Les oeuvres d’art sont devenus une vraie valeur refuge pour les Marocains (experts)

Entre 3 mois de confinement qui ont plombé les ventes de 2020 et une crise sanitaire qui s’éternise, le marché marocain de l’art a fait preuve d’une résilience inattendue. Selon Hicham Daoudi, directeur général de la CMOOA, et Abla Ababou, propriétaire de la galerie éponyme, la résistance actuelle s’explique par le fait que l’art marocain soit devenu une valeur-refuge comme l’or ou l’immobilier.

Les oeuvres d’art sont devenus une vraie valeur refuge pour les Marocains (experts)

Le 24 novembre 2020 à 18h22

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Entre 3 mois de confinement qui ont plombé les ventes de 2020 et une crise sanitaire qui s’éternise, le marché marocain de l’art a fait preuve d’une résilience inattendue. Selon Hicham Daoudi, directeur général de la CMOOA, et Abla Ababou, propriétaire de la galerie éponyme, la résistance actuelle s’explique par le fait que l’art marocain soit devenu une valeur-refuge comme l’or ou l’immobilier.

Alors qu’en mai dernier, il redoutait une possible faillite d’un grand nombre des professionnels de l’art en décembre 2020, Hicham Daoudi est désormais bien plus optimisme sur l’avenir du marché de l’art au Maroc. C’est aussi le cas de la galeriste Abla Ababou pour qui la crise a montré que l’art était devenu une vraie valeur refuge pour les Marocains. 

Après le confinement, les ventes d’art ont repris au Maroc

« Six mois après notre dernière discussion sur la situation du marché de l’art, nous sommes toujours dans une situation de fragilité mais beaucoup d’acteurs du secteur ont su faire preuve d’une résilience.

« Ainsi à titre personnel, j’ai réalisé une vente aux enchères le 27 juin dernier qui m’a permis de rembourser mes dettes dues à la période de confinement et de tenir encore quelques mois », nous a expliqués le fondateur de la maison de ventes CMOOA (Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art).

« En effet, cette vente aux enchères a montré que l’art continuait à se vendre au Maroc même pendant les périodes de grave crise économique. De plus, les bons résultats des ventes ont également occasionné un retour des clients vers les vendeurs d’art et les galeristes.

Hormis pour les vendeurs pressés, les prix n’ont pas chuté

« Ce signal a été très positif car il a non seulement prouvé la valeur de l’art marocain mais aussi que malgré la crise, les œuvres n’ont pas connu de dépréciation ou de ventes à perte.

« Dans certains cas, des artistes ont même gagné en valeur sachant que pour des grands maîtres du type Melehi, Gharbaoui …, la demande est toujours aussi forte », affirme le patron de la CMMOA.

« Bien évidemment, le prix final dépendra de la tension autour de la trésorerie des vendeurs car il est vrai que certaines personnes ont dû vendre à perte mais dans l’ensemble le prix du marché a été respecté et le secteur a tenu bon face au séisme du Covid 19.

Une vente aux enchères en décembre qui permettra de prendre le pouls du secteur

« Entre la 2ème vague et l’incertitude de novembre et décembre, rien ne se passe en ce moment avec un calme plat au niveau des ventes », décrit Daoudi qui organisera une nouvelle vente en décembre.

« Ce n’est qu’à l’issue de la prochaine vente aux enchères de la CMOOA qui aura lieu le mois prochain que nous serons en mesure de prendre le pouls et d’avoir plus de visibilité sur l’avenir.

« De plus, la perspective imminente d’une campagne nationale de vaccination permettra également de rassurer les acheteurs marocains et de booster les ventes », espère Daoudi qui se veut optimiste.

Le confinement n’a pas été bénéfique à la production artistique

Sur le niveau de production des artistes marocains durant les neuf derniers mois, notre interlocuteur affirme qu’il a été très inégal durant cette période.

« Certains artistes ont très mal vécu le confinement et ont été mis à mal financièrement mais aussi parfois physiquement voire même mentalement. En effet, une partie non négligeable a été contaminée par le virus et certains comme le grand maître Mohamed Melehi en ait même mort.

« Chacun a donc vécu cette période à sa façon et au final selon moi, ça n’a pas été une époque prolifique ou euphorique en termes de création artistique », estime notre interlocuteur.

Sur le risque de faillite générale ou de nécessaire reconversion du secteur dont il s’était fait l’écho en mai dernier, Daoudi l’écarte tout en précisant que l’incertitude est toujours présente chez les acteurs.

Des aides publiques (pas encore versées) très attendues par les artistes et les professionnels

« Si la profession consacre aujourd’hui ses dernières économies pour financer plusieurs projets, il faut saluer les aides publiques du ministère de la Culture qui seront bientôt distribuées pour organiser, entre autres, des expositions artistiques.

« Même si personne ne les a encore reçues, ces aides dont le montant compris entre 80.000 et 250.000 dirhams va permettre à plusieurs acteurs de financer un quart à un tiers du coût de leur projet déposé.

« Il faut préciser que les bénéficiaires ont déposé des dossiers examinés à la loupe pour montrer la destination de l’argent qui sera distribué par l’Etat (projet expliqué, postes de dépenses …).

« Il convient également de saluer la politique d’acquisition d’œuvres mise en œuvre par la fondation nationale des musées du Maroc et par le ministère de la culture qui a permis d’aider plusieurs artistes dans le besoin. Si ce n’est pas toujours suffisant, c’est énorme dans le contexte actuel », résume Daoudi en se félicitant que les autorités ont enfin compris que l’art méritait aussi d’être aidé.

2021 devrait être l’année d’un retour progressif à la normale

Préférant ne pas se prononcer sur un agenda de retour à la normale, le fondateur de la CMOOA se veut cependant plus optimiste qu’il y a quelques mois en affirmant que l’année 2020 était celle de l’arrivée de la pandémie et que 2021 sera enfin celle de la perspective de la victoire contre le virus.

« Le plus important à retenir est que les ventes qui ont suivi la fin du confinement ont montré que la clientèle marocaine mais aussi internationale avaient confiance dans l’art marocain qui est devenu un investissement rentable », conclut Daoudi pour qui il est désormais plus intelligent d’investir dans un tableau d’un grand maître marocain plutôt que dans de l’or …

Au lendemain du déconfinement, les ventes des galeries ont repris timidement

De son côté, Abla Ababou, propriétaire d’une grande galerie d’art à Rabat, nous déclare que malgré la crise actuelle qui s’éternise, les ventes ont commencé à reprendre après la fin du confinement.

« Ce n’est pas Byzance mais ce n’est pas non plus le désespoir total. Ceci dit, la situation est difficile car à titre personnel, ma dernière exposition n’a pas encore permis de couvrir toutes mes charges », résume la propriétaire de la Abla Ababou Galerie.

Aucune visibilité de reprise à l’horizon

Sur une date de retour à une activité normale, la galeriste préfère ne pas s’embarrasser de projection vouée à l’échec en affirmant continuer à travailler à l’instinct tant que ses moyens le permettront.

« Pour l’instant, je n’ai aucune visibilité mais ce qui est sûr c’est que la situation est très difficile sachant que je continue de mettre beaucoup d’argent de ma poche.

« S’il n’y a eu aucune faillite autour de moi, les derniers mois ont mis à genoux tous les galeristes mais je préfère ne pas me plaindre car ma programmation pour fin 2020 et 2021 est déjà bookée.

« L’art est devenu une valeur refuge pour les Marocains »

« De plus, cette crise nous a montrés que l’art ne pouvait pas disparaître et que les Marocains étaient de plus en plus attachés aux œuvres de leur pays qui sont devenues de véritables valeurs refuge.

« A partir de là, je reste très optimiste pour une prochaine reprise mais n’étant pas devin, je me refuse à avancer une date de retour à la normale », conclut Ababou en rappelant que le secteur de l’art n’en est ni à sa première ni dernière crise …

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