Sit-in contre Choubani, critiques contre la gouvernance de la région Drâa-Tafilet
Plusieurs ONG et groupes de la société civile ont appelé à un sit-in, ce dimanche à 19H00 devant le siège de la région Drâa-Tafilalet pour demander le départ de Lhabib Choubani, président du Conseil.
Choubani qui est un président contesté depuis plusieurs mois, est maintenant au cœur d’une affaire de location de 200 hectares de terres collectives dans la région qu’il préside.
Ce dimanche soir, un collectif regroupant plusieurs réseaux d’ONG et de militants de la société civile locale, organise un sit-in suivi d’une marche de protestation dans les rues d’Errachidia pour demander le départ du président du conseil (voir ci-dessous fac-similé de l’appel dont nous avons vérifié l’authenticité).
L’affaire est troublante, parce que la région est la plus pauvre du Maroc et qu’il y a de la part du président, une volonté de prendre un intérêt personnel. “Il donne l’impression d’être pressé de gagner de l’argent et de venir aux affaires par la politique. Comme si la politique n’était qu’un marche-pied vers l’affairisme“, nous déclare un membre du conseil de la région, qui a requis l’anonymat.
Médias 24 a eu des échanges avec quatre membres du conseil, de la majorité et de l’opposition, dont un membre du bureau. Trois d’entre eux ont requis l’anonymat. Un seul a parlé à visage découvert, Lhou Marbouh, ex-président de la commission des finances et du budget, qui a démissionné le 15 juillet dernier pour dénoncer la gouvernance de la région.
Schématiquement et pour rester factuel, trois dirigeants ou militants locaux du PJD, dirigés par Lahbib Choubani président PJD du conseil régional, se sont regroupés avec un chercheur, enseignant universitaire, lui-même membre du MUR (bras idéologique du PJD), pour lancer une affaire de production de fourrages dans la région.
Au nom de ses quatre associés, Lhabib Choubani écrit le 28 mars 2016 une demande de location de 200 hectares de terres collectives au représentant d’une “Jemaâ soulaliya“, lui-même militant du PJD selon une source fiable.
Cette démarche, révélée il y a quelques jours par un document fuité, suscite un malaise. Il y a une suspicion d’affairisme, voire de conflit d’intérêts au sens où l’entend l’article 68 de la loi organique sur les régions. Des sources locales de haut niveau évoquent un abus de position et d’influence. Un conseiller accuse Choubani de “duplicité de langage“: “On accuse les entrepreneurs d’être des rentiers et c’est exactement ce que l’on cherche à faire“.
En juin, le président Choubani avait lancé un marché d’acquisition de 7 véhicules 4x4 de luxe au profit de la région. Au-delà de cela, des membres du conseil mettent en cause sa capacité à gérer la région.
L’édifice institutionnel régional dessiné par les différents textes sur la régionalisation est clair: le premier acte ne consiste pas à dépenser ni à engager des programmes, mais à réfléchir, planifier, établir un diagnostic, élaborer un plan de développement. Ce n’est qu’après qu’il y a lieu d’engager des dépenses.
C’est l’inverse qui se passe, selon nos différentes sources:
-Choubani fait travailler les commissions puis marginalise les rapports qui ne lui conviennent pas, accuse un conseiller. Il se réunit alors avec son groupe PJD pour décider des positions à prendre. Il n’est pas le président de tous. Il arrive que le rapporteur d’une commission n’ait même pas le droit de présenter son travail devant le bureau. Notre source l’accuse de faire le tri dans les propositions des commissions pour ne transmettre que celles qu’il a retenues. Une sorte de censure.
-Le président du conseil de la région “fait jouer la majorité numérique pour faire passer des décisions qui ont un fondement idéologique“, accuse un conseiller.
-Lhou Marbouh a présidé la commission des Finances et du budget jusqu’au 15 juillet dernier, date de sa démission. Il nous livre son analyse critique, dont voici quelques éléments:
*Investir ne fait pas partie des prérogatives de la Région. Elle doit attirer les investisseurs et non investir elle-même. Elle ne doit pas concurrencer les investisseurs mais leur créer l’environnement favorable.
*Or, M. Choubani a décidé de construire une école et ce n’est pas la seule velléité d’investissement qu’il a.
*Le président se trompe de prérogatives, inverse les rôles entre l’Etat central et la Région. Par exemple, il a décidé de financer 30% d’une infrastructure routière qui fait partie des seules prérogatives du ministère de l’Equipement.
*On ne peut engager d’investissements sans avoir une vision. Les engagements doivent venir APRES l’élaboration sur le mode participatif, du plan de développement régional, et non AVANT.
*Idem en matière de gouvernance administrative, je lui reproche le non-respect de la loi, les commissions ne sont pas tenues correctement.
*C’est pour toutes ces raisons que j’ai démissionné de la présidence de la commission des Finances et du Budget.
Au final, Choubani va certainement recevoir une demande d’explications écrites de la part du wali de la région comme le prévoit l’article 67 de la loi organique sur les régions. Certains conseillers que nous avons joints au téléphone, estiment que le dossier devra être transmis à la Justice (tribunal administratif en l’occurrence) pour une éventuelle révocation.
Quoi qu’il en soit, avec sa gestion des relations avec la société civile lorsqu’il était au gouvernement, puis son départ dans les circonstances que l’on sait, l’affaire des 4x4 au niveau de la région, les critiques au sujet de la gouvernance et des connivences idéologiques et maintenant l’affaire des 200 hectares, l’image de Choubani est sérieusement écornée.
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