Etisalat : Qui est le nouvel actionnaire de Maroc Télécom ?
En officialisant l’acquisition des 53% du capital de Maroc Télécom détenus par Vivendi pour un montant de 4,2 milliards d’euros, la multinationale émiratie Etisalat devient le principal actionnaire de l’opérateur historique et de l’une des plus importantes entreprises du pays.
Etisalat, détenue à 60% par le gouvernement d’Abou Dhabi est également la plus importante capitalisation boursière (22 milliards de dollars) des 6 pays du CCG, le Conseil de Coopération du Golfe. Etisalat est aussi le plus important opérateur télécom de la région du Golfe.
Etisalat est présente dans 17 pays d’Afrique (dont le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Gabon et la Tanzanie), du Moyen-Orient (dont les EAU, l’Arabie saoudite, le Pakistan et l’Egypte) et d’Asie (dont l’Indonésie), le Maroc et 4 autres pays africains où Maroc Télécom est présent (Burkina Faso, Gabon, Mali et Mauritanie).
Selon Bhanu Chaddha, analyste senior à l’International Data Corporation cité par Gulf News, «il existe des opportunités dans ces marchés émergents et Etisalat a plus de cash que de dette».
Etisalat a déboursé 4,2 milliards d’euros pour acquérir les parts de Vivendi dans l’opérateur marocain, celui-ci s’engageant également à payer au désormais ancien actionnaire français une somme supplémentaire de 300 millions d’euros représentant les dividendes au titre de l’année 2013.
Selon l’analyste B. Chaddha cité par Gulf News, «cette orientation est parfaite pour Etisalat car elle peut offrir des produits et des services prisés en Afrique. L’Afrique constitue un terrain de développement parfait pour Etisalat».
Pacte d’actionnaires
Alors que le deal entre Vivendi et Etisalat devait être clos en juillet dernier, deux reports de la première date-butoir ont dû être consentis de part et d’autre, le dernier intervenant le 31 octobre.
Outre la nécessité d’achever les négociations financières entre Le Français et l’Emirati, un accord sur un nouveau pacte d’actionnaires et un accord des autorités marocaines de régulation étaient nécessaires.
Selon des sources bien informées, «jusqu’au mardi 5 novembre dernier, aucun accord n’avait encore été finalisé sur ces deux points» entre Etisalat et Maroc Télécom d’un côté et Etisalat et l’Etat marocain de l’autre.
Cependant, la signature de l’accord de rachat par Etisalat des parts de Vivendi, une opération strictement financière, est indépendante du nouveau pacte d’actionnaires à trouver entre Etisalat et l’Etat.
Selon des sources proches du dossier, «Etisalat avait déclaré à fin septembre qu’elle attendait la conclusion d’un pacte d’actionnaires avec le Royaume du Maroc et l’approbation des autorités de tutelle» avant de conclure avec Vivendi.
Avec 30% des parts dans Maroc Télécom, l’accord de l’Etat marocain est nécessaire avant l’entrée d’un nouvel actionnaire important dans le tour de table de l’opérateur.
Mais la circulation de cette information avait fait dire au porte-parole de Vivendi Jean-Louis Erneux que « la question du pacte d’actionnaires concerne uniquement Etisalat », ajoutant que concernant Vivendi, « nous avons été en négociations exclusives et que maintenant nous avions un accord définitif ».
Si un pacte d’actionnaires est par nature privé et secret sauf pour ses clauses touchant à l’information financière des entreprises cotées en bourse, on sait en revanche qu’il contient des clauses régissant la vente future des titres et l’exercice des droits de vote, notamment concernant les décisions devant être prises à l’unanimité. Par nature, le pacte d’actionnaires protège les intérêts communs et doit permettre de régler plus facilement des litiges futurs.
Négociations serrées
Outre Etisalat (53%) et l’Etat marocain (30%), 17% du capital de Maroc Télécom sont détenus par des investisseurs privés, particuliers ou institutionnels.
Selon nos informations, il semblerait que la question de la création d’un noyau dur d’actionnaires marocains autour de Maroc Télécom a fait l’objet de tractations très serrées entre les parties marocaine et émiratie.
Selon une source française, c’est grâce aux conseils du cabinet de conseil juridique Freshfields Bruckhaus Deringer qu’Etisalat a pu convaincre Rabat de renoncer à créer ce noyau dur qui aurait rendu la conclusion d’un pacte d’actionnaires plus difficile. Etisalat a eu recours à la BNP Paribas pour le conseil financier.
Dans cette longue histoire de la cession des 53% des parts de Vivendi dans Maroc Télécom qui a démarré début 2013, Vivendi a sollicité le Crédit Agricole et la banque Lazard pour le conseil financier et le cabinet Gibson, Dunn & Crutcher pour le juridique.
Le conseil juridique pour Vivendi au Maroc a été fourni par les cabinets Kettani, en la personne de Nadia Kettani et Saaidi-Hdid en la personne de Mohammed Hdid.
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