Vaccin: les objectifs de la campagne compromis par les difficultés d’approvisionnement

Le nombre quotidien de vaccinations anti-Covid enregistre une baisse imposée par les difficultés d'approvisionnement en vaccins. En l'absence d'informations sûres sur des livraisons imminentes, l'objectifs initial de vacciner 80% de la population d'ici mai semble compromis. 

Vaccin: les objectifs de la campagne compromis par les difficultés d’approvisionnement

Le 8 mars 2021 à 18h56

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Le nombre quotidien de vaccinations anti-Covid enregistre une baisse imposée par les difficultés d'approvisionnement en vaccins. En l'absence d'informations sûres sur des livraisons imminentes, l'objectifs initial de vacciner 80% de la population d'ici mai semble compromis. 

Au départ, le Maroc a mis en place sa stratégie de vaccination basée sur un objectif de vacciner 80% de la population en 12 semaines (environ 30 millions de personnes). Cet objectif ambitieux mais réalisable sur le plan logistique prenait en compte un approvisionnement régulier en vaccins dans la mesure où le Maroc a conclu très tôt des conventions avec Sinopharm et AstraZeneca pour l’acquisition de 66 millions de doses. 

Début janvier 2021, le ministre de la santé Khalid Ait Taleb (ATK) a déclaré dans l’émission Confidences de presse : « Pour pouvoir dire quand est-ce que nous pourrons reprendre une vie normale il faut avoir une vision sur le début de la campagne de vaccination ainsi que sa durée qui, selon notre stratégie sera de 12 semaines. Sachant que pour obtenir l’apogée de l’immunité collective il faut attendre 28 jours post-vaccination. Si tout se passe bien et que nous continuons dans de bonnes conditions jusqu’à fin mars ou début avril nous pourrons passer, au mois de mai, un Ramadan sans mesures barrières ». 

Un espoir qui semble aujourd’hui s’éloigner, car la réalité du marché international, notamment en temps de crise, a rattrapé le Maroc et a compromis ses objectifs. 

A peine 13% de la cible vaccinée en six semaines

« La course pour le développement du vaccin s’est aujourd’hui transformée en course pour s’en procurer », lit-on sur une publication du Pr Samir Machour, Senior Vice-Président et Patron à l’international de la qualité et de la conformité règlementaire du géant sud-coréen Samsung Biologics.

« Actuellement, 193 pays ont commandé plus de 20 milliards de doses, à livrer d’ici la fin de 2021, alors que la capacité de production mondiale planifiée de tous les vaccins réunis ne dépasse pas 9,2 milliards de doses d’ici à la fin de l’année », explique-t-il, ajoutant que la majorité de ces commandes proviennent de pays développés. Cela signifie ainsi « que le reste de la planète devra attendre 2023 pour être entièrement vaccinée ». 

Avec la pénurie chronique des flacons, seringues, bouchons et autres équipements, M. Machour explique que l’approvisionnement en vaccins a été difficile, mais le sera encore plus dans l’avenir. 

Cela se traduit pour le Maroc, pour le moment, par un ralentissement du rythme d’administration de la première dose et une pression sur les stocks.

Nous sommes à la sixième semaine de vaccination. Au 8 mars 2021, 3 961 941 personnes ont reçu la première dose. Le rythme a atteint son niveau le plus haut vers le 15 février avec plus de 310.000 vaccinations puis a baissé. Actuellement, nous délivrons moins de 60.000 vaccinations quotidiennes. 

Pour la deuxième dose, nous en sommes à 651 351 personnes vaccinées. Le rythme suit la cadence de la première dose. 

En tous, nous avons vacciné 13,20% de la population cible (une dose), 2,17% si l’on considère les deux doses. 

Notons à ce titre qu’avec ce score, le Maroc se classe dans le top 10 mondial des campagnes de vaccination. C’est dire qu’il fait mieux que pleins de pays autrement plus développés. Et c’est un exploit à saluer. 

Mais il n’en demeure pas moins que dans des conditions optimales et selon les objectifs tracés initialement nous aurions dû avoir au moins 50% de la population vaccinée. Ce n’est pas le cas. 

A ce rythme imposé par la lenteur des livraisons de doses de vaccin, l’objectif d’une campagne de vaccination en 12 semaines et d’un retour à la vie normale d’ici le mois de mai ne sont pas réalistes.

Selon les chiffres actuels, nous enregistrons une moyenne de 107.400 vaccinations/jour. Il nous faut donc plus de 9 mois pour atteindre les 30 millions de personnes cibles. Et encore, il faut que les livraisons de doses du vaccin s’effectuent au même rythme que les premières semaines de la campagne.

Des livraisons futures imminentes ?

Est-ce qu’il y aura une accélération des livraisons durant les jours ou semaines à venir ? Est-ce qu’il y a de nouvelles mesures prises ou des actions dans le cadre de la stratégie d’approvisionnement ? A-t-on tout simplement de la visibilité ? Joint pour nous éclairer sur la stratégie d’approvisionnement, le ministère de la santé n’a pas donné de retour. 

Il en est de même pour certains membres du comité technique de vaccination qui nous ont renvoyés vers le ministère de la santé. 

En l’absence d’informations fiables et sûres, il est aujourd’hui très difficile de prévoir une date pour un retour à la vie normale. En février dernier, lors d’une visite d’un des centres de vaccination le ministre de la santé a déclaré aux médias présents que « l’objectif à atteindre lors des 3 à 5 prochains mois est de vacciner environ 30 millions de citoyens marocains avec des livraisons étalées sur les mois de février, mars et avril ». 

Il n’a pas précisé si l’ensemble des doses commandées le serait à fin avril. En tous les cas, on parle plutôt d’une fin de campagne vers le mois de juillet, à condition que les deux fournisseurs du Maroc, notamment Sinopharm auprès de qui le Maroc a commandé plus de 40 millions de doses, enchainent les livraisons avec des quantités conséquentes.

A ce jour, le Maroc a reçu seulement 2,5 millions de doses de la part du partenaire chinois alors qu’il était question d’une promesse de livraison de 10 millions de doses avant fin 2020. 

Du côté d’AstraZeneca qui doit livrer au Maroc 25,5 millions de doses, le rythme a été jusque-là plus soutenu avec 6 millions de doses livrées. Il reste encore 19,5 millions à livrer. Mais la pression subie par le Serum Istitute of India (SII) de la part de son pays l’Inde, l’empêche de poursuivre les livraisons commerciales dans des conditions normales. 

Le 21 février dernier, Adar Poonawalla, PDG de SII a publié un tweet pour demander aux pays et gouvernements de patienter. « SII doit prioriser les importants besoins de l’Inde (…). Nous essayons de faire de notre mieux », a-t-il déclaré. 

Une première allocation Covax de près de 2 millions de doses

Il faut savoir qu’en plus des conventions conclues de façon bilatérale par le Maroc, le Royaume est également éligible au programme Covax, un système co-dirigé par l’Alliance Gavi, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) et l’OMS, a été mis en place pour essayer d’assurer un accès équitable aux vaccins dans le monde. Il a commencé la distribution des vaccins dans plusieurs pays africains fin février.

Quelque 237 millions de doses Astrazeneca-Oxford, fabriquées en Corée du Sud et par le Serum Institute of India vont être livrées d’ici la fin mai à 142 pays dont le Maroc. 

Jointe par Médias24, Maryam Bigdeli, représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Maroc nous assure que le Maroc bénéficie « d’une première allocation d’un peu moins de 2 millions de doses ». « D’autres allocations seront programmés une fois que le programme aura fait le tour des pays éligibles ». 

Le Maroc sera servi par le Vaccin Astrazeneca-Oxford produit en Corée du Sud par le laboratoire pharmaceutique SK Bioscience Co (SKbio), qui a été validé par l’OMS le 15 février dernier

« Les procédures administratives sont en cours pour autoriser le vaccin. Elles sont presque finalisées. Nous pouvons prévoir une livraison en plusieurs arrivages dans les prochaines semaines », nous confirme Maryam Bigdeli. La DMP examine actuellement le dossier du vaccin afin de lui accorder l’Autorisation d’utilisation d’urgence à l’instar de ce qui a été fait pour le vaccin produit par SII ou pour le vaccin de Sinopharm.

Mais ce programme est insuffisant pour combler les besoins du pays. Faut-il engager le processus pour l’acquisition des vaccins anti-Covid fabriqués par d’autres laboratoires ? Selon nos informations, la question est étudiée par le ministère de la Santé.

Cela dit, quels que soient le rythme à venir des livraisons ou les solutions que le Maroc trouvera, l’atteinte de l’immunité collective prendra certainement plus de temps que prévu, sachant que la stratégie du Maroc est toujours de réserver la deuxième dose du vaccin à ceux qui ont reçu la première, malgré les études qui montrent qu’une seule dose permet de réduire sensiblement les hospitalisations et les formes graves de la maladie. Cette hypothèse fort probable ne sera pas sans impact social et économique…

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