Les lacunes structurelles du Maroc ont amplifié les impacts de la pandémie (CESE)

Le CESE soulève les carences structurelles ayant amplifié les impacts de la crise sanitaire au Maroc, et émet des recommandations pour réussir la sortie de crise.

Les lacunes structurelles du Maroc ont amplifié les impacts de la pandémie (CESE)

Le 5 novembre 2020 à 14h29

Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Le CESE soulève les carences structurelles ayant amplifié les impacts de la crise sanitaire au Maroc, et émet des recommandations pour réussir la sortie de crise.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) vient de finaliser son étude sur « Les impacts sanitaires, économiques et sociaux de la pandémie de la Covid-19 et leviers d’actions envisageables ».

Objet d’une saisine de la Chambre des Représentants, l’étude retrace les lacunes structurelles ayant contribué à l’amplification des impacts de la pandémie.

Les répercussions de la crise n’auraient pas été aussi sévères sans les déficiences structurelles qui caractérisent notre pays à plusieurs niveaux, relève le CESE, dans un contexte où la primauté a été accordée à la dimension sanitaire, avant de s’attaquer aux dimensions sociales et économiques.

Déficiences structurelles

En termes de services sociaux de base, le système de santé national est caractérisé par une prédominance de la médecine curative qui ne permettait pas déjà de répondre valablement aux attentes des usagers, souligne-t-on de même source. Le système éducatif, lui, n’a pas encore implémenté, de manière structurelle, la digitalisation des curricula et des programmes.

Le système de protection sociale s’avère, pour sa part, fondamentalement inadapté et insuffisamment doté pour atténuer les effets des licenciements massifs, de l’accroissement des activités informelles, de l’aggravation des maladies ou encore de la hausse de la consommation des soins.

Sur le plan économique, les choix de politiques industrielles ont rendu le tissu productif vulnérable aux changements brusques au niveau des chaines de valeur mondiales et des chaines logistiques, en n’accordant que peu d’importance à l’exploitation des opportunités de substitution aux importations. En parallèle, les efforts de restructuration de l’appareil productif n’ont pas permis de régler les problèmes de taille et de sous-capitalisation des entreprises nationales.

De plus, les difficultés liées à l’étroitesse de la base fiscale, compromettent les marges budgétaires de l’Etat et sa capacité à engager des politiques contracycliques.

D’un autre côté, le CESE note que la crise du Covid-19 a permis de révéler plusieurs atouts liés, notamment, à la réactivité et la mobilisation des autorités, à la capacité d’adaptation et d’agilité de certains secteurs productifs, à la solidarité affichée par les citoyens et au processus de transformation digitale déjà enclenché dans notre pays.

Gestion mitigée de la crise

Le CESE a pointé la levée progressive du confinement, en particulier à partir du 19 juillet 2020 (3e phase du déconfinement), ayant provoqué une recrudescence du nombre de cas de Covid-19.

Les mesures prises durant la phase de déconfinement (restrictions de déplacement, suspension des transports dans certaines zones, …) et la communication parfois hésitante autour de ces mesures ont donné lieu à des interprétations parfois erronées sur les réseaux sociaux et à des situations de confusion chez beaucoup de citoyens.

S’agissant de la continuité pédagogique du système éducatif, une première appréciation du dispositif d’enseignement à distance reste, selon l’étude, plutôt mitigée au regard du problème de manque de qualité et de richesse du contenu, mais également du choix de ce mode eu égard aux inégalités sociales criantes en termes aussi bien de disponibilité des outils numériques et de connexion à internet, que de conditions sociales pour le suivi et l’assimilation du contenu (logement, degré d’implication des parents, …).   

Par ailleurs, la gouvernance de la crise Covid-19 en matière d’environnement et de développement durable s’est caractérisée par l’attention accordée à la disponibilité et l’accessibilité des biens de consommation ainsi qu’à la sécurisation de l’approvisionnement en produits alimentaires.

Soutien transitoire

Les tentatives de pallier les carences structurelles du système de santé, par la prise de mesures urgentes et rapides via le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie ont conduit à une mobilisation quasi-exclusive du système pour la lutte contre la pandémie, au détriment des autres pathologies.

Ce fonds ne constitue qu’un palliatif transitoire, dans la mesure où les transferts effectués à partir du fonds spécial Covid-19, limités dans le temps, ne pourront en aucun cas soutenir une demande durable, ni de répondre valablement aux effets de la crise actuelle, souligne le Conseil. Ce dernier attire l’attention sur le fait que la plupart des mesures de relance sont des instruments de dette, alors que les solutions de fonds propres et de quasi-fonds propres, certes plus compliquées à mettre en œuvre, n’ont pas été priorisées.

Au final, les mesures prises par les pouvoirs publics ne s’étendent pas aux mesures non conventionnelles telles que celles adoptées par certains pays dans le contexte de crise exceptionnelle.

Défis et inflexions

La dynamique impulsée par la nécessité de faire face à la crise Covid-19, et ses impacts négatifs, doit marquer le début d’une transformation profonde du pays, estime le CESE.

Parmi les défis que le Conseil juge capitaux à relever:

– L’incertitude provoquée par la pandémie, qui nécessite plus que jamais de l’anticipation et de l’agilité,

– La capacité de l’Etat à s’adapter à son nouveau rôle, déterminé en cela par les inflexions majeures provoquées par la crise mais, également, par la nécessité d’assurer la souveraineté nationale dans les secteurs stratégiques,

– L’essoufflement de la croissance depuis 2010, aggravé par la récession historique attendue en 2020 et la menace qui plane sur plusieurs secteurs d’activité de l’économie nationale touchés par la crise,

– Les contraintes de mise en œuvre de nouvelles politiques sociales et, notamment, la refonte en profondeur du système de santé, l’accélération des réformes du système éducatif et la généralisation de la protection sociale,

– La nécessité d’accélérer la transition énergétique et écologique vers un nouveau modèle de développement durable, équitable et inclusif, en concordance avec les Objectifs de développement durable (Agenda 2030),

– Le repositionnement international et continental du Maroc pour être en phase avec les mutations des chaines mondiales de production.

Pour relever ces défis, le CESE propose des inflexions et des recommandations dont la mise en œuvre se doit d’être progressive et cumulative. Les actions à mener doivent ainsi permettre d’atteindre trois grands objectifs stratégiques:

– Renforcer la résilience du pays et sa capacité à vivre avec le Coronavirus aussi longtemps que nécessaire, tout en assurant le droit à la santé aux citoyens, le soutien du pouvoir d’achat des ménages et la sauvegarde de l’appareil productif;

– Relancer l’économie du pays en incitant les entreprises à améliorer leur compétitivité et à créer des emplois, mais aussi à s’adapter aux changements déclenchés par la crise pour saisir toutes les opportunités offertes par la nouvelle reconfiguration des chaines de production mondiales;

– Mettre le Maroc sur une nouvelle trajectoire de développement en remédiant aux faiblesses et vulnérabilités du modèle actuel et en accélérant les réformes et les restructurations nécessaires à l’émergence d’un Maroc durablement prospère, plus inclusif, plus solidaire et plus résilient.

Réussir la sortie de crise

Organisées en 7 axes, les 149 recommandations retenues par le Conseil visent principalement à renforcer la capacité du Royaume à anticiper les changements et à s’y adapter en toute agilité:

>Renforcer la résilience du pays et sa capacité à vivre avec le coronavirus aussi longtemps que nécessaire

Cet axe se rapporte en conséquence aux mesures à introduire rapidement pour permettre de vivre avec la Covid-19 ; un objectif atteignable sous réserve de faire évoluer les mentalités en capitalisant sur les éléments favorables induits par la crise. Il s’agit ainsi de mesures qui visent la refonte des secteurs sociaux de base (santé et éducation), la reconfiguration des procédés et relations de travail (secteurs public et privé) et l’adoption d’une approche active et participative dans la gestion des risques, tout en consacrant les fondements de l’état de droit.

>Renforcer les trois missions fondamentales de l’Etat et réorienter les politiques publiques

Il s’agit d’adapter le rôle de l’Etat aux nouvelles exigences du monde post-Covid, permettant ainsi de réorienter les choix de politiques publiques et l’approche de gouvernance. Cette revue du rôle de l’Etat est considérée à travers le renforcement de trois missions principales: un Etat assureur systémique en temps de crise, un Etat social au service du citoyen et un Etat stratège avec une vision de long-terme. 

>Passer d’un système de soins à un système de santé

Le nouveau système auquel appelle le CESE doit assurer l’effectivité d’une médecine préventive efficace et garantir une offre de soins de santé de qualité, couvrant l’ensemble du territoire et accessible à tous les citoyens, sans distinction.   

>Mettre en place un système de protection sociale généralisée et des stratégies innovantes pour réduire l’informel

Cet axe traite tout autant des réformes nécessaires pour assurer une protection sociale universelle qui profite de manière équitable et soutenable à tous les individus, avec pour principes la viabilité et la convergence des régimes, que des leviers à envisager pour insérer et restructurer les activités vulnérables et informelles.  

>Relancer l’économie à court terme tout en renforçant sa résilience à moyen terme face aux éventuels chocs futurs

Il s’agit d’inflexions majeures à opérer, en matière de politiques économiques (monétaire, fiscale, budgétaire, commerciale, industrielle, etc.) pour la sauvegarde de l’activité et des emplois, l’amélioration de la résilience et de la compétitivité des entreprises nationales et l’insertion de l’économie informelle.

>Développer les secteurs stratégiques pour renforcer la souveraineté du pays

Les recommandations de ce sixième axe portent sur les secteurs stratégiques révélés par la crise Covid-19, et dont le développement doit être maitrisé afin de réduire la dépendance vis-à-vis de l’étranger et accroître ainsi la résilience de l’économie. Parmi les domaines stratégiques relevés: l’industrie pharmaceutique, le secteur alimentaire ou encore secteur énergétique, mais aussi l’écosystème de la R&D et l’innovation.

>Mettre en place une politique nationale intégrée et globale de transformation digitale

Il s’agit, d’une part, d’améliorer l’efficacité d’exécution dans tous les domaines, notamment dans les services publics destinés aux citoyens et aux entreprises, les services sociaux de base et l’économie, et d’autre part, de remédier à certains problèmes structurels à moindre coût et dans des délais plus courts. Les recommandations associées à ce thème couvrent également la vision relative à la stratégie à suivre, ainsi que les voies pour élever le digital au rang de droit fondamental avec pour finalité une connectivité numérique de qualité, pour tous et partout.

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