Bank Al-Maghrib réduit son taux directeur à 1,5%
Le Conseil de Bank Al-Maghrib, réuni ce mardi 16 juin, a décidé de réduire de 50 points de base le taux directeur qui passe à 1,5%. Cette baisse est la deuxième après celle de 25 points de base de mars dernier
Bank Al-Maghrib a également décidé de libérer intégralement le compte de réserve au profit des banques. Elle a par ailleurs mis en place des dispositions spécifiques pour fournir un appui au refinancement des banques participatives et aux associations de microcrédit.
"Ces nouvelles décisions, conjuguées aux différentes mesures d’assouplissement déjà mises en œuvre, notamment l’élargissement du collatéral éligible à ses opérations de refinancement, le renforcement de ses programmes non conventionnels, ainsi que l’allègement temporaire des règles prudentielles, devraient contribuer, avec celles prises par le Comité de Veille Economique, à atténuer l’impact de la pandémie et à soutenir la relance de l’économie et de l’emploi", précise le communiqué de BAM publié à l'issue du conseil.
"Au regard de la conjoncture particulière qui prévaut actuellement, la Banque veillera, plus que par le passé, à la transmission de ses décisions à l’économie réelle et fera le point régulièrement à ce sujet avec le plus haut management du système bancaire, mais déjà, elle a affiné le cadre de ses opérations de refinancement pour favoriser davantage les banques qui déploient le plus d’efforts dans ce sens", poursuit-on.
Voici les projections macroéconomiques de la banque, qui restent entourées d’un degré exceptionnellement élevé d’incertitude compte tenu de la conjoncture, mais qui font clairement ressortir une forte contraction de l’économie nationale cette année suivie d’un certain rebond en 2021.
BAM affirme qu'auregard des fortes incertitudes qui entourent l’évolution de la conjoncture économique à la fois au plan national et international, elle assurera un suivi étroit de la situation et procédera à l’actualisation régulière de ses projections et à l’identification des scénarios d’évolution probables. Elle appellera si les circonstances l’exigent à une réunion exceptionnelle de son Conseil avant celle prévue le 22 septembre prochain :
- Croissance : pâtissant de l’effet conjugué de la sécheresse et des restrictions pour limiter la propagation du Covid-19, l’économie accuserait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, une contraction de 5,2% en 2020, la plus forte depuis 1996.
La valeur ajoutée agricole connaîtrait un recul de 4,6%, avec une récolte céréalière estimée par le Département de l’Agriculture à 30 millions
de quintaux, et celle des activités non agricoles diminuerait de 5,3%.
En 2021, la croissance marquerait un rebond à 4,2%, avec une augmentation de la valeur ajoutée agricole de 12,4%, sous l’hypothèse d’une production céréalière de 75 millions de quintaux, et une amélioration du rythme des activités non agricoles à 3,1%.
Au regard de l’évolution rapide et incertaine de la situation, ces prévisions restent entourées de fortes incertitudes, avec une balance des risques orientée à la baisse. En effet, selon les scénarios d’une reprise plus lente de l’activité ou de la persistance de la faiblesse de la demande étrangère et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, la récession serait beaucoup plus profonde.
- Inflation : après s’être établie à 1,4% en moyenne au premier trimestre 2020, l’inflation, mesurée par la variation du nouvel indice des prix à la consommation base 100 en 2017 mis en place par le HCP en mai dernier, est revenue à 0,9% en avril en lien essentiellement avec le repli des prix des carburants et lubrifiants.
A moyen terme, et dans un contexte de faibles pressions inflationnistes émanant de la demande et des cours bas des matières premières, elle se maintiendrait, selon les prévisions de BAM, à un niveau modéré autour de 1% aussi bien en 2020 qu’en 2021.
Sa composante sous-jacente mesurant la tendance fondamentale des prix, devrait passer de 0,5% à 0,8% en 2020 et revenir à 0,7% en 2021.
- Comptes extérieurs : pour l’ensemble de l’année 2020, les exportations accuseraient une baisse de 15,8% globalement, qui concernerait la quasi-totalité des secteurs. En particulier, les expéditions de l’industrie automobile et les ventes du secteur textile et
cuir seraient affectées par la perturbation des chaînes d’approvisionnement et l’affaiblissement de la demande étrangère.
En parallèle, les importations chuteraient de 10,7%, en lien essentiellement avec l’allégement de la facture énergétique et le repli des acquisitions de biens d’équipement.
Les recettes de voyage enregistreraient un fort recul qui atteindrait 60% et les transferts des MRE régresseraient de 25%.
En 2021, les exportations connaîtraient une certaine reprise, soutenue par l’amélioration de la demande mondiale et la progression des capacités de la construction automobile, bien qu’à un rythme moindre que retenu précédemment.
Les recettes de voyage et les transferts des MRE devraient marquer des rebonds respectifs de 60% et de 5,2%, traduisant la dissipation graduelle de l’impact du choc de la pandémie.
Pour ce qui est des entrées d’IDE, elles devraient revenir à l’équivalent de 1,5% du PIB cette année avant de retrouver leur niveau tendanciel de 3,2% du PIB en 2021.
Tenant compte de la hausse importante prévue des tirages à l’international du Trésor, les avoirs officiels de réserve se situeraient à 218,6 milliards de dirhams en 2020 et à 221,7 milliards en 2021, assurant une couverture autour de 5 mois d’importations de biens et services aussi bien en 2020 qu’en 2021.
- Conditions monétaires : les taux débiteurs devraient poursuivre leur baisse au regard en particulier de la mise en place de dispositifs de garantie pour le financement de la relance au taux directeur majoré d’un maximum de 200 points de base.
Concernant le crédit au secteur non financier, malgré la contraction de l’activité prévue cette année, son évolution resterait positive, avec
une croissance de 1,9% en 2020 et de 2,6% en 2021, grâce aux différentes actions d’appui à la relance économique et aux mesures d’assouplissement de la Banque.
Pour sa part, le taux de change effectif réel devrait ressortir en dépréciation de 1,6% sur l’ensemble de l’année et de 1% en 2021, résultat d’une dépréciation en termes nominaux et d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires et concurrents.
- Finances publiques : sur la base des estimations disponibles, le déficit budgétaire, hors privatisation, devrait s’aggraver de 4,1% du PIB en 2019 à 7,6% en 2020 avant de s’atténuer à 5% en 2021. Dans ces conditions, l’endettement du Trésor devrait augmenter, passant de 65,0% du PIB en 2019 à 75,3% en 2020 et à 75,4% en 2021.
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