Portrait. Hassan Boubrik aux commandes de la plus importante réforme sociale du pays

La nomination de Hassan Boubrik à la tête de la CNSS intervient dans un contexte particulier où le Maroc mène une grande réforme de son système de protection sociale. Pour ceux qui le connaissent et mesurent la lourde tâche qui l'attend, c'est l'homme de la situation. 

Portrait. Hassan Boubrik aux commandes de la plus importante réforme sociale du pays

Le 15 février 2021 à 19h06

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

La nomination de Hassan Boubrik à la tête de la CNSS intervient dans un contexte particulier où le Maroc mène une grande réforme de son système de protection sociale. Pour ceux qui le connaissent et mesurent la lourde tâche qui l'attend, c'est l'homme de la situation. 

Hassan Boubrik a pris ses fonctions de directeur général de la CNSS ce lundi 15 février, lors d’une cérémonie en présence de Mohammed Amekraz, ministre du Travail et président du conseil d’administration de la Caisse, Said Ahmidouch, l’ex-directeur général de la CNSS et actuel Wali de la région Casablanca-Settat, Abdelatif Mortaqi, jusque-là directeur général par intérim de la CNSS, des membres du conseil d’administration de la Caisse ainsi que des directeurs. 

Pour sa première sortie médiatique en tant que nouveau patron de la CNSS, Hassan Boubrik s’est exprimé sur la lourde mission qu’il doit accomplir.

« Je suis fier et honoré de la confiance de SM le Roi Mohammed VI. Ma nomination en tant que directeur général de la CNSS intervient dans un contexte marqué par le lancement d’un vaste chantier de généralisation de la couverture sociale. (…) C’est un chantier ambitieux qui nécessite la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes, toutefois la CNSS joue un rôle central. Donc nous devons nous préparer pour accueillir les millions de Marocains qui intégreront le système, leur fournir les bonnes conditions d’accueil et d’adhésion et des services de qualité », dit-il lors de son discours d’installation.

« Nous aurons aussi un rôle à jouer dans le sens de la contribution à l’élaboration de cette nouvelle protection sociale » dont l’opérationnalisation passe par l’harmonisation des différents régimes existants et la mise en place de financements à même d’assurer la pérennité du système. « La CNSS sera force de proposition à ces deux niveaux », assure le nouveau DG. 

« Je connais l’institution pour avoir été membre de son Conseil d’administration. C’est un organisme qui a d’énormes atouts et des équipes qualifiées. Je suis confiant, nous serons, si Dieu le veut, à la hauteur du défi », assure-t-il.

La CNSS au cœur de la réforme 

Et c’est bien un défi de taille que doit relever l’ex-patron de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS). Ceux qui ont pu interpréter négativement le passage de Hassan Boubrik de la direction d’une autorité de contrôle à la direction d’un des organismes contrôlés, ne mesurent pas encore l’ampleur de la réforme à mener pendant les cinq prochaines années.

Selon le projet de loi-cadre sur la protection sociale approuvé lors du dernier conseil des ministres, la généralisation de la protection sociale globale, à mener durant les cinq prochaines années, passe par quatre axes avec des échéances précises : 

– La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, à fin 2022, au profit de 22 millions personnes supplémentaires qui bénéficieront d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation.

– La généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 au profit des familles qui n’en profitent pas selon les textes en vigueur. Ces familles bénéficieront selon le cas d’indemnités forfaitaires ou d’indemnités de protection des dangers relatifs à l’enfance (déperdition scolaire) ciblant 3 millions de familles et 7 millions d’enfants en âge de scolarité. 

– L’élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à horizon 2025.

– La généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable.

Sur les deux dossiers de l’AMO il doit réussir en deux ans ce que d’autres n’ont pas pu faire pendant plusieurs années ; soit intégrer dans le système une population de 22 millions de personnes. 11 millions de travailleurs non-salariés avec qui les concertations trainent et prennent du temps. Et 11 millions de personnes qui bénéficiaient jusque-là du RAMED dont une bonne partie n’est pas en mesure de cotiser dans le régime.  

Pour un professionnel du secteur de l’assurance qui a côtoyé Hassan Boubrik pendant des décennies, « c’est le meilleur profil qui peut piloter la CNSS pendant cette période. La généralisation de la protection sociale suite aux instructions de SM le Roi touche plusieurs problématiques allant de la retraite, à la couverture médicale en passant par les allocations familiales et l’indemnité pour perte d’emploi ». 

« Il est qualifié pour la mission qui lui a été confiée et cela à plusieurs titres. Il a une connaissance assez large des régimes sociaux au Maroc grâce à son expertise et ses connaissances en tant que régulateur à l’époque de la Direction des assurances et de la prévoyance Sociale (ministère des Finances) ou de contrôleur à la tête de l’ACAPS. Il siégeait au conseil d’administration de l’ensemble des organismes gestionnaires des régimes de protection sociale marocains (CNSS, CMR, CNOPS, CIMR, RCAR,…), avance notre interlocuteur.

« Je pense sincèrement que c’est le candidat idéal pour piloter cette phase particulière au regard du rôle que doit jouer la CNSS en matière de protection sociale », ajoute-t-il. 

Pour un autre professionnel, Hassan Boubrik est « une très grande compétence. Il a le sens de l’écoute et une grande capacité d’analyse et d’anticipation ». 

« Je pense vraiment que c’est un monsieur qui est capable de transformer la CNSS », ajoute notre source.

Un homme d’Etat aux commandes de la Caisse 

Hassan Boubrik est un homme discret. Peu d’informations sont disponibles sur sa vie personnelle. Il est discret, mais reste accessible pour partager son expertise, apporter des explications ou des éclairages quand il est sollicité. 

S’agissant de son parcours, il est l’un de ces profils qui ont fait l’essentiel de leur carrière dans le giron du public où il a gravi les échelons.

Selon un portrait de lui, réalisé par La Vie éco en 2007, ce Gadiri de naissance a fait un bref passage dans le secteur privé chez Procter&Gamble après l’obtention de son diplôme de statisticien-économiste de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique de Paris. 

Après cette première expérience, il rejoint le cabinet du ministre des Finances Mohamed Sagou en 1993. Trois ans plus tard, en 1996, il rejoint la CDG. Il lui a fallu à peine 11 ans pour passer d’analyste financier à secrétaire général de la CDG. Il a alors 39 ans. Ce n’est pas le seul poste de responsabilité qu’il a au sein du bras financier de l’Etat. Il a aussi été Administrateur Directeur Général de CDG Capital et Directeur Général de CDG Développement. 

Après plusieurs années au sein du groupe CDG, Hassan Boubrik fait son grand retour au sein du ministère des Finances en tant que directeur des assurances et de la prévoyance sociale. Sa principale mission a été de transformer cette direction du ministère des Finances en une autorité de contrôle indépendante. « C’est un chantier qu’il a chapeauté et mené de mains de maitre car il a dû passer une direction à une autorité indépendante avec un périmètre élargi et une organisation différente, … C’est une mission réussie », témoigne une source proche de Hassan Boubrik pendant cette période. 

L’audace et la célérité, maitres-mots de la réforme 

S’il a réussi à assoir l’autorité de l’ACAPS sur le secteur des assurances et de la prévoyance sociale, d’aucuns lui reprochent le retard de la mise en place de l’assurance Takaful.

« Je ne pense pas qu’on peut lui reprocher le retard de ce chantier. Sans rentrer dans le détail, je dirais qu’il y a une responsabilité collective », témoigne un acteur du secteur.

« Je reste convaincu qu’à chaque fois qu’il prend une responsabilité, il arrive à exceller et à répondre aux attentes. Si je dois citer des exemples, il y a d’abord la mise en place de l’ACAPS ou encore la publication de la loi sur les catastrophes naturelles qui étaient bloquées pendant des années », ajoute notre source. 

Pour un autre professionnel qui a longtemps côtoyé Hassan Boubrik, ce dernier « est un agitateur dans le bon sens du terme. C’est quelqu’un qui va transformer la manière de réfléchir, de travailler ».

« Il est aussi audacieux. Il ira chercher des solutions audacieuses. C’est aussi quelqu’un qui travaille rapidement, il est en général assez impatient de voir les réalisations concrètes. Maintenant, il faut qu’il ait les moyens pour pouvoir faire bien et vite », commente-t-il. 

Pour mener à bien cette réforme qui promet de transformer la vie de millions de Marocaines et de Marocains, il faut faire preuve de rigueur, de persévérance et d’ingéniosité tout en allant vite, très vite pour respecter les échéances. 

Il est indéniable que Hassan Boubrik a une vision globale du secteur et sait ce qui doit être fait. Reste à savoir s’il aura l’adhésion qu’il faut… L’avenir nous le dira !

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