Atteindre l’égalité des genres en politique au Maroc n’est pas pour demain

Selon Khadija Errebah, experte en égalité des genres, pour donner aux femmes un accès à la politique mais aussi et surtout aux postes de décision, il faut amender les lois régissant la vie électorale et changer les mentalités.

Atteindre l’égalité des genres en politique au Maroc n’est pas pour demain

Le 8 décembre 2020 à 17h27

Modifié 10 avril 2021 à 23h07

Selon Khadija Errebah, experte en égalité des genres, pour donner aux femmes un accès à la politique mais aussi et surtout aux postes de décision, il faut amender les lois régissant la vie électorale et changer les mentalités.

Etant en période de préparation aux élections de 2021, les débats autour des lois qui régissent le processus électoral sont en cours entre le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et les chefs des partis politiques Marocains. 

Souvent mise sur le tapis et toujours objet de débats, la question de la parité entre hommes et femmes en matière de représentation politique fait, elle aussi, partie des thématiques en cours de discussion. 

C’est dans ce sens qu’une session e-learning a été organisée ce vendredi 4 décembre par la Fondation Konrad Adenauer dans le cadre du programme “Engageons-nous pour plus de femmes en politique au Maroc et au Bénin 2018-2021”, cofinancé par l’Union Européenne. 

Cette session a été animée par Khadija Errebah, experte en égalité des genres qui, en compagnie d’autres femmes politiques dont Amina Benkhadra, ex-ministre de l’Energie, a présenté au ministre de l’Intérieur une « note d’information » contenant des propositions d’amendements de différents textes juridiques régissant la vie électorale. L’objectif étant de « changer tous les articles où il y a une discrimination à l’égard des femmes et d’imposer, dans un certain nombre de cas, des obligations de nullité de listes quand les femmes ne sont pas représentées« , explique Mme Benkhadra. 

Représentation politique des femmes: Le Maroc 106ème mondial 

Exposés par Khadija Errebah lors de son intervention, les chiffres arrêtés à janvier 2020 sur la représentation politique des femmes dans la région MENA montrent que le Maroc se classe en 6ème place avec un pourcentage de 20,5%, derrière la Tunisie (5ème), l’Algérie (4ème) ou encore les Emirats arabes unis qui réalisent une parité parfaite et se hisse en première position régionale et quatrième mondiale. 

Le Maroc est quant à lui à la 106ème place au niveau international, loin derrière le Sud-Soudan qui, avec une représentation féminine en politique de 28,5% se positionne au 61ème rang. Pourtant, Khadija Errebah souligne que les femmes représentent la moitié de la population Marocaine. Leur sous-représentation politique constitue donc « une injustice envers elles, mais aussi envers la société qui ne bénéficie pas de leurs compétences et leur savoir-faire ». 

« Cette injustice va laisser des traces et impacter le développement durable », poursuit l’experte avant de rappeler que le Maroc est en train de préparer les 7ème et 8ème rapports périodiques à adresser au comité international qui veille à la bonne application de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. 

Il convient de préciser que la discrimination à l’égard des femmes, visée par Mme Errebah, ne concerne pas uniquement l’accès à la vie politique. Elle s’étend aux postes auxquels accèdent les femmes politiques. 

En effet, il ne suffit pas de rassembler un maximum de femmes au sein du Parlement, mais aussi de leur permettre d’accéder à des postes de décision, de leur donner l’occasion d’exercer leur autorité et d’avoir des responsabilités car au-delà d’une question de compétences, l’accès aux postes de décision pour les femmes reste difficile en raison de plusieurs paramètres socio-culturels. 

Pour corriger ce déséquilibre, nombreux pays optent pour le système de quota qui est un mécanisme de discrimination positive. 

Selon Mme Benkhadra, le système de quota « s’est imposé de manière à améliorer la représentation politique des femmes au sein du Parlement. Nous sommes passés de 0,5% à 21% entre 1998 et 2016 grâce au système de quota ». 

Cela dit, il s’agit d’un dispositif temporaire. C’est pourquoi, la question posée par de nombreuses intervenantes est de savoir « comment passer du quota à une meilleure application de la loi », notamment de la Constitution marocaine qui prévoit le principe d’égalité. 

Malgré son caractère temporaire, Mme Errebah appelle à poursuivre l’utilisation de ce mécanisme de discrimination positive sans pour autant se contenter de faire augmenter le nombre de femmes au Parlement car l’objectif n’est pas uniquement quantitatif.

Changer les lois mais pas que… 

Pour expliquer la sous-représentation des femmes en politique, Khadija Errebah pointe du doigt 5 freins, qui doivent être pris en compte simultanément et non pas individuellement car, selon l’experte, pour avoir un réel impact il faut travailler de manière parallèle sur tous les fronts. 

Ainsi, elle pointe du doigt l’Etat, le législateur, la société mais aussi le climat électoral et les partis politiques. 

En effet, l’Etat a dores et déjà établi une stratégie nationale d’égalité. Il s’agit du Programme gouvernemental de l’égalité (PGE). « Mais est-il mis en place ? », demande l’experte qui déplore le fait que la société civile se trouve dans l’obligation d’agir et de plaider auprès de l’Etat pour l’introduction et/ou l’amélioration de l’égalité entre les femmes et les hommes. 

De même pour le législateur qui, selon Mme Errebah, ne prévoit pas de dispositions dans ce sens sans l’intervention de la société civile pour pousser au changement. 

L’oratrice rappelle que l’article 29 de la loi organique des partis politiques « prévoit la mise en place au sein de ces derniers, d’une commission de parité et d’égalité des chances. Mais est-elle instaurée par tous les partis politiques ? A-t-elle des stratégies ? Coordonne-t-elle avec les sections des femmes des partis politiques et gèrent-elles les candidatures des femmes pour les prochaines élections ? ». Autant de questions qui reflètent un écart entre les textes juridique et la pratique. 

De plus, Mme Errebah souligne une absence d’harmonisation entre les textes encadrant la vie électorale car « les principes pour la promotion politique des femmes diffèrent d’une loi à l’autre. Il en existe un pour la première chambre, un autre pour la seconde, d’autres pour les communes de moins de 35.000 habitants et celles de plus de 35.000 habitants, sachant que rien n’est prévu au niveau provincial et préfectoral ». 

En somme, un pêle-mêle de mécanismes que l’oratrice avoue avoir du mal à expliquer à des confrères étrangers qui s’intéressent à la promotion politique des femmes au Maroc. 

Le climat électoral et les stéréotypes de la société imposent, quant à eux, un environnement défavorable à la promotion de la représentation politique des femmes. D’où l’intérêt, selon Mme Errebah, de changer les mentalités en faisant non seulement participer les hommes à cette mobilisation féministe mais aussi en sensibilisant les femmes, notamment en milieu rural de manière à briser la culture traditionnelle qui freine la représentation politique des femmes. 

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