La performance des entreprises dépend de leur niveau de mixité de genre (Experts)

Lors d’un webinaire sur la mixité hommes-femmes dans les entreprises, plusieurs intervenantes ont souligné la nécessité d’augmenter le taux de femmes sur le marché de l’emploi, mais aussi dans les postes de direction. Elles sont également revenues sur l’impact bénéfique de la mixité entre hommes et femmes dans les entreprises sur l’économie.

La performance des entreprises dépend de leur niveau de mixité de genre (Experts)

Le 9 mars 2021 à 15h58

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Lors d’un webinaire sur la mixité hommes-femmes dans les entreprises, plusieurs intervenantes ont souligné la nécessité d’augmenter le taux de femmes sur le marché de l’emploi, mais aussi dans les postes de direction. Elles sont également revenues sur l’impact bénéfique de la mixité entre hommes et femmes dans les entreprises sur l’économie.

« Il y a cinq ans environ, les Nations unies ont déclaré qu’il faudra environ 100 ans pour que le Maroc atteigne l’égalité des genres. » Cette phrase, prononcée par Doha Sahraoui, professeure à l’université Cadi Ayyad de Marrakech et consultante spécialisée dans le domaine de l’égalité hommes-femmes dans les entreprises marocaines, a rythmé le webinaire organisé ce mardi 9 mars par le Conseil régional d’investissement (CRI) de la région Marrakech-Safi, intitulé « Mixité en entreprise : levier de performance et de pérennisation ».

Un siècle donc pour que l’égalité hommes-femmes au Maroc soit enfin une réalité concrète, tant les freins socioculturels sont encore tenaces. « La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) compte, à l’échelle mondiale, le moins de femmes qui travaillent. Dans cette même région, le Maroc fait partie des pays qui comptent encore moins de femmes ayant une activité professionnelle. C’est un paradoxe, car le Maroc dispose de tous les indicateurs de développement nécessaires pour faire en sorte que le taux d’activité des femmes soit supérieur de 28 points par rapport à ce qu’il est actuellement« , souligne Doha Sahraoui. Selon une note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP), rédigée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la participation des femmes au marché du travail en 2020 reste effectivement faible, avec un taux d’activité de 19.9% contre 70.4% pour les hommes. Plus de huit femmes sur dix sont en dehors du marché du travail.

Même dans le monde de l’entrepreneuriat, les femmes marocaines se frayent encore timidement une voie. Elles ne sont que 8% à diriger de grandes entreprises, contre environ 10 à 11% à l’échelle du Maghreb. « Nous n’arrivons pas à augmenter ce chiffre au Maroc », déplore Aude de Thuin, fondatrice du Women’s forum for the Economy and Society et du Women in Africa (WIA). « Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de femmes qui se lancent dans l’entrepreneuriat ? Parce qu’il y a tout un écosystème qui ne joue pas en leur faveur. Les femmes ne ressentent pas le désir d’être entrepreneures, de prendre ce risque. Dès le départ, elles ont peur d’y aller. Parmi les femmes qui créent des entreprises au Maroc, beaucoup manquent de confiance en elles et ne s’autorisent pas à voir loin. Elles sont bloquées dès le départ : elles pensent que parce qu’elles sont des femmes, on va leur fermer des portes », ajoute Aude de Thuin.

« Un lien très net entre la mixité et la performance »

Les entreprises marocaines auraient pourtant tout intérêt à augmenter la part des femmes, explique Doha Sahraoui. « Quand on vit dans un pays qui compte 50.3% de femmes, il est logique de retrouver cette même représentativité dans les entreprises. Selon des études réalisées par Michel Ferrari (professeur à l’université de Genève et fondateur de l’Observatoire de la féminisation des entreprises à la SKEMA Business School, ndlr), pendant la crise financière de 2008, les entreprises dont les postes d’encadrement étaient occupés par au moins 30% de femmes ont mieux résisté à la crise. Cela ne signifie pas qu’elles sont restées performantes, mais elles ont été beaucoup moins contre-performantes que les autres entreprises. Donc oui : il y a un lien très net entre la mixité et la performance. Au Maroc, la réduction de l’écart entre les hommes et les femmes de 25% conduirait à une hausse du PIB de 5.4% à 8.6% », argumente cette enseignante.

Et d’ajouter : « Pendant longtemps, on a pensé que les femmes prendraient la place des hommes si elles intégraient le marché de l’emploi. C’est faux. Au niveau microéconomique, le raisonnement est simple : si j’ai des consommatrices féminines, je dois avoir des salariées femmes pour comprendre ces consommatrices. La diversité engendre la performance. »

Plus de femmes dans les fonctions de gouvernance

Encore faut-il que les femmes disposent d’outils qui leur permettent de se faire une plus large place sur le marché de l’emploi, mais aussi dans les postes de direction. Janie Letrot, secrétaire générale du Club des femmes administratrices du Maroc (CFA), est revenue sur le rôle de cette association pour contribuer à l’insertion des femmes dans les organes de gouvernance.

« La plupart du temps, lorsque l’on cherche des femmes administratrices, on pense à tort qu’il n’y en a pas. Nous nous sommes donc assigné pour mission de rendre visibles les femmes qui ne le sont pas suffisamment. C’est pour cela que nous avons créé, au sein du CFA, un vivier crédible et diversifié pour élargir autant que possible l’accès des femmes aux postes de gouvernance. Nous avons désormais 70 adhérentes – un chiffre qui a doublé en deux ans. Notre objectif est de le faire doubler au cours des deux prochaines années. A l’heure actuelle, les 17% de femmes présentes dans les conseil d’administration des entreprises marocaines sont bien loin des 30% auxquels nous estimons qu’il faille parvenir pour que les femmes pèsent suffisamment dans les décisions », justifie Janie Letrot.

Le 12 février dernier, le CFA et la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, ont d’ailleurs annoncé le lancement d’un partenariat pour renforcer les capacités des membres de ce club sur plusieurs thématiques relatives à la gouvernance d’entreprise, et mener des actions de sensibilisation pour renforcer la participation des femmes dans les conseils d’administration et dans les postes de direction des entreprises.

Les médias ont quant à eux un rôle à jouer pour rompre avec certains clichés, a déclaré Khadija Boujnaoui, présidente du Comité Parité et Diversité de la chaîne 2M. « Nous avons une responsabilité éducative dans la manière dont les femmes sont perçues par la société. Nous avons donc pris la décision et l’engagement d’accompagner le changement de mentalité en nous attaquant à notre contenu pour rompre avec certains clichés », a-t-elle affirmé. Khadija Boujnaoui a notamment cité la mise en place de la plateforme Expertes.ma, dédiée aux journalistes et créateurs de contenus de la chaîne, qui recense « plus de 600 femmes expertes dans différents domaines ».

La présidente du Comité Parité et Diversité a également évoqué les formations de media training et de prise de parole en public que le comité organise, afin que « les femmes puissent prendre la parole et s’exprimer devant les médias ». Enfin, elle a rappelé la création, en 2018, du trophée Tilila, qui récompense les spots publicitaires télévisuels les plus respectueux de l’image de la femme.

 

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