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Défense : Voici pourquoi le Maroc a choisi des drones turcs (avis d'expert)

La presse turque a, récemment, annoncé que le Maroc venait de signer un contrat d’acquisition de 12 drones de combat Bayraktar de type TB2. Selon l’expert militaire Abdelhamid Harifi, cette commande de matériel low-cost qui devrait être livrée, durant l’année 2022, permettra d’étoffer la panoplie d’outils aériens, de surveillance et éventuellement d’attaque, en cas de tentative d’offensive contre les FAR.

Défense : Voici pourquoi le Maroc a choisi des drones turcs (avis d'expert)
Samir El Ouardighi
Le 19 avril 2021 à 21h03 | Modifié 20 avril 2021 à 7h33

Après la révélation par l’agence de presse Reuters d’une commande marocaine de 4 drones américains Reaper, les médias turcs ont à, leur tour, annoncé que le Maroc avait finalisé un contrat militaire pour acquérir 12 drones Bayraktar TB2 porteurs de plusieurs missiles et destinés à la destruction de cibles. La première annonce était venue d'Africa Intelligence.

« Commandés en 2019, les drones et leurs postes de commandement seront livrés en 2022 »

Sollicité par Médias24, l’expert militaire Abdelhamid Harifi estime que, malgré l’absence de confirmation par des sources officielles du côté acheteur ou vendeur, la presse turque a longuement parlé de cette commande des FAR.

« Hormis le drone, la commande inclut également tout le matériel qui sera utile pour son poste de commandement. Ce dernier est une sorte de camion mobile, avec un poste de contrôle qui dispose de plusieurs consoles (écrans) qui permettent de suivre, en temps réel, la position tactique de l’avion et toutes les données recueillies par ses capteurs (caméras infrarouges, détecteurs de mouvements …).

« Reliés au PC par fréquences radio, le drone est capable de détruire une cible fixe ou mobile (humain, véhicule, poste de commandement, station radar …), constituant un risque pour les lignes de défense.

« En fait, les négociations qui ont commencé en 2019 viennent, à peine d’aboutir au 1er trimestre 2021.

« En effet, le temps de valider les besoins techniques des Marocains et de monter le financement et, sachant qu’il faudra environ une année avant d’être livré (2022), le processus aura donc duré 3 ans. », tient à préciser Harrifi pour démentir certaines accusations d’une commande effectuée en urgence.

« Aucune pression militaire du polisario n’est à l’origine de la commande »

« Certains journaux, notamment algériens, n’ont pas manqué d’affirmer que le Maroc avait commandé ces drones turcs pour contrer des tensions dans le Sahara marocain alors que c’est totalement faux.

« Pour s’en convaincre, il suffit de revenir sur le fait que ce marché a été entamé en 2019, soit bien avant la rupture du cessez-le-feu unilatéral, par le polisario qui veut faire croire à un harcèlement des positions marocaines qui aurait obligé les FAR à commander en urgence les drones Bayraktar », ironise Harifi pour qui, aucune entreprise d’armement n’est capable de livrer au lendemain de la commande.

« Une commande de ce type est un vrai parcours du combattant qui requiert de longues négociations pour évaluer, toutes les offres de modèles et retenir celui qui convient le mieux aux besoins des FAR.

Un modèle quasi-indétectable qui a fait ses preuves ailleurs

« Avant la validation de la commande, il a, en effet, fallu se renseigner sur les résultats du TB2 sur le terrain, notamment en Arménie, Syrie et en Libye où ils ont beaucoup été utilisés par les belligérants.

« C’est un modèle d’attaque armé d’une capacité d’emport de 4 missiles guidés qui existe en deux versions de guidage d’armement, à savoir par canal radiophonique (RadioSat) ou satellitaire (ComSat).

« Si on ne connait pas le modèle de guidage retenu par les FAR, il n’est pas impossible qu’ils aient opté pour celui qui est guidé par 3 fréquences radiophoniques, afin de rendre plus difficile la détection.

« Ainsi si l’adversaire réussi à brouiller une fréquence, il sera incapable de rendre inopérantes les deux autres, présentes pour compliquer son repérage » explique l’expert, en se félicitant d’un choix judicieux.

Le TB2 a démenti l’inviolabilité du système russe S300 de défense de l’espace aérien

« Ce type de matériel a réellement acquis ses lettres de noblesse, en Arménie où il a réussi à tromper la bulle de protection aérienne du fameux système de défense russe S300, pourtant réputé inviolable.

« Grâce à ses capacités qui le rendent quasiment invisible, il a percé la bulle, sans se faire repérer pour, ensuite, détruire plusieurs postes de commandement, ce qui a, non seulement, permis de rendre le système arménien de protection arienne complètement inopérant mais aussi de le mettre à découvert.

« D’ailleurs, cette mésaventure arménienne a été à l’origine d’une grave crise entre l’Arménie et son fournisseur russe, accusé d’avoir failli à sa promesse de rendre inviolable l’espace aérien de son client.

« Une leçon d’humilité qui devrait, peut-être, inspirer l’armée algérienne qui après s’être, récemment équipée de ce système russe S300, croit dur comme fer, à l’inviolabilité totale de son espace aérien », ironise notre expert en ajoutant que ce petit drone, méprisé par certains, peut faire beaucoup de dégâts.

Un coût d’achat 35 fois moins cher que celui du Reaper MQ 9 

Sur la différence avec le modèle américain qui a, également, fait l’objet d’une commande par l’armée de l’air marocaine, Harifi affirme que pour tous les spécialistes, le Reaper est la Rolls des drones.

« Si ce dernier est plus performant, la commande de drones turcs s’explique, à la fois, par son coût d’achat et d’exploitation qui sont bien moins élevés que ceux du modèle américain et, également, par leur efficacité, quasi-identique, au regard des menaces qui entourent l’intégrité territoriale du Maroc.

« En effet, les 12 drones turcs coûteront 70 millions d’euros alors que la commande des 4 Reaper américains reviendra à 1 milliard de dollars, soit 35 fois moins cher.

« En fait, le modèle américain convient à des missions beaucoup plus éloignées, requérant un rayon d’action géographique et une capacité d’emport de bombes, bien plus élevés que le Bayraktar TBE qui ne peut pas opérer à plus de 200 kilomètres de son poste mobile de commandement qui doit le suivre.

« Bien que le Reaper MQ 9 soit imbattable, il est utile de se doter d’une panoplie de drones low-cost, afin de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, d’autant plus que le modèle turc coûte, à peine 6 millions d’euros l’unité, contre 215 millions pour son concurrent américain », explique Harifi.

A terme, les FAR vont créer une escadre de drones pour protéger leur territoire

Bien que la nature (nombre, modèles) du parc marocain de drones soit tenue secrète, Harifi avance que les FAR vont constituer, à terme, une escadre de ce type d’aéronefs, avec un commandement à part.

« Cette escadre qui sera constituée de drones de surveillance et d’attaque aura pour mission de s’adapter aux menaces avec de nouveaux moyens pour les contrer », conclut l’expert qui tient à préciser que, l’accumulation de commandes militaires du Maroc, s’inscrit, dans une stratégie défensive et pas dans une logique offensive, comme tentent de le faire croire, les adversaires de la cause nationale

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Samir El Ouardighi
Le 19 avril 2021 à 21h03

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