La culture légale du cannabis, une opportunité écologique (Experts)

Selon des experts marocains et étrangers, la culture réglementée du cannabis constitue une opportunité écologique. Comment le cultiver dans le respect de la biodiversité ? Quels avantages en matière de construction durable ? Détails.

La culture légale du cannabis, une opportunité écologique (Experts)

Le 28 mars 2021 à 9h34

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Selon des experts marocains et étrangers, la culture réglementée du cannabis constitue une opportunité écologique. Comment le cultiver dans le respect de la biodiversité ? Quels avantages en matière de construction durable ? Détails.

“L’augmentation rapide de la culture illicite de cannabis dans le Rif au cours des dernières décennies, ainsi que les mauvaises pratiques de conservation des sols, ont fait des ravages sur les forêts déjà menacées et les écosystèmes fragiles du Rif (déforestation, érosion des sols, épuisement de l’eau)”, déclare Tom Blickman, connaisseur de la région, chargé d’un projet senior au « Transnational insitute » à Amsterdam et spécialisé dans la politique internationale de contrôle des drogues et des conventions de l’ONU.

Ce dernier fait partie des nombreux experts-intervenants lors du webinaire organisé jeudi 25 mars par l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et l’AMCDD (Alliance marocaine pour le climat et le développement durable), intitulé « légalisation du cannabis: quel impact sur la biodiversité et les ressources ? ». 

Pour répondre à cette question, des experts ont exposé leurs points de vues scientifiques, orientés sur le développement durable et sur la biodiversité, car l’impact de la culture du cannabis n’est pas uniquement socio-économique. Idem pour ses avantages qui ne sont pas limitées à l’usage médical et thérapeutique

En effet, la culture illégale (donc non encadrée) de cette plante exerce une pression sur les sols, sur la forêt et sur la biodiversité. Cela dit, lorsqu’elle est réglementée, la culture du cannabis constitue une opportunité écologique, notamment en matière de construction durable. 

Assurer une assistance technique pour éviter la catastrophe écologique

Selon Karim Anegay, qui a dirigé le projet “cultures alternatives dans le Rif” au début des années 2000, l’analyse de la culture illicite du cannabis « d’un point de vue environnemental est catastrophique”. 

“Comme toute monoculture, la culture du cannabis est épuisante. Elle cause l’érosion des sols peu profonds qui sont en pente et implique un pompage clandestin mais implique aussi l’usage excessif d’engrais ce qui mène à la pollution chimique des eaux. De plus, les forêts sont défrichées puisqu’on y met carrément le feu”, explique-t-il. 

Dans le cadre du projet de loi qui vise à autoriser l’usage et la culture du cannabis à des fins non récréatives, il sera possible d’accompagner les cultivateurs pour mettre fin aux dommages environnementaux. 

Pour Tom Blickman, il faut prodiguer une “assistance technique pour prévenir de nouveaux dommages écologiques en luttant contre l’érosion et en encourageant le reboisement, en gardant à l’esprit la réalité de la dépendance de la population locale à la culture du cannabis”. 

Les cultivateurs devront également bénéficier d’une “assistance technique pour assurer la mise en place de systèmes durables d’irrigation et de gestion de l’eau pour lutter contre l’épuisement de l’eau, en tenant compte de la gestion locale traditionnelle de l’eau”.

Pour cultiver le cannabis, il faut prendre en considération les types de sols à privilégier. Selon Mohammed Fekhaoui, directeur de l’institut scientifique de Rabat, “le cannabis privilégie les sols bien irrigués et bien drainés, avec une bonne teneur organique et une fertilité de sol élevée. On est passé d’une fertilisation ancienne et organique basée sur certain types de compostats à une fertilisation très accélérée et chimique”. 

M. Fekhaoui s’arrête également sur la nécessité de mettre en place, pour accompagner la dépénalisation à venir, des « règlements de bonnes pratiques » de fabrication d’une part et agricoles d’autre part. 

Les premières ont pour objectif d’assurer “une qualité de produit constante, d’éviter tout type de contamination et de garantir une traçabilité et tenue des dossiers”. 

Les secondes, sont “un ensemble de normes visant à garantir une production agricole de qualité pour les denrées alimentaires mais aussi produits non alimentaires tel que les fibres et les médicaments”. 

En somme, M. Fekhaoui estime que nous avons “besoin d’un commerce équitable du cannabis basé sur le principe de l’existence d’une demande croissante pour des produits de cannabis plus respectueux de l’environnement et d’origine durable”. 

Mais cette plante, que certains intervenants décrivent comme “magique” ne représente pas qu’une source de problèmes pour l’environnement. Au contraire, il s’agit d’une opportunité écologique qu’il est possible d’exploiter, notamment en matière de construction durable. 

Bâtiment : les vertus du chanvre en matière de construction

Le chanvre cultivé au Maroc est convoité pour ses feuilles et ses qualités psychoactives. Ses fibres sont quant à elles considérées comme des déchets, mais en réalité leur utilité en matière de construction durable est « inimaginable”. 

C’est ce dont témoigne Mouatassim Charai, doctorant-chercheur à l’Université Mohammed 1er d’Oujda qui participe à un projet né il y a 4 ans, relatif au développement de nouveaux matériaux de construction à base de bio-agrégats et de produits dérivés de l’agriculture, avec l’utilisation d’additifs comme le chanvre cultivé au Maroc. 

Dans le cadre de ce projet, des études ont été menées sur les fibres végétales du cannabis. Il en ressort que leur utilisation en tant que matériau de construction apporte plusieurs avantages. Parmi eux: l’amélioration de la qualité de l’isolation thermique (+30%), due à la structure poreuse du produit, ainsi que l’amélioration de la qualité de l’air à l’intérieur des bâtiments, parce qu’il s’agit d’un matériau qui absorbe le carbone

“Des simulations ont été effectuées sur un bâtiment réel situé au technopole à Oujda. Elles montrent que l’utilisation de ces fibres comme faux plafond peut améliorer la qualité de l’air intérieur et améliorer la performance énergétique du bâtiment en gagnant 5% en chauffage et en climatisation”, poursuit-il. 

Ces recherches attirent les regards étrangers, puisque comme le précise El Hassan Talbi, directeur du laboratoire géo-environnement à l’Université d’Oujda, “les scientifiques marocains reçoivent beaucoup d’offres du Moyen-Orient, de l’Europe ou encore des Etats-Unis où ils sont invités pour travailler”. 

Et pour cause, de nombreux produits ont été fabriqués à base de fibres végétales de chanvre cultivé au Maroc. 

Abdellatif Adebibe, président de l’association de développement du Rif central, en fait l’apologie et fait même défiler quelques échantillons lors de son intervention (à partir de 2:56:20): mallette, brique de biomasse pour chauffage et cuisson, pellet de biomasse pour les cheminées, brique de toiture ultra légère et ultra résistante, isolation murale, brique pour construction de murs porteurs, papier… autant de produits fabriqués à base de fibres de chanvre cultivé au Maroc, un trésor à exploiter de manière plus large après dépénalisation de son usage. 

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