A Tanger, avec les réfugiés syriens

Une centaine de Syriens sont arrivés ces derniers mois dans la ville, chassés par la guerre civile et les bombardements. Ils racontent leur fuite d’un pays ravagé, les familles détruites, la misère. Leur objectif est clair : passer en Europe.  

A Tanger, avec les réfugiés syriens

Le 9 septembre 2013 à 10h06

Modifié 9 septembre 2013 à 10h06

Une centaine de Syriens sont arrivés ces derniers mois dans la ville, chassés par la guerre civile et les bombardements. Ils racontent leur fuite d’un pays ravagé, les familles détruites, la misère. Leur objectif est clair : passer en Europe.  

Dans le séjour du petit appartement que cette famille syrienne loue à la périphérie de Tanger, le fils Marouane à l’œil rivé sur la télévision et le père Chaoukat vient d’achever une conversation au téléphone.

La télévision est branchée sur la chaîne Orient, le canal réputé être celui des partisans de l’Armée syrienne libre, l’ALS. Au téléphone, en ce samedi 7 septembre, le père tente de joindre des membres de sa famille qui se trouvent en Syrie, pas loin de la frontière syrienne:«Ils veulent aussi quitter le pays me dit-il ; et puis il y aura peut-être des bombardements la semaine prochaine».

Depuis le début de la guerre civile syrienne, plus de 2 millions de Syriens ont quitté leur pays pour l’étranger tandis que près de 5 autres millions ont été déplacés à l’intérieur. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) estime que le nombre de réfugiés augmente de 5 à 6.000 chaque jour. Selon le HCR, aucun autre conflit depuis les années 1960 n’a engendré autant de déplacements de réfugiés.

Chaoukat et son fils Marouane, l’épouse et mère Douae, leur neveu Nadir, sont quelques uns parmi la petite centaine de réfugiés syriens échoués à Tanger depuis le début de l’été.

Originaires de Homs au nord-ouest de la Syrie, ils ont tout d’abord quitté leurs maisons à la fin mars pour le Liban. Quelques semaines auparavant, Chaoukat avait vu sa petite entreprise de prothèses dentaires détruites par les combats et la mort se répandre autour de lui. Nadir lui a tout perdu un jour, et d’abord son épouse et son enfant morts sous les bombardements.

Mais Chaoukat raconte qu’au Liban «la famille ne se sentait pas tranquille. Au Liban ce n’est pas la guerre comme en Syrie précise-t-il, mais la tension est réelle». Le Liban qui connait des problèmes politiques, d’importantes divisions ethniques et confessionnelles, a été occupé par l’armée syrienne jusqu’en 2005 au lendemain de l’assassinat de Rafik El Hariri.

Depuis le début du conflit syrien le 15 mars 2011, plus de 700.000 Syriens ont trouvé refuge au Liban. Ils sont également près d’un demi-million en Jordanie et environ 400.000 en Turquie et 100.000 en Irak. En Egypte enfin, on estime le nombre de Syriens réfugiés des pays des pyramides à 300.000 depuis le début de la guerre civile syrienne. Un quartier «Le Petit damas» existe même dans la banlieue cairote.

C’est vers Le Caire que Chaoukat, sa femme, son fils et son neveu décideront de se diriger quelques semaines après un séjour chahuté dans la banlieue de Beyrouth. Direction la capitale égyptienne donc, mais «le piège» se referme sur eux et sur de nombreux membres de la communauté syrienne lorsque le président islamiste Morsi est renversé.

«Au Caire, du jour au lendemain, raconte Chaoukat, les anti-Morsi ont commencé à haïr les Syriens car ayant fui la Syrie ils les considéraient comme proches de la rébellion islamiste anti-régime». «Des Syriens se faisaient agresser et insulter dans la rue. Nous sommes très vite devenus les boucs émissaires de la crise politique égyptienne. Dans la rue, des Egyptiens nous demandaient de retourner dans notre pays ou de quitter leur pays. Ce fut un grand choc».

Au Caire, Chaoukat va retrouver un de ses fils qui avait fui la Syrie auparavant avec sa femme et ses deux enfants en bas âge. D’autres membres de la famille se trouvaient là. Après quelques hésitations mais voyant également l’été de crise politique égyptienne, l’économie en piteux état et le chômage ambiant, toute la famille décide à nouveau de quitter l’Egypte, direction Alger et le Maroc.

Arrivés à Alger par vol direct en provenance du Caire, Chaoukat et sa famille trouvent une petite pension dans la capitale algérienne, font la manche à tour de rôle aux portes des mosquées mais leur religion est faite : ce sera direction le Maroc et direction Tanger, porte de l’Afrique et de l’Europe.

Chaoukat et sa famille arrivent à Tanger après avoir traversé à pied la frontière maroco-algérienne. Il croit savoir que «les autorités marocaines ferment les yeux sur l’arrivée des réfugiés syriens surtout s’il y a des enfants en bas âge dans les familles».

C’est ainsi qu’à l’image de Chaoukat et de sa famille, Tanger abrite aujourd’hui plusieurs familles syriennes qui logent dans des appartements à l’extérieur du centre-ville. On les croise aux terrasses des cafés, parfois à la porte d’une supérette, mais surtout à la sortie des mosquées aux heures de prières, une photocopie de leur passeport bleu à la main. D’autres vont frapper aux portes de certains commerces tenus par des membres de l’importante communauté syrienne arrivée à Tanger dans les années 1960.

Les nouveaux réfugiés syriens de Tanger essaient de se faire discrets. Les souvenirs de leur passage par le Liban et leur mauvaise expérience égyptienne ne les ont pas encore quitté et «mendier aux portes des mosquées nous casse le moral et nous humilie», m’avoue Douae, hier Syrienne moyenne à Homs, aujourd’hui devenue mendiante syrienne à Tanger.

Comment voient-ils leur avenir et que veulent-ils faire après ? A cette question, la différence de réponse entre les générations est tranchée. Chaoukat lui «souhaite la fin de la guerre et retourner chez lui en Syrie». Mais pour son fils Marouane et son neveu Nadir, la Syrie ne fait plus partie de leurs pensées. Leur objectif est d’émigrer en Europe. Dans le cadre d’un programme d’accueil des réfugiés syriens comme les Suédois ou les Suisses en ont, ou bien clandestinement, au départ de Tanger ou par Bab Sebta comme le font chaque mois des dizaines de Sénégalais, d’Ivoiriens ou de Maliens.

Pour Nadir qui se retrouve à Tanger sans possibilité de trouver un job régulier et après avoir perdu sa femme et son enfant dans les combats à Homs, «maintenant je dois aller en Europe ; même réfugié j’y ai ma dignité ; et puis j’ai de la famille en Espagne et en France». Destins arabes.

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