La ville de demain doit être inclusive, verte et intelligente (experts)

A l’heure de l’urbanisation et de la transition numérique et écologique, l’inclusion se retrouve au cœur des réponses des nombreux défis actuels. Comment définir une ville inclusive ? Et quels sont les principaux défis que celle-ci doit relever? Réponses d’experts.

La ville de demain doit être inclusive, verte et intelligente (experts)

Le 20 avril 2021 à 20h58

Modifié 20 avril 2021 à 22h32

A l’heure de l’urbanisation et de la transition numérique et écologique, l’inclusion se retrouve au cœur des réponses des nombreux défis actuels. Comment définir une ville inclusive ? Et quels sont les principaux défis que celle-ci doit relever? Réponses d’experts.

L’Institut CDG a organisé, ce mardi 20 avril, un webinaire, autour du thème « la ville de demain sera inclusive, verte et intelligente ». L’événement a connu la participation d’experts en la matière, à savoir Amine El Hajhouj, directeur général de la société d’aménagement Zenata, Aziza Akhmouch, cheffe de la division villes, politiques urbaines et développement durable de l’OCDE, Mohamed Sefiani, maire de Chefchaouen, et Issam Shahrour, professeur de génie civil et smart city à l’université de Lille, en France.

Quatre principaux défis à relever

Le monde ne cesse de s’urbaniser et il le fait vite. Les villes sont, toujours, plus nombreuses et les populations et superficies qu’elles occupent aussi, entraînant avec elles moult défis, particulièrement, dans les pays en développement.

Au Maroc, les espaces urbains doivent, aujourd’hui, faire face à quatre grands défis, pour répondre aux besoins et attentes de leurs habitants : « en matière sociale, économique, environnementale et de gouvernance », a relevé M. El Hajhouj, lors de son intervention.

Selon lui, le principal défi social est l’exclusion. « Prenons l’exemple de l’éco cité Zenata. Quand on est arrivé dans cette ville, on a trouvé 10.000 ménages dans les bidonvilles. En temps normal, le premier réflexe aurait été de les mettre à l’extérieur de la ville. Mais nous avons choisi de les intégrer dans le projet, pas seulement en leur construisant des maisons, mais en les réinstallant, pour les upgrader, au niveau urbain que nous voulons. Ainsi, demain, quand les différentes CSP du projet vont se rencontrer, dans l’espace public, elles pourront vivre ensemble ».

Pour ce qui est des défis économiques, « le principal est la création de la compétitivité des villes qui commence, par la création d’emplois ».

« Le défi environnemental est celui que les gens connaissent le plus au monde. Il vient de la vulnérabilité accrue des villes aux chocs climatiques ».

Quant au défi de gouvernance, « il s’agit principalement de l’absence de coordination entre les différentes parties prenantes. On a beau faire la meilleure ville du monde, si on n’a pas derrière une bonne gouvernance, pour préserver ses richesses, » elle ne se développera pas. « Cette gouvernance passe, notamment, par la qualité de l’élu, ainsi que l’interaction entre l’entité centrale qui est le gouvernement, et l’entité locale et donc les élus ».

Ainsi, toutes nos villes se retrouvent face à ces défis, dans le but de combattre l’exclusion sociale, faire reculer la pauvreté, créer de l’emploi et de la valeur, s’adapter au changement climatique, intégrer nature et biodiversité et offrir des services et des usages nouveaux qui améliorent le quotidien, de toutes les générations, etc. Seule une ville qui met le citoyen au centre de ses préoccupations est à même de répondre, à ces multiples défis.

Il devient urgent de revoir les politiques urbaines

« Aujourd’hui, sur les 7,6 milliards de personnes que compte la population mondiale, 55,3% vivent en milieu urbain et ce taux ira en augmentation, selon les projections de la Banque mondiale qui prévoit qu’il dépassera les 60% en 2030 et ira presque à 70% en 2050 », souligne Aziz Boucetta, modérateur du webinaire.

« A l’échelle planétaire, les villes couvrent seulement 3% de la surface de la terre mais elles consomment plus de 75% de l’énergie et émettent plus de 80% des émissions de GES. On voit donc bien l’urgence de parfaire toutes les politiques urbaines ».

Cette urgence se décline, selon M. Shahrour, en trois catégories, dont la première est d’ordre environnemental. « Tous les indicateurs du changement climatique sont au rouge. Les émissions de GES durent très longtemps et celles, d’aujourd’hui, vont impacter les populations, dans une centaine d’années. Egalement, les statistiques de l’ONU, sur les catastrophes naturelles, la sécheresse et autres, continuent de se multiplier au fil des années. Si on ne fait pas attention, on ira droit au mur. Les conséquences de tous ces constats sont importants sur la biodiversité, menaçant ainsi notre équilibre. Si on veut agir, il faut le faire et vite, parce que les projets urbains sont des projets à long terme ».

La seconde catégorie est d’ordre démographique. « Il y a une croissance extraordinaire de la population qu’on observe, essentiellement, dans les pays en voie de développement et, plus particulièrement, dans les villes, au point que les services urbains trouvent beaucoup de mal à l’accompagner. Si on n’arrive pas à faire face à cette problématique, on se retrouvera dans des villes où il n’y a pas assez de services et d’organisation ».

« Enfin, il y a la question des ressources, notamment l’eau ». La problématique du stress hydrique commence, déjà, à se faire sentir, un peu partout dans le monde. « Sur l’énergie on a des réserves, mais c’est faible, par rapport à la population et à la nouvelle génération qu’on est en train de préparer ».

Comment peut-on faire face à ces défis ?

Différentes réponses ont été apportées à cette question, durant cet événement dont les principales sont les suivantes:

-L’écoconception, à l’image du projet de Zenata, selon M. Hajhouj. Pour bien mener ce projet, « nous avons adopté l’écoconception, qui est une approche inclusive et systémique de tout l’écosystème qui appartient au projet. On a souvent tendance à penser à l’inclusion, au sens social du terme, mais l’inclusion est un terme général et générique. Quand on conçoit une ville, elle se compose de l’aspect économique, éthique, géologique, social, géotechnique, environnemental et physique… « .

Un constat confirmé par M. Sharhour. « Quand on veut aborder un projet smart city, il faut, d’abord, connaître le territoire à ses différentes échelles, parce qu’on ne peut pas isoler une ville de son environnement. On ne peut pas la traiter comme un milieu fermé. Une solution devrait partir d’un diagnostic », qui pourrait être facilité, de nos jours, par « la technologie dont nous disposons, et notamment les réseaux sociaux ».

Formation et sensibilisation: D’après M. El Hajhouj, « la formation ainsi que le travail sur le tissu associatif de la ville pour sensibiliser les citoyens, sont nécessaires ».

Partage de responsabilité entre le gouvernement et les élus: « L’Etat a, également, un rôle à jouer dans ce sens », estime Mme Akhmouch qui souligne qu' »il nous faut une politique nationale urbaine » qui est loin d’être « une politique d’aménagement ». Elle indique également que « les responsabilités doivent être partagées entre le gouvernement et les élus locaux ».

Quid de la ville de demain ?

Les quatre intervenants à ce webinaire se disent confiants, quant à l’avenir, pour des villes de demain inclusives, vertes et environnementales.

D’après Mme Akhmouch, « la ville de demain doit être choisie et non subie. On a constaté cette dernière décennie, surtout là où l’urbanisation a été galopante, qu’on a, de plus en plus, de coûts liés à l’agglomération, au point qu’aujourd’hui, et notamment dans le cadre de la crise sanitaire, beaucoup de citadins se posent la question, s’ils vivent en ville parce qu’ils n’ont pas le choix ou si c’est parce qu’ils estiment y avoir une meilleure qualité de vie et un meilleure bien-être. Pour moi c’est véritablement la ville qui permet de passer de cette dynamique de ville subie à une ville choisie et pour ce faire, elle doit rester connectée à son alentour et assurer le bien-être de ses résidents, notamment, par la partie environnementale ainsi que l’usage efficace de la technologie ».

Pour sa part, M. Sefiani estime que « la ville de demain est une ville qui doit être inclusive qui n’accepte pas les inégalités et les disparités et, dans laquelle, les habitants ont les mêmes droits et obligations, quel que soit leur sexe, âge et le quartier où ils habitent. C’est également une ville durable, parce qu’elle rationalise l’utilisation de ses ressources naturelles, valorise et protège son patrimoine matériel et immatériel et privilégie l’économie locale, solidaire, responsable et circulaire. C’est aussi une ville intelligente, dans la mesure où, ce sont les nouvelles technologies qui sont au service de ses habitants et visiteurs et une ville résiliente, capable de s’adapter, facilement et intelligemment, avec tout changement ».

M. El Hajhouj, quant à lui, définit la ville de demain comme étant une « ville verte et inclusive, qui met au centre de sa préoccupation l’homme, ses besoins et son avenir. Une ville durable dépend des spécificités de chaque pays et continent, puisque les défis urbains, économiques et sociaux diffèrent d’un continent à un autre. En gros, une ville durable de demain est celle qui peut équilibrer entre les trois composantes du développement durable, à savoir le volet social, économique et environnemental, en les mettant dans le contexte géographique ».

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