La recherche et développement, clé de voûte de l’entrepreneuriat de demain

Lors d’une webconférence organisée hier, le groupe X-Maroc a appelé à conjuguer entrepreneuriat et recherche et à faire émerger un vivier de chercheurs-entrepreneurs.

La recherche et développement, clé de voûte de l’entrepreneuriat de demain

Le 10 juin 2020 à 16h09

Modifié 10 avril 2021 à 22h40

Lors d’une webconférence organisée hier, le groupe X-Maroc a appelé à conjuguer entrepreneuriat et recherche et à faire émerger un vivier de chercheurs-entrepreneurs.

Le Maroc de demain ne se construira pas sans un solide appui à l’innovation et à la recherche et développement. C’est le message porté par les quatre intervenants d’une webconférence organisée mardi 9 juin par le groupe X-Maroc, l’Association marocaine des anciens élèves de l’École polytechnique.

Pendant deux heures, Nadia Fassi-Fihri, présidente-directrice générale du groupe Inwi, Mohamed Mamoune Bouhdoud, ingénieur et ancien ministre délégué aux Petites entreprises et à l’intégration du secteur informel, Hicham El Habti, secrétaire général adjoint du groupe OCP et secrétaire général de l’université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), et Ismail Douiri, directeur général d’Attijariwafa bank, tous anciens élèves de l’École polytechnique, ont souligné l’importance de développer l’innovation et la recherche et développement (R&D) au Maroc et appelé à lever les freins auxquels se heurte encore cette composante.

Pas assez de doctorants et d’universités

Avec un premier chiffre, qui donne le ton : le royaume consacre environ 0.65% du PIB à la R&D et dénombre moins de 2.000 doctorants lauréats chaque année, toutes disciplines confondues, selon les chiffres communiqués par Hicham El Habti.  »Il faut augmenter la part de doctorants et susciter chez eux de l’intérêt. Comment ? En revoyant à la hausse leur salaire et en leur attribuant une bourse doctorale afin de faire de la recherche et rien que de la recherche, car les doctorants au Maroc sont nombreux à faire autre chose en parallèle et à abandonner leurs travaux en cours de route », a rappelé Hicham El Habti.

Ce dernier a également appelé à augmenter le nombre d’universités au Maroc, 25 actuellement, qu’il imagine comme des viviers de chercheurs-entrepreneurs. Car au-delà du volet R&D, c’est surtout en faveur du développement de l’entrepreneuriat que ces quatre intervenants ont plaidé, qu’ils jugent nécessaire de conjuguer à la recherche.  »Il faut développer une mentalité de chercheurs-entrepreneurs ; il faut oser intéresser les chercheurs pour détenir des parts dans les entreprises qu’ils auront développées à partir de leurs innovations. Les universités et les entreprises ont tout intérêt à les accompagner ; les bureaux de transferts technologiques et les incubateurs ont toute leur place au sein des universités », a encore déclaré Hicham El Habti.

Pour Nadia Fassi-Fihri,  »la résilience d’une entreprise, c’est sa capacité à encaisser les chocs, à surmonter les conséquences d’évènements graves, à se réinventer… » Et la R&D a tout un rôle à jouer pour donner un coup d’impulsion aux entreprises marocaines, parfois assommées par la lourdeur administrative :  »S’il n’a pas autour de lui des personnes de qualité, une administration réactive, un accès aux financements, le meilleur entrepreneur du monde n’ira pas loin. Si on veut encourager l’entrepreneuriat, il faut mettre en place toutes les mesures pour pouvoir avancer ; on ne pourra pas avoir un potentiel énorme sur le front entrepreneurial tant qu’on aura des signatures à légaliser », a tranché Mohamed Mamoune Bouhdoud.

Hub régional

Ismail Douiri, lui, voit plus loin encore en suggérant de faire du Maroc un hub régional en matière d’innovation et de R&D :  »Un hub, c’est un nœud, une intersection, des rencontres. Cela implique qu’il y ait un centre et une périphérie ; une concentration autour de ce centre et des interactions avec la périphérie. »

Encore faut-il que le Maroc lui-même voit grand, même s’il ne dispose pas des mêmes moyens que les mastodontes américains ou japonais. Pour Ismail Douiri, la question ne se pose pas en termes de moyens, mais d’orientation de ces moyens.  »Cette notion de hub régional est née au sein des pays de l’OCDE. Nous, Marocains, avons tendance à avoir un complexe d’infériorité en se disant que jamais nous n’atteindrons la taille ou l’efficacité de la France, sans parler des Etats-Unis et du Japon. Eh bien non ! Au Maroc, la part du PIB dédiée à la R&D était de 0.8% en 2017 ; c’est plus que beaucoup d’États américains, mais bien sûr moins que d’autres », a relevé le directeur général d’Attijariwafa bank.

Ce dernier de poursuivre sa comparaison :  »Si on observe la dispersion de cette mesure à l’intérieur même des Etats-Unis, la part du PIB consacrée à la R&D dans certains États est inférieure à 0.3%, tandis qu’elle atteint 7% au Nouveau-Mexique. Ce dernier possède trois laboratoires et trois universités qui concentrent l’essentiel de la recherche américaine en matière d’armement et d’aérospatial. Ils ont été créés pour des raisons bien précises et ont été pérennisés : par exemple, les Laboratoires Sandia ont été fondés dans les années 1940 pour le développement d’armes nucléaires et sont désormais axés sur la sécurité et les systèmes de défense notamment. »

L’émergence d’un hub régional est aussi conditionnée par la fructification de ses matières premières, à savoir les ressources humaines, le financement et la connaissance, le savoir.  »Les ressources humaines qualifiées doivent pouvoir se fixer à un endroit propice à leur travail et à leur épanouissement personnel. Il faut choisir des lieux de concentration pour ces ressources humaines, qui répondent à leurs attentes », estime Ismail Douiri.

L’enjeu est aussi de pérenniser les financements, qu’ils soient publics ou privés.  »Des pays voisins pourraient-ils financer des travaux de recherche et développement basés au Maroc ? Pour l’instant, on en voit très peu. En Europe, on en voit beaucoup. La recherche et développement, c’est avant tout un investissement ; ce n’est pas une dépense. Le développement du financement de la recherche privée est étroitement lié au processus d’accueil des investissements directs étrangers. Les efforts de promotion des IDE doivent automatiquement être liés à des facteurs de type création d’emploi et renforcement des capacités de R&D dans le pays. »

Enfin, il ne sert à rien d’être un chercheur isolé ; il faut être reconnu et pouvoir être publié, insiste Ismail Douiri.  »Pour ça, il faut que des universités de rattachement aient un domaine d’excellence connu et des chercheurs reconnus qui puissent devenir des parrains sur certains thèmes. Ils ne sont pas forcément de nationalité marocaine ; il suffit de les avoir chez nous. Le retour au pays de nos chercheurs est important, afin de faire d’eux des têtes de liste capables de chapeauter les chercheurs et de leur permettre de publier leurs travaux, de rencontrer d’autres chercheurs dans leurs domaines. »

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