Volaille: la surproduction fait souffrir les producteurs

Les producteurs des viandes de volailles tirent la sonnette d’alarme sur la situation du secteur. Surproduction, faible consommation, effondrement des prix… sont autant de problèmes soulevés. Eclairage avec Youssef Alaoui, président de la fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA).

Volaille : La surproduction fait souffrir les producteurs

Le 18 février 2020 à 16:46

Modifié le 19 février 2020 à 12:43

 C’est un cri d’alarme que lance l’association nationale des producteurs des viandes de volailles (APV), membre de la FISA. Son président Ahmed Addioui a signé un communiqué où il dresse une situation des plus inquiétantes pour le secteur. « Les éleveurs de volailles vivent une crise pour la quatrième année de suite, ce qui les a menés à perdre une bonne partie de leur investissement et creuser leur dette auprès de leur partenaires fournisseurs et banques », avance-t-il.

Cette situation s’explique, selon le président de l’APV, par plusieurs facteurs :

- La surproduction dans le secteur.

- La baisse continue des prix des viandes de volailles. « Les prix ne dépassent pas 12 DH/Kg, ils ont même baissé sous la barre des 9 DH/Kg. Ce niveau des prix ne couvre pas les coûts de production qui varient entre 11,50 DH et 12,50 DH/kg ».

- La baisse des prix de la dinde, qui représente 15% du marché, engendre des pertes qui dépassent les 3 DH au kg.

- Baisse de la consommation des volailles.

Qu'en pense Youssef Alaoui, président de la FISA ? « Il y a eu des investissements assez conséquents dans le secteur et aujourd'hui, il est clairement en surproduction», confirme Youssef Alaoui. 

Pour résoudre ce problème, il faut encourager davantage la consommation. « Le Marocain consomme en moyenne 20 Kg de viande de volaille par an. C'est bien l’objectif qu’on s’est fixé dans le Plan Maroc Vert. Nous faisons certes mieux que la moyenne enregistrée au niveau des pays africains qui est de 3 Kg, mais nous sommes loin de la consommation des pays développés qui font le double de la nôtre», avance Alaoui.

Pour notre interlocuteur, certes l'objectif de consommation inscrit dans le PMV est atteint, mais il est insuffisant pour combler l'offre qu'il y a sur le marché. Cela est accentué par le fait « que le Marocain n’est pas encore attiré par la consommation des produits élaborés qui doivent normalement booster la consommation. Il y a un travail à faire en termes de communication, de dégustation... ».

Le président de la FISA avance que le secteur est desservi en partie par de la désinformation, faisant croire aux consommateurs que la volaille n'est pas contrôlée. « Toute la chaîne, de l’intrant (maïs et soja) jusqu’à la volaille, est sécurisée et contrôlée. Chaque ferme est obligée par la loi d’avoir un encadrant vétérinaire. Donc, matière première et élevage sont tracés et sont aux normes. Contrairement à ce qui est dit, 100% du poulet est contrôlé, alors que 90% du circuit de commercialisation ne l’est pas », précise Alaoui.

Commercialisation : bientôt la mise à niveau

Renforcer la demande passe également par la modernisation du circuit de commercialisation, maillon faible du secteur. "Nous avons atteint tous les objectifs du PMV sauf ceux relatifs au volet commercialisation. Heureusement, il y a un plan qui va être activé dans deux mois et qui vise à mettre à niveau les tueries traditionnelles "riachat" avec une subvention à la clé", confie le président de la FISA. 

Ce dernier fait référence à une convention, signée entre les ministres de l'Intérieur, de l'Agriculture et du Commerce, par le biais de laquelle une subvention de 30.000 DH est accordée aux tueries qui veulent se mettre à niveau, à travers une reconversion soit :

- En unité d’abattage de proximité (Riachat) pour l’approvisionnement exclusif des besoins des ménages en viandes de volailles. Ces unités ne doivent, en aucun cas, approvisionner les lieux de restauration collectifs, les boucheries ou les points de vente au détail ;

- En points de vente de viandes de volailles, qui ne s’approvisionnent qu’à partir d’établissements agréés (abattoirs avicoles, ateliers de découpe des viandes de volailles, produits à base de viandes et centres de conditionnement des œufs).

Lire aussi: Volaille: désinformation autour de la modernisation des "Riachat"

"Si on met à niveau le circuit de commercialisation, le consommateur va consommer plus. Il faut que les circuits traditionnels s'améliorent et qu'on laisse les abattoirs travailler tranquillement, et il est certain que nous pourrons absorber une partie de la surproduction", insiste le président de la FISA. 

Il ne s'agit pas de la seule solution pour sortir le secteur de la crise. Booster la consommation est un processus qui peut prendre du temps. 

 Baisse de la production : bataille entre éleveurs et couvoirs 

La solution la plus rapide serait de baisser la production. Deux acteurs dans le secteur ont la possibilité d'agir sur l'offre : 

- Les couvoirs, en baissant la quantité des poussins produits.

- les éleveurs, en baissant la quantité des poussins achetés. 

L'Association des producteurs de viandes de volailles pointe directement la responsabilité des couvoirs, dans son communiqué. L'association demande à tous les acteurs du marché d'assumer leur responsabilité, à commencer par les couvoirs "qui sont les responsables de la surproduction des poussins et par conséquent de l'augmentation irrationnelle de l'offre par rapport à la demande".

Les propriétaires de couvoirs, eux, estiment que leur marché est demandeur donc ils n'ont aucune raison de baisser la production. "Le poussin est payé au comptant, donc son prix est maintenu. Pourquoi un couvoir baissera-t-il sa production alors qu'il vend au prix et même plus. Le prix doit être normalement entre 3 DH et 3,80 DH le poussin, or il est vendu entre 4 à 4,50 DH", nous explique un éleveur. 

Une spirale financière qui tire le secteur vers le bas 

Les couvoirs refusent donc de baisser leur production car ils n’ont pas de soucis pour vendre leurs marchandises, écoulées auprès des éleveurs. Pourquoi donc ces derniers ne réduisent-ils pas tout simplement les quantités achetées auprès des couvoirs ?

C'est plus compliqué qu'il n'y parait, à en croire le président de la FISA. "Les éleveurs, comme tous les agriculteurs, sont pris dans une spirale. Un éleveur, quand il perd de l’argent et que les prix sont bas, a deux possibilités. Soit arrêter et assumer sa perte, payer ses crédits..., soit continuer à investir en espérant que l'année suivante sera meilleure. S'il perd de nouveau de l’argent, les pertes s’accumulent et il se rend compte qu’il ne peut plus s’arrêter car les pertes cumulées sont importantes. Il préfère donc laisser tourner la machine en espérant des jours meilleurs", explique notre interlocuteur. 

En conséquence, les éleveurs soutiennent une demande sur les poussins qui est en partie artificielle et nourrissent la bulle de production qui plombe la rentabilité du secteur.

Youssef Alaoui annonce qu'une assemblée générale de la FISA se tiendra dans les prochains jours en présence de toutes les associations pour traiter ce sujet en particulier. L'ordre du jour est justement de demander à tous les éleveurs de baisser la production de leurs fermes.  

Lire aussi : Aviculture: le secteur avance à deux vitesses

Volaille: la surproduction fait souffrir les producteurs

Le 18 février 2020 à19:15

Modifié le 19 février 2020 à 12:43

Les producteurs des viandes de volailles tirent la sonnette d’alarme sur la situation du secteur. Surproduction, faible consommation, effondrement des prix… sont autant de problèmes soulevés. Eclairage avec Youssef Alaoui, président de la fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA).

 C’est un cri d’alarme que lance l’association nationale des producteurs des viandes de volailles (APV), membre de la FISA. Son président Ahmed Addioui a signé un communiqué où il dresse une situation des plus inquiétantes pour le secteur. « Les éleveurs de volailles vivent une crise pour la quatrième année de suite, ce qui les a menés à perdre une bonne partie de leur investissement et creuser leur dette auprès de leur partenaires fournisseurs et banques », avance-t-il.

Cette situation s’explique, selon le président de l’APV, par plusieurs facteurs :

- La surproduction dans le secteur.

- La baisse continue des prix des viandes de volailles. « Les prix ne dépassent pas 12 DH/Kg, ils ont même baissé sous la barre des 9 DH/Kg. Ce niveau des prix ne couvre pas les coûts de production qui varient entre 11,50 DH et 12,50 DH/kg ».

- La baisse des prix de la dinde, qui représente 15% du marché, engendre des pertes qui dépassent les 3 DH au kg.

- Baisse de la consommation des volailles.

Qu'en pense Youssef Alaoui, président de la FISA ? « Il y a eu des investissements assez conséquents dans le secteur et aujourd'hui, il est clairement en surproduction», confirme Youssef Alaoui. 

Pour résoudre ce problème, il faut encourager davantage la consommation. « Le Marocain consomme en moyenne 20 Kg de viande de volaille par an. C'est bien l’objectif qu’on s’est fixé dans le Plan Maroc Vert. Nous faisons certes mieux que la moyenne enregistrée au niveau des pays africains qui est de 3 Kg, mais nous sommes loin de la consommation des pays développés qui font le double de la nôtre», avance Alaoui.

Pour notre interlocuteur, certes l'objectif de consommation inscrit dans le PMV est atteint, mais il est insuffisant pour combler l'offre qu'il y a sur le marché. Cela est accentué par le fait « que le Marocain n’est pas encore attiré par la consommation des produits élaborés qui doivent normalement booster la consommation. Il y a un travail à faire en termes de communication, de dégustation... ».

Le président de la FISA avance que le secteur est desservi en partie par de la désinformation, faisant croire aux consommateurs que la volaille n'est pas contrôlée. « Toute la chaîne, de l’intrant (maïs et soja) jusqu’à la volaille, est sécurisée et contrôlée. Chaque ferme est obligée par la loi d’avoir un encadrant vétérinaire. Donc, matière première et élevage sont tracés et sont aux normes. Contrairement à ce qui est dit, 100% du poulet est contrôlé, alors que 90% du circuit de commercialisation ne l’est pas », précise Alaoui.

Commercialisation : bientôt la mise à niveau

Renforcer la demande passe également par la modernisation du circuit de commercialisation, maillon faible du secteur. "Nous avons atteint tous les objectifs du PMV sauf ceux relatifs au volet commercialisation. Heureusement, il y a un plan qui va être activé dans deux mois et qui vise à mettre à niveau les tueries traditionnelles "riachat" avec une subvention à la clé", confie le président de la FISA. 

Ce dernier fait référence à une convention, signée entre les ministres de l'Intérieur, de l'Agriculture et du Commerce, par le biais de laquelle une subvention de 30.000 DH est accordée aux tueries qui veulent se mettre à niveau, à travers une reconversion soit :

- En unité d’abattage de proximité (Riachat) pour l’approvisionnement exclusif des besoins des ménages en viandes de volailles. Ces unités ne doivent, en aucun cas, approvisionner les lieux de restauration collectifs, les boucheries ou les points de vente au détail ;

- En points de vente de viandes de volailles, qui ne s’approvisionnent qu’à partir d’établissements agréés (abattoirs avicoles, ateliers de découpe des viandes de volailles, produits à base de viandes et centres de conditionnement des œufs).

Lire aussi: Volaille: désinformation autour de la modernisation des "Riachat"

"Si on met à niveau le circuit de commercialisation, le consommateur va consommer plus. Il faut que les circuits traditionnels s'améliorent et qu'on laisse les abattoirs travailler tranquillement, et il est certain que nous pourrons absorber une partie de la surproduction", insiste le président de la FISA. 

Il ne s'agit pas de la seule solution pour sortir le secteur de la crise. Booster la consommation est un processus qui peut prendre du temps. 

 Baisse de la production : bataille entre éleveurs et couvoirs 

La solution la plus rapide serait de baisser la production. Deux acteurs dans le secteur ont la possibilité d'agir sur l'offre : 

- Les couvoirs, en baissant la quantité des poussins produits.

- les éleveurs, en baissant la quantité des poussins achetés. 

L'Association des producteurs de viandes de volailles pointe directement la responsabilité des couvoirs, dans son communiqué. L'association demande à tous les acteurs du marché d'assumer leur responsabilité, à commencer par les couvoirs "qui sont les responsables de la surproduction des poussins et par conséquent de l'augmentation irrationnelle de l'offre par rapport à la demande".

Les propriétaires de couvoirs, eux, estiment que leur marché est demandeur donc ils n'ont aucune raison de baisser la production. "Le poussin est payé au comptant, donc son prix est maintenu. Pourquoi un couvoir baissera-t-il sa production alors qu'il vend au prix et même plus. Le prix doit être normalement entre 3 DH et 3,80 DH le poussin, or il est vendu entre 4 à 4,50 DH", nous explique un éleveur. 

Une spirale financière qui tire le secteur vers le bas 

Les couvoirs refusent donc de baisser leur production car ils n’ont pas de soucis pour vendre leurs marchandises, écoulées auprès des éleveurs. Pourquoi donc ces derniers ne réduisent-ils pas tout simplement les quantités achetées auprès des couvoirs ?

C'est plus compliqué qu'il n'y parait, à en croire le président de la FISA. "Les éleveurs, comme tous les agriculteurs, sont pris dans une spirale. Un éleveur, quand il perd de l’argent et que les prix sont bas, a deux possibilités. Soit arrêter et assumer sa perte, payer ses crédits..., soit continuer à investir en espérant que l'année suivante sera meilleure. S'il perd de nouveau de l’argent, les pertes s’accumulent et il se rend compte qu’il ne peut plus s’arrêter car les pertes cumulées sont importantes. Il préfère donc laisser tourner la machine en espérant des jours meilleurs", explique notre interlocuteur. 

En conséquence, les éleveurs soutiennent une demande sur les poussins qui est en partie artificielle et nourrissent la bulle de production qui plombe la rentabilité du secteur.

Youssef Alaoui annonce qu'une assemblée générale de la FISA se tiendra dans les prochains jours en présence de toutes les associations pour traiter ce sujet en particulier. L'ordre du jour est justement de demander à tous les éleveurs de baisser la production de leurs fermes.  

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