Deux ans après leur interdiction, les sacs en plastique persistent dans le circuit informel
L'entrée en vigueur de la loi 77-15 sur l’interdiction des sacs en plastique a eu lieu en juillet 2016. Un état des lieux a été dressé, ce mardi 3 juillet, par le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, lors d’une rencontre avec les acteurs du secteur et des représentants de la société civile.
Depuis juillet 2016, seules les grande et moyenne surfaces et les commerces de proximité organisés se sont convertis totalement aux produits de substitution. Chez les marchands ambulants et dans les souks traditionnels, l'utilisation des sacs en plastique est toujours courante.
De nouveaux modes d’approvisionnement et de distribution des sacs interdits sont apparus: ateliers de fabrication clandestins, contrebande, distribution à la sauvette…
Bilan des opérations de contrôle et de soutien
Suite à 682.467 opérations de contrôle effectuées, 3.826 infractions ont été enregistrées. Les amendes infligées totalisent environ 5 MDH pour 757 jugements prononcés. Plus de 750 tonnes de sacs en plastique ont été saisies dans les ateliers et les points de vente. 89,9 tonnes ont été ramassées au niveau des postes frontaliers.
Pour permettre l'élimination des sacs en plastique, deux fonds ont été mis à la disposition des industriels:
- Un fonds de reconversion doté de 200 MDH au profit des entreprises impactées par la loi 77-15,
- Un fonds d’appui à la compétitivité des entreprises (Imtiaz) en faveur des projets d’investissement dans les industries alternatives.
25 entreprises ont été éligibles et ont bénéficié du fonds de reconversion, dont 18 reconverties dans la fabrication de produits de substitution. Le bilan annonce une prime totale de 64,5 MDH. Certaines entreprises bénéficiaires sont restées sur le même segment d’activité, en passant au cadre légal (sacs biodégradables…) et d’autres ont profité du fonds pour diversifier leur activité.
En ce qui concerne le fonds «Imtiaz», 19 projets d’investissement ont bénéficié du programme pour la fabrication des produits de substitution, avec une prime totale de 52 MDH.
Aujourd'hui, 250 fournisseurs de produits de substitution sont présents sur le marché et dressent un bilan positif par rapport aux attentes du ministère avec l'entrée en vigueur de la loi :
- Sacs non tissés : 3,2 milliards sac/an
- Sacs tissés : 1,2 milliards sac/an
- Sacs papier : 5 milliards sac/an
- Sacs de congélation : 50 millions sacs/an
- Sacs poubelle : 60 millions de sacs/an
- Sacs pour produits humides (non tissés laminés) : 60 millions de sacs/an
- Produits de thermoformage : 1500 tonnes par an
Les industriels dénoncent une entrée en vigueur précipitée
La problématique des sacs en plastique persiste néanmoins. Les opérateurs qui alimentent le marché y sont contraints selon Hicham Elhay, président de la fédération marocaine de la plasturgie. «L’informel existe parce que l’investissement est très couteux, et la technologie n’est pas forcément accessible», explique-t-il.
Les industriels présents lors de la rencontreayant bénéficié des fonds proposés par l’Etat, assurent avoir été bien accompagnés par le ministère, la fédération et Maroc PME. Des équipes d’experts ont été mises à leur disposition. Cependant, le défi était de repenser le modèle économique en 6 mois (entre le vote de la loi et son entrée en vigueur).
Selon Mamoun Marrakchi, président de l’association des producteurs d’emballages en plastique, 30% des sociétés qui ont investi dans les sacs en papier ont essuyé un échec. Ce qui ne rassure pas les autres opérateurs.
Une indignation de la société civile a été constatée lors de la réunion. Une association de protection des consommateurs appelle à des consultations récurrentes des consommateurs et à la disponibilité d’alternatives aux sacs en plastique, en l’absence desquelles, selon l’association, l’incrimination n’a pas à avoir lieu.
Yousra Madani, coordinatrice au Maroc de WWF Afrique du Nord, une ONG internationale qui agit pour la protection de l’environnement, a remis en question les campagnes de sensibilisation lancées par le ministère. «Les campagnes devraient être plus choquantes, pour pouvoir atteindre l’opinion publique et changer le comportement du consommateur» explique-t-elle.
Voici la vidéo intégrale de la rencontre:
À découvrir
à lire aussi
Article : Au congrès mondial de la CGLU, le Roi appelle à faire des villes un moteur de justice sociale
Dans un message lu mardi 23 juin à Tanger par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le Souverain a défendu une action publique territoriale fondée sur la proximité, l’équité et l’efficacité, en affirmant que l’accès aux services de base devait être “un droit du citoyen” et non dépendre du lieu de résidence ou du statut social.
Article : Abdellatif Jouahri : “Nous souhaitons le réveil de l'investissement privé”
Le deuxième Conseil de Bank Al-Maghrib de l'année 2026 s'est tenu ce mardi 23 juin, suivi par la traditionnelle conférence de presse du Gouverneur. Voici l'essentiel des réponses de Abdellatif Jouarhri aux questions des journalistes.
Article : Mauritanie : à Nouakchott, Attijariwafa bank organise plus de 350 rendez-vous B2B pour accélérer les partenariats africains
Les 18 et 19 juin 2026, le Club Afrique Développement et Attijari bank Mauritanie ont réuni près de 300 acteurs économiques et institutionnels venus notamment du Maroc, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, d’Égypte, des États-Unis et d’Europe. Mines, énergie, pêche, agro-industrie, BTP... La 46e mission multisectorielle du groupe a mis en avant les secteurs appelés à porter l’industrialisation du pays, avec un mémorandum signé pour accompagner les micro, petites et moyennes entreprises.
Article : ONHYM-SA : la réforme qui change les règles du jeu pour les ambitions énergétiques du Maroc
Le changement peut sembler administratif. Il est en réalité hautement stratégique. En devenant ONHYM-SA, l’Office obtient une marge de manœuvre nouvelle pour porter des actifs, investir au Maroc comme à l’étranger et s’impliquer davantage dans la création de valeur, à un moment où le Royaume prépare les prochaines étapes du gazoduc Afrique-Atlantique et la structuration de son marché gazier.
Article : ASMEX. Avec 102 voix sur 293, Sonia Mezzour élue présidente
Sonia Mezzour a été élue présidente de l’ASMEX, à l’issue de l'assemblée générale élective tenue ce mardi 23 juin à Casablanca. Elle succède à Hassan Sentissi El Idrissi, qui dirigeait la Confédération marocaine des exportateurs depuis 2013.
Article : Ordre des médecins : inscrite au prochain Conseil de gouvernement, la réforme débloquera-t-elle enfin les élections ?
Depuis décembre 2022, les instances ordinales vivent sous mandat expiré, tandis que les médecins privés contestent des négociations menées en leur nom sur l’AMO, les tarifs et leur place dans les futurs groupements sanitaires territoriaux. Le texte attendu le jeudi 25 juin pourrait ouvrir une sortie de crise pour quelque 17.000 praticiens, dans un secteur qui affirme assurer 67% de l’offre de soins. Détails.