La rupture de médicaments prend de l’ampleur, des pharmaciens montent au créneau

Les ruptures de stock de médicaments au Maroc n'épargnent plus aucun produit, même les plus vitaux, selon des pharmaciens d'officine. Le phénomène eprend de l'ampleur, il est plus fréquent et dure plus longtemps. Les pharmaciens appellent à une régulation du stock de sécurité et au droit à la substitution. Une menace de grève pointe.

La rupture de médicaments prend de l’ampleur, des pharmaciens montent au créneau

Le 16 novembre 2018 à 16h52

Modifié 16 novembre 2018 à 16h52

Les ruptures de stock de médicaments au Maroc n'épargnent plus aucun produit, même les plus vitaux, selon des pharmaciens d'officine. Le phénomène eprend de l'ampleur, il est plus fréquent et dure plus longtemps. Les pharmaciens appellent à une régulation du stock de sécurité et au droit à la substitution. Une menace de grève pointe.

Le phénomène de rupture de stock des médicaments a toujours existé et ne concernait jamais un produit en particulier. Selon Mounir Tadlaoui, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats des pharmacies du Maroc (FNSPM) contacté par Médias24, le phénomène pouvait s'intensifier par périodes. « Pendant les périodes de vacances par exemple, le stock de certains produits à forte demande était parfois épuisé », explique-t-il.

Le phénomène touche autant les produits importés que les produits fabriqués localement.

Cependant, selon la même source, les ruptures n’ont jamais été aussi fréquentes ni duré aussi longtemps.

Pire, des médicaments prescrits pour des pathologies graves sont actuellement en rupture. « Cela fait 3 mois qu’un médicament anti-coagulant n’est pas disponible, et nous n'avons pas l’impression que la situation est en train de se rétablir », explique M. Tadlaoui.

La FNSPM menace de lancer une grève nationale. Les dates de la grève seront fixées lors d’une assemblée générale des présidents de syndicats qui se tiendra le 29 novembre. « Nous commencerons avec une journée de grève, et nous augmenterons la durée si la situation ne s’améliore pas », menace le pharmacien.

De son côté, Jamal Taoufik, directeur du médicament au ministère de la Santé n’est pas du même avis. Cnontacté par nos soins, il affirme que sur les 7.002 médicaments présents sur le marché, la rupture n'en concerne que 1 ou 2%.

Les pharmaciens pointent du doigt la question du stock de sécurité, qui selon eux n’est pas respectée par les industriels.

Les laboratoires pharmaceutiques au Maroc sont tenus de maintenir un stock de sécurité de 3 mois. Chose qui, selon le directeur du médicament, s’avère difficile pour les industriels. « Il y a déjà le stock de matière première ainsi que les quantités prévues pour le mois courant. Aucun laboratoire au monde ne peut supporter cette situation » déclare M. Taoufik.

Un problème au niveau de la chaîne d’approvisionnement

Le directeur du médicament affirme que le problème est dû à la conjoncture internationale. La concentration des usines de fabrication dans le monde fait que la rupture devient plus fréquente. « Il suffit d’une petite panne dans l’une de ces usines pour que toute la chaîne d’approvisionnement soit perturbée» explique-t-il.

La distribution peut aussi être à l’origine du problème. Souvent, lorsqu’une molécule arrive à maturité, elle est cédée par les grands laboratoires à de petits opérateurs à l’international qui ne sont pas forcément présent au Maroc. La molécule peut disparaître alors du marché marocain.

Toutefois, certains cas laissent penser à des dysfonctionnements au niveau des unités de production marocaines. Quelques produits ne sont plus fabriqués par les laboratoires marocains. La rupture n’est pas due à des problèmes de distribution.

Selon Jamal Taoufik, ce phénomène est une réaction aux décrets imposant une baisse des prix de nombreux médicaments, qui ont "asphyxié les industriels. Les laboratoires décident de ne plus produire quand les marges affectent leur modèle économique."

La rupture concerne des régions plus que d’autres

« Les ruptures sont régionales », constate Mounir Tadlaoui. Selon lui, les grossistes dans les grandes villes ont un plus grand stock que les autres. Leur approvisionnement cause systématiquement des ruptures de stock chez les petits grossistes.

Le directeur du médicament n’est pas du même avis. Selon lui, le volume de stockage est corrélé au volume des ventes. Il existe 60 grossisteries au Maroc, qui livrent de 200 à 300 clients, 2 à 3 fois par jour.

Toutes les régions du Maroc, même les plus éloignées, sont approvisionnées au moins 2 fois par jour. « Les commandes sont livrées dans la journée » déclare M. Taoufik.

Il existe des alternatives

En France par exemple, les pharmaciens ont le droit de substituer les produits ; et de donner au patient un autre médicament avec la même molécule et le même dosage en cas de rupture de celui prescrit par le médecin.

Au Maroc, cette pratique n’est pas permise. Elle est considérée comme une atteinte au pouvoir de prescription du médecin.

En attendant que la chaîne de production et d’approvisionnement reviennent à la normale, la substitution constitue une solution, qui profitera aux pharmaciens et aux patients, selon les professionnels du secteur officinal.

Le directeur du médicament auprès du ministère de la santé partage cet avis. Selon lui, le ministère essaie d’encourager les génériques et les substituts. Cependant, « les textes prennent du temps » explique-t-il.

En attendant, le phénomène est cyclique

La rupture de stock est un phénomène cyclique. Quand les produits réapparaissent sur le marché, les pharmaciens qui commandent en premier sont approvisionnés, et si les commandes sont importantes, le stock ne suffit pas à desservir tous les points de vente. Conséquence, la rupture se poursuit.

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