Le douar de Tigouliane après la pluie, raconté par le sociologue Mohamed Mahdi

Dans ce nouveau récit, le sociologue Mohamed Mahdi, spécialiste du monde rural, raconte la vie à Tigouliane après les pluies qui ont fait la joie des habitants. Il y parle notamment de l’effervescence politique qui s’y joue actuellement, des projets sociaux sur lesquels planche l’association du douar.

Le douar de Tigouliane après la pluie, raconté par le sociologue Mohamed Mahdi

Le 5 avril 2021 à 16h36

Modifié 11 avril 2021 à 2h51

Dans ce nouveau récit, le sociologue Mohamed Mahdi, spécialiste du monde rural, raconte la vie à Tigouliane après les pluies qui ont fait la joie des habitants. Il y parle notamment de l’effervescence politique qui s’y joue actuellement, des projets sociaux sur lesquels planche l’association du douar.

Dans mon récit datant de la fin du mois d’août 2020, j’ai dressé un sombre tableau de la situation sociale, économique et environnementale prévalant à Tigouliane, communauté de montagne prise, comme tant d’autres, entre le marteau de la Covid-19 et l’enclume de la sécheresse. « C’est si triste et désolant que cela donne des sueurs froides au dos« , commenta un de mes amis.

Mais dans ce même récit, j’ai évoqué l’avènement des premières pluies automnales, tombées sous forme d’averses orageuses le 1er septembre. Cette eau du ciel devrait augurer d’une bonne année agricole. En effet, au début du mois d’avril, Tigouliane a enfilé son habit printanier. Le paysage sec et poussiéreux de l’été n’est plus qu’un triste souvenir. Le pays retrouve son printemps perdu durant trois années de dure sécheresse. Le printemps est la saison du renouveau de la végétation. Les arbres que j’ai laissés, l’été, agonisants et complètement desséchés, ont repris vie. Ce retour à la vie, cette résurrection pourrait-on dire, émeuvent et donnent la mesure de la puissance de résilience de la végétation locale, qui n’a pour corollaire que la résilience des hommes qui les ont plantés et en attendent de bénéfiques retours.

La verdure envahit les champs et les versants de montagnes ; elle réjouit et donne confiance aux paysans qui envisagent l’avenir avec optimisme. J’ai observé l’un d’eux pendant qu’il plantait quelques figuiers et noyers. Il me montre une branche d’un figuier asséché où bourgeonnent quelques feuilles. « Regarde, me dit-il, ce figuier est encore en vie.«  Tout autour, les bordures des champs et le dessous des arbres offrent de merveilleux parterres fleuris.

Les pluies de l’automne et de l’hiver ont très fortement motivé les paysans qui se sont enhardis à labourer et ont semé l’entièreté de leurs minuscules parcelles. Les céréales qui y sont cultivées, essentiellement l’orge et le blé dur, sont arrivées au stade d’épiaison. Au vu de leur développement, elles promettent une bonne récolte. A propos de cette question de récolte, j’ai obtenu cette réponse, après de nombreuses louanges à Dieu : « Quoi qu’il en soit, nous avons de beaux paysages.«  L’eau de la source collective a retrouvé un débit satisfaisant pour apporter une irrigation d’appoint à ces cultures et compléter les eaux pluviales.

Une effervescence politique

L’aubaine apportée par la pluie est heureusement bien partagée sur l’ensemble du territoire tribal. Sur la route qui remonte de Taroudant vers Tigouliane, et tout autour des douars situés dans la réserve de biosphère de l’arganeraie, les céréales cultivées en sous-bois des arganiers rappellent cette multifonctionnalité de l’arganeraie d’être, durant les bonnes années, pourvoyeuse de graines, en plus de sa fameuse huile et de ses pâturages pour les caprins.

La joie de retrouver la pluie a failli faire oublier aux habitants l’épidémie de la Covid-19, si la campagne de vaccination n’est venue la rappeler à leur bon souvenir. Les personnes ciblées ont été vaccinées au dispensaire, situé à 10 minutes en voiture. Les personnes à mobilité réduite sont vaccinées chez elles. Des inquiétudes, quant aux effets indésirables des vaccins, ont été exprimées par certaines femmes. Mais toutes ont fini par relever leur manche et « subi » la piqûre. Des chantiers pour construire trois logements, en plus d’un ouvrage lancé par l’association du douar pour bâtir le mur d’enceinte du cimetière, offrent des journées de travail à quelques paysans, dont on sait qu’ils sont pluriactifs. Ce n’est certes pas l’effet du retour de la pluie, mais c’est là une heureuse coïncidence.

Le territoire tribal vit en ce moment une effervescence politique. Des formations politiques s’efforcent de se positionner sur l’échiquier pour attirer l’électorat en leur faveur. Chacune y va de sa tactique. Elles mènent campagne tambour battant à coups de repas collectif et de discours. Tigouliane a eu droit à son meeting et à son festin où ont été conviés des représentants des fractions et des douars de toute la tribu. En de pareilles circonstances, le tribalisme et la tribu resurgissent et renouent avec leur force mobilisatrice de l’action collective, offrant substance pour qui sait s’en saisir, ou, peut-être, les manipuler.

Mettre en place de nouveaux périmètres irrigués sur les terres bour

Dans cette ambiance, l’association du douar poursuit le cours normal de ses activités par la prospection de nouvelles voies de développement économique du douar, ou en apportant son aide pour solutionner les problèmes sociaux les plus urgents.

Sur le plan économique, l’association entend saisir les opportunités offertes par la nouvelle stratégie de développement agricole « Génération Verte«  pour mettre en place de nouveaux périmètres irrigués sur les terres bour, les planter d’arbres fruitiers et de maraîchage. Des téméraires pensent même à des projets agrotouristiques.

Sur le plan social, le récit de l’été a soulevé la problématique de la petite délinquance qui s’est développée ces deux dernières années chez de jeunes désœuvrés du douar et qui pose des problèmes aux familles et à la communauté, car certains d’entre eux sont addicts à l’alcool et à la drogue, et s’adonnent même à des larcins. Leur attitude créé une tension qui gêne de plus en plus la quiétude du douar. La situation des filles est moins problématique du fait de l’existence d’un centre féminin où elles trouvent à s’occuper en apprenant divers métiers de couture, de broderie, etc. L’association est en train de réaliser un projet de formation professionnelle pour les jeunes NEET du douar de Tigouliane. Elle a dressé une liste de 15 jeunes, répondant aux caractéristiques des NEET et projette de les accompagner pour monter un projet de formation professionnelle, apprendre un métier et, pourquoi pas, s’installer à leur propre compte dans le futur.

Et la vie à Tigouliane continue son cours au hasard des caprices climatiques, des humeurs et des ambitions des gens. Heureux est celui qui sait s’accommoder de l’ensemble.

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