Indépendance ou autonomie, l’Ecosse a rendez-vous avec l’Histoire

Indépendance ou autonomie, l’Ecosse a rendez-vous avec l’Histoire

Le 18 septembre 2014 à 12h39

Modifié le 18 septembre 2014 à 12h39

De Glasgow à Edimbourg en passant par une myriade d'ilots, les Ecossais votaient jeudi massivement pour ou contre leur indépendance, un rendez-vous avec l'histoire qui fascine et souvent inquiète les 92% restants des Britanniques, simples spectateurs face à l'éventuel éclatement du Royaume-Uni.  

Les bulletins portent une question de huit mots avec deux cases à tiquer, pour le oui ou le non: "L'Ecosse doit-elle être un pays indépendant?". Les bureaux de vote ouverts à 7 heures (06H00 GMT) ferment à 22 heures (21H00 GMT). En l'absence d'estimations de sortie des urnes, les résultats sont attendus vendredi à l'aube.

Les instituts de sondage ont prédit une courte victoire du non, rattrapé en fin de campagne par le oui, mais avec une avance se situant dans la marge d'erreur de 3%. Ils misaient aussi sur une participation record de l'ordre de 80% des 4,2 millions d'Ecossais de 16 ans et plus, à l'aune du débat identitaire qui a embrasé le territoire ancré depuis 307 ans à ses voisins du sud, en vertu d'un Acte d'Union.

Les rares sondages conduits auprès des Anglais, Gallois et nord-Irlandais réduits à l'état de spectateurs dégageaient une forte majorité en faveur du non. Jusqu'à une heure avancée mercredi soir, les dirigeants des deux camps ont jeté leurs forces dans la bataille pour tenter de séduire le dernier carré d'indécis. "C'est la chance de toute une vie (…) à saisir des deux mains", a dit jeudi à l'AFP Alex Salmond, le Premier ministre de l'Ecosse semi-autonome qui votait dans sa circonscription de Strichen. "Faisons-le!", avait-il clamé la veille au soir à Perth. "Yes we can", avait répondu la foule de ses partisans survoltés.

L'ex-locataire travailliste du 10, Downing Street Gordon Brown – de loin le moins mal-aimé des politiciens britanniques dans sa terre natale d'Ecosse – a montré une ferveur égale à Glasgow, mais en faveur du non. Il a dénoncé un nationalisme "étriqué", égoïste et qui divise.

Festival démocratique

Il s'agit du "plus grand festival démocratique" jamais organisé en Ecosse, qui a changé une dizaine de fois de statut en 1.400 ans d'histoire mouvementée, a fait valoir M. Salmond. Le scrutin constitue aussi une formidable opération logistique. Quelque 2.600 bureaux de votes sont éparpillés sur un territoire représentant le tiers de la superficie du Royaume-Uni. Certaines urnes seront rapatriées par bateau-ferry ou par hélicoptère, pour accélérer les opérations de dépouillement.

A Edimbourg, la capitale, les affiches en faveur du oui surpassaient de très loin en nombre les posters pour le non. Un peu partout flottait le Saltire, drapeau écossais à croix blanche en diagonale sur fond bleu. Charlotte Farish, 34 ans, est arrivée dix minutes avant l'ouverture de son bureau de vote, avant d'emmener ses deux enfants à l'école et de gagner son lieu de travail. "C'est un jour important. La décision que nous allons prendre nous engagera pour la vie", a-t-elle déclaré à l'AFP.

La plupart des quotidiens britanniques arboraient jeudi en Une des deux drapeaux de l'Ecosse et du Royaume-Uni flottant côte à côte. Cependant, le quotidien des affaires Financial Times, hostile comme la majorité de la City à l'indépendance génératrice d'incertitudes économiques, publiait la photo d'un Saltire sur un fond de ciel noir orageux.

"La mort du statu quo"

Le Premier ministre David Cameron, chef de file du non, a annoncé par avance "la mort du statu quo." Avec ses alliés libéraux-démocrates, membres du gouvernement, et avec le dirigeant de l'opposition travailliste Ed Miliband, il a solennellement promis une autonomie accrue aux Ecossais s'ils renoncent à l'indépendance. En cas de victoire du non, les travaux commenceront dès vendredi, en vue de la dévolution de nouveaux pouvoirs fiscaux au parlement régional de Holyrood.

Le cadeau fait déjà des jaloux en Angleterre, au Pays de Galles, en Irlande du nord et dans certaines grandes métropoles comme Manchester, qui sollicitent des prérogatives élargies de la part du gouvernement d'un pays qui figure parmi les plus centralisés en Europe. En cas de victoire du oui, trois choix s'offriront à David Cameron, selon les analystes: anticiper les élections générales prévues en mai 2015, remettre sa démission, ou poser la question de confiance au Parlement.

Le triomphe des indépendantistes ouvrirait 18 mois d'acrimonieuses négociations entre Londres et Edimbourg, en vue de préparer les contours du nouvel état, d'ici la proclamation de l'indépendance, le 24 mars 2016. Les séparatistes souhaitent garder la livre pour monnaie et la reine pour souveraine, intégrer l'Union européenne et l'OTAN. Mais tous ces sujets, ainsi que le partage des recettes de l'or noir de la Mer du Nord et de la dette, sont ouverts à discussion.

Quel que soit le verdict, Alex Salmond, 59 ans, sortira vainqueur du scrutin, synonyme au mieux d'indépendance et au pire d'autonomie. David Cameron pour sa part a prévu de tirer les leçons du scrutin dans une adresse télévisée, vendredi matin.

L'intérêt est vif à travers le monde. Le président des Etats-Unis Barack Obama a formulé mercredi soir sur Twitter des v?ux pour le maintien d'un Royaume-Uni "fort, robuste, et uni". A Bruxelles, les dirigeants européens cachent mal leur inquiétude à la perspective d'une contagion nationaliste, de la Catalogne à l'Ukraine.

(Avec AFP)

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