeb Hamdi.

"Les résultats de cette opération n’ont pas encore été dévoilés. On attend de voir le nombre de cas positifs, pour prendre des échantillons et effectuer des séquençages, afin de savoir de quelle souche s’agit-il".

Pour ce qui est des autres lieux de rassemblement, si le nouveau variant se propage rapidement, le gouvernement sera de nouveau contraint de renforcer les mesures restrictives. 

Le nombre de tests doit être revu à la hausse

C’est ce que nous confirment les experts sondés par nos soins. En effet, le nombre de tests a diminué depuis quelques semaines. Il s’agit d’une stratégie adoptée par le ministère de la Santé, puisqu’on est dans un stade de transmission communautaire. Le ministère ne fait plus de dépistage précoce, mais diagnostique les personnes ayant des symptômes. Cette stratégie devra certainement être revue, vu le caractère contagieux de la nouvelle souche.

D’après Dr. Hamdi, "depuis le début de l’épidémie, le nombre de tests n’a jamais été élevé au Maroc. Prenons l’exemple de la France. Selon une récente étude publiée il y a quatre semaines, avec 140.000 tests effectués par jour en juin 2020 dans le pays, sur 10 personnes symptomatiques, une seule est détectée, et 9 passent par le filet. On ne parle même pas des cas asymptomatiques. Ceci dit, le Maroc, avec presque la moitié de la population de la France, doit au moins effectuer 70.000 tests par jour, mais on fait avec nos moyens. Certes, on reste bien classé en termes de testing (2e en Afrique et 30e au monde), mais sur le plan épidémiologique, 25.000 ou 27.000 tests/j restent en dessous du contrôle d’une épidémie. Il est donc temps d’augmenter leur nombre".  

Quelle préparation au niveau du système de santé ?

"Au niveau de l’hôpital, on va continuer à travailler de la même façon", nous fait savoir Dr. Marhoum. "Il n’y a pas de raison de changer notre méthode, sauf qu’on sera plus rigoureux dans la réponse à cette souche. Il va ainsi falloir faire un effort sur le séquençage, qui nous permettra de connaître l’information génétique du virus, si elle est habituelle, ou si elle correspond au nouveau variant".

Quant au nombre de lits en réanimation et en soins intensifs et la réorientation des lits non-Covid à la prise en charge des cas Covid, notre source nous explique que depuis le début de l'épidémie, "le CHU s’est organisé pour faire face à la demande en lits de réanimation et de soins intensifs. Pour ce faire, on a récupéré des services entiers, tels que la chirurgie programmée, pour les transformer en unités de soins et réanimation".

"Nous avons donc augmenté notre capacité litière, et pour l’instant cela semble être bon et suffisant, mais il ne faudrait pas qu’il y ait à nouveau un pic de cas quotidiens, qui viendrait mettre encore à mal le système de santé".

"Pour ce qui des cas bénins et non graves, le ministère poursuivra la stratégie de prise en charge à domicile".

Il est important de respecter les conditions d’utilisation des masques

Dans un avis publié récemment, le Haut conseil de la santé publique français a recommandé l’utilisation des masques chirurgicaux et FFP2, et déconseille certains masques en tissus et artisanaux.

D’après Dr. Hamdi, "au Maroc, les masques chirurgicaux ne sont pas disponibles pour tous, et ne sont pas à la portée de tous les Marocains, sinon on aurait eu recours à ce type de masques. Les familles marocaines ne peuvent pas toutes se permettre de changer, pour chaque membre, un masque 3 fois par jour, qui coûte 3,5 à 4 DH l’unité. Ce n’est pas donné à tout le monde".

"Ceci-dit, les masques alternatifs, notamment en tissu, remplissent leur rôle, si leurs conditions d’utilisation sont respectées, ainsi que la distanciation". 

Par condition d’utilisation, Dr. Hamdi fait référence au nombre de lavages. On ne peut donc pas porter durant 6 mois le même masque qui ne doit être lavé que 5, 10 voire 20 fois. "Si le masque est lavé à plusieurs reprises, il n’est plus adapté au visage, il n'est plus électrostatique et ne retient donc plus le virus".

Pour conclure "ce virus n’est pas plus dangereux, mais il est plus contagieux, et contamine toutes les catégories d’âge, notamment les enfants et jeunes, qui risquent de contaminer les personnes à risques, dont une partie pourrait se retrouver en soins intensifs et en réanimation. Le système de santé va donc prendre un coup", souligne Dr. Afif. "Dans un premier temps, il faut d'abord renforcer la surveillance épidémiologique, effectuer plus de tests, surtout au niveau des frontières, et plus de séquençages. Il faut également sensibiliser les gens, pour éviter un relâchement de l'application des gestes barrières et continuer sur cette tendance baissière du nombre de cas. C’est de cette manière qu'on peut faire une campagne de vaccination dans les meilleures conditions". 

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