Deux startups du programme 212 Founders exploitent les nouveaux besoins de la crise

Les jeunes pousses Cathedis et Kifal Auto misent sur les besoins suscités par la crise sanitaire et économique. Des niches qui les poussent également à concevoir de nouvelles solutions innovantes qui se substituent aux méthodes traditionnelles jugées parfois peu efficaces.

Deux startups du programme 212 Founders exploitent les nouveaux besoins de la crise

Le 4 décembre 2020 à 16h03

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Les jeunes pousses Cathedis et Kifal Auto misent sur les besoins suscités par la crise sanitaire et économique. Des niches qui les poussent également à concevoir de nouvelles solutions innovantes qui se substituent aux méthodes traditionnelles jugées parfois peu efficaces.

Si la grande majorité des entreprises sont sévèrement impactées, depuis mars, par la double crise sanitaire et économique provoquée par la pandémie de Covid-19, certaines misent toutefois sur des niches jusqu’alors peu exploitées et tentent de répondre aux nouveaux besoins impulsés par ces deux crises.

C’est le cas de deux startup, Cathedis et Kifal Auto. La première fournit des solutions logistiques de ramassage des colis et de livraison chez le particulier pour le e-commerce, avec un système de tracking entièrement digitalisé. Elle chapeaute toutes les phases de la livraison : la préparation, l’étiquetage, le dispatching des colis, la réception du paiement et la gestion des retours. La seconde est une plateforme de mise en relation entre acheteurs et vendeurs de voitures. Elle accompagne des particuliers au cours du processus d’achat-vente de leur voiture d’occasion, notamment pour l’expertise et la cotation du véhicule, la maîtrise des procédures administratives et la délivrance d’une garantie mécanique (3 mois minimum) aux acheteurs.

Toutes deux sont soutenues par le programme 212 Founders de CDG Invest, la branche investissement du groupe CDG. Ce programme propose un accompagnement de haut niveau délivré par des entrepreneurs et des mentors de niveau international, un financement allant de 1 à 3 millions de DH en contrepartie d’une prise de participation, à des conditions favorables pour les startups, ainsi qu’un accès à un réseau national et international pour faciliter le développement des startups accompagnées. La première promotion de ce programme avait été dévoilée en octobre 2019.

Nouveaux besoins, nouveaux filons

Un an plus tard, deux d’entre elles en particulier ont pris du galon et exploitent désormais des secteurs qui, s’ils existaient déjà avant la pandémie de Covid-19, ont toutefois été particulièrement sollicités pendant et après le confinement.

Il y a d’abord la vente de véhicules d’occasion. A priori, on pourrait pourtant penser, compte tenu de la crise économique, que l’achat d’une voiture ne figure pas parmi les priorités des consommateurs marocains. Et pourtant :  »Au moment du déconfinement, et pendant les trois, quatre mois qui ont suivi, on a constaté une très forte accélération du marché de l’automobile d’occasion. Les ventes ont nettement augmenté. Pendant le confinement, la voiture était perçue comme un accès à la liberté. Seuls les gens qui avaient des voitures pouvaient aller faire leurs courses et continuer à se déplacer », explique Nizar Abdallaoui Maane, CEO et fondateur de Kifal Auto, joint par Médias24.

 »Sous l’effet de la crise sanitaire également, les gens ont préféré les transports individuels aux transports en commun. On a beaucoup de primo-acquérants, c’est-à-dire des gens qui n’avaient pas de voiture avant la crise et ont souhaité s’équiper à la levée du confinement. Beaucoup sont des salariés qui ont continué à percevoir leur salaire pendant le confinement et n’ont donc pas de problèmes financiers particuliers. L’achat d’un véhicule est donc devenu une nécessité, et l’achat d’un véhicule d’occasion en particulier s’est imposé comme un choix rationnel en cette période de crise car les prix sont plus attractifs », ajoute ce jeune dirigeant.

Du côté des vendeurs, Nizar Abdallaoui Maane constate que ce sont surtout des particuliers rattrapés par la crise et donc dans l’obligation de céder leur véhicule.  »Ils vont vendre un véhicule à 200.000 DH et en racheter un autre à 100.000 DH, en passant d’une voiture premium à une voiture moyenne gamme, ou d’une voiture moyenne gamme à une voiture de type entrée de gamme. »

Nouveaux filons, nouvelles solutions

Ces nouveaux filons ont aussi conduit à de nouvelles innovations. En raison des restrictions de déplacement actuellement en vigueur, Nizar Abdallaoui Maane observe l’émergence d’un nouveau profil d’acheteurs : ceux qui achètent à distance, sans jamais avoir essayé le véhicule ni procédé aux vérifications qui s’imposent lors de son achat.  »Le client est à 800 km, il n’a jamais vu la voiture de ses propres yeux mais l’achète tout de même et se la fait livrer. On s’attendait à ce que ce nouveau type de clients émerge, mais pas de sitôt. Ce sont des mutations du marché qui se sont accélérées et nous poussent désormais à innover : il nous a notamment fallu intégrer une entreprise de livraison de véhicules ainsi qu’une vidéo de la voiture sous tous ses angles, et composer avec l’administration de façon à pouvoir effectuer la livraison de manière complètement transparente et sécurisée », précise Nizar Abdallaoui Maane.

Depuis peu, sa startup remplit également une partie des activités que certains constructeurs automobiles opéraient sur le marché marocain, mais qu’ils ont dû céder, ou du moins déléguer, en raison des turbulences qu’ils connaissent depuis quelques mois.  »Nous avons repris les activités d’une entreprise qui travaillait avec les concessionnaires. Elle leur vendait des solutions technologiques et des données sur le marché marocain pour les accompagner dans leur professionnalisation de la vente de véhicules d’occasion. Aujourd’hui, c’est nous qui faisons cela à leur place : nous travaillons avec des concessionnaires pour leur proposer nos outils technologiques et nos algorithmes afin de digitaliser leur parcours de vente de véhicules d’occasion », souligne le startupeur.

De nouveaux procédés qui se substituent aux méthodes traditionnelles

Dans un autre registre, le confinement a été l’occasion d’une hausse des livraisons à domicile. Le startup Cathedis a senti le vent tourner en sa faveur.  »Au moment du confinement, beaucoup de marques n’ont eu d’autre possibilité que de recourir au e-commerce pour écouler leurs produits. Plusieurs d’entre elles ont donc lancé leur commerce en ligne avec nous pendant cette période. Cela leur a permis de continuer à vendre malgré le fait que leurs boutiques étaient fermées. Elles ont découvert la niche que représente le e-commerce, un autre canal de distribution dont elles ne se passent plus désormais », nous explique-t-on au sein de cette startup.

Les commerçants, notamment les grandes marques internationales, n’ont pourtant pas attendu la crise sanitaire et le confinement pour développer la livraison de leurs produits.  »Oui, mais notre plateforme a l’avantage de digitaliser entièrement toute l’opération de la livraison. Dès qu’un e-commerçant place ses commandes sur notre plateforme afin qu’elles soient acheminées vers l’acheteur, il peut les suivre en temps réel. La traçabilité et la transparence sont totales. Le e-commerçant peut voir où est son colis à n’importe quel moment en ligne : si nous avons livré un paquet à 11 heures, 15 minutes et 2 secondes, il le voit à l’instant T. Toutes les actions faites lors de la livraison sont enregistrées sur notre application », explique-t-on au sein de cette startup.

L’inconvénient des méthodes traditionnelles, estime Cathedis, réside dans l’absence de traçabilité et de transparence dans le processus de livraison.  »Dans les processus traditionnels, le e-commerçant n’a quasiment aucune visibilité sur son colis. Il ne sait pas si le client est satisfait du produit et de la livraison. Nous, nous appelons tous les clients livrés pour s’assurer qu’ils sont satisfaits du produit et que la livraison a été effectuée dans de bonnes conditions. »

Pour l’instant, Cathedis couvre des livraisons dans 107 villes marocaines. Elle possède un centre de tri central à Casablanca et deux hubs régionaux à Tanger et Rabat. Elle prévoit d’implanter quatre autres centres de tri à Agadir, Meknès, Fès et Marrakech, ainsi qu’un grand centre 100% automatique avec une capacité de trier plus de 5.000 colis par heure.

Elle envisage également d’étendre son réseau à l’échelle continentale, en l’occurrence en Algérie et au Sénégal.  »Ce sont des pays qui ont du potentiel en matière de e-commerce. Leur population est jeune – ce sont les profils que nous recherchons chez nos livreurs –, ce sont des portes d’entrée vers l’Afrique. »

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