Tourisme national : le Nord confiant, les autres régions dans l’attentisme

Le niveau de réservations laisse espérer un rebond de la demande nationale qui devrait dépasser celle de l’été dernier. Selon des hôteliers de Tétouan à Agadir, l’amélioration qui sera légère ne pourra se concrétiser que si les autorités assouplissent les mesures restrictives de circulation pour les touristes nationaux.

Tourisme national : le Nord confiant, les autres régions dans l’attentisme

Le 4 mai 2021 à 21h49

Modifié 5 mai 2021 à 12h24

Le niveau de réservations laisse espérer un rebond de la demande nationale qui devrait dépasser celle de l’été dernier. Selon des hôteliers de Tétouan à Agadir, l’amélioration qui sera légère ne pourra se concrétiser que si les autorités assouplissent les mesures restrictives de circulation pour les touristes nationaux.

Si certains opérateurs espèrent toujours une ouverture des frontières aériennes pour recevoir des visiteurs étrangers ainsi que des MRE dans le cadre de l’opération Marhaba, la majorité des hôteliers consultés par Médias24 tablent plutôt sur le marché domestique, en attendant des jours meilleurs.

C’est la raison pour laquelle Médias24 a interrogé des hôteliers de Marrakech, d’Agadir, de Saïdia et de Tétouan sur leur niveau actuel de réservations et leurs objectifs pour les mois de juillet et d’août, sachant que la saison estivale précédente avait été catastrophique pour l’essentiel des destinations.

Des réservations prometteuses à Marrakech annulées à la dernière minute

Visiblement pessimiste sur la prochaine saison estivale, notre premier gérant d’une chaîne hôtelière à Marrakech estime qu’elle ne pourra être sauvée que par l’ouverture des frontières.

Requérant l’anonymat, notre source tient d’abord à préciser que si le niveau de réservation hôtelière sur les sites comme Booking peut sembler prometteur pour la saison estivale dans le secteur hôtelier de Marrakech, seuls 10 à 15% des établissements classés sont encore ouverts par manque de clients.

« En fait, le niveau de réservations peut changer sachant que de nombreux clients qui avaient réservé en janvier ou février ont annulé leur séjour après l’annonce de mesures restrictives de circulation.

« Seuls 10% du marché national ont les moyens de voyager, le reste doit être aidé par l’Etat »

« Malgré la crise, les Marocains ont toujours envie de voyager mais en réalité ils ne sont que 10% du marché domestique (+ de 3 millions en 2019) à pouvoir s’offrir un séjour dans des établissements classés de la ville ocre.

« D’où l’urgence de mettre en place des chèques-vacances qui permettront au plus grand nombre de voyager car le segment domestique qui n’a pas été touché par la crise est vraiment insignifiant.

« Sachant qu’ils ont été nombreux à perdre leur emploi et pointer à la CNSS pour survivre, l’Etat doit absolument leur allouer ces chèques-vacances qui permettront au plus grand nombre de voyager.

« Entre marché informel et arrêt des arrivées étrangères, il n’y aura pas de relance en été »

 « En fait, si le segment aisé du marché national devrait enregistrer une hausse sensible des arrivées, cela sera cependant loin de suffire pour combler le vide laissé par les marchés émetteurs étrangers.

« Dans ce contexte, il n’y a pas lieu d’être optimiste car même ceux qui voyageront iront soit loger chez leur famille soit louer des clés dans le secteur informel avec qui les hôtels ne peuvent rivaliser.

« Si les autorités assouplissent les mesures de circulation qui avaient plombé la saison dernière, les hôteliers encore ouverts s’en sortiront un peu mieux mais il n’y aura pas de vraie relance nationale.

« Sans ouverture des frontières, la saison estivale sera compromise »

« Pour Marrakech, la véritable urgence est de rouvrir les frontières avec un test PCR à l’arrivée et au départ car si on attend la fin de la campagne de vaccination, le blocage durera encore au moins 5 ans.

« Sachant que nous ne pouvons pas attendre aussi longtemps, il faut s’inspirer de grandes destinations (France, Espagne, Grèce, Malte, Portugal …) qui ont imposé des tests PCR aux voyageurs afin de ne pas rater la saison estivale », conclut notre source en ajoutant qu’une augmentation importante des arrivées du marché national ne changera pas grand-chose à l’activité de Marrakech.

La crise pousse les clients à marchander le prix des nuitées à Agadir

Du côté d’Agadir, un grand hôtelier se veut tout aussi pessimiste en nous déclarant qu’une grande partie des établissements de la ville ont décidé de rester fermés pour la prochaine saison estivale.

« Si la campagne publicitaire de l’ONMT donnera peut-être envie à certains Marocains de passer un séjour dans notre ville, les professionnels ressentent de plus en plus les effets de la crise économique

« Aujourd’hui, les clients qui appellent pour réserver se mettent systématiquement à marchander le prix des nuitées et essayent tous d’obtenir des prestations gratuites comme une pension complète.

Un niveau d’activité qui ne changera pas beaucoup de celui de 2020

« On peut même parler de chantage où certains essayent de profiter de la situation désespérée des hôteliers qui ont beaucoup de mal à remplir leur établissement pour grappiller un maximum.

« Entre la baisse du pouvoir d’achat de nombreux cadres moyens qui constituaient l’essentiel de notre clientèle nationale et le manque de visibilité sur l’assouplissement des mesures de circulation, sans cesse reportées par les autorités, l’été ne s’annonce ni mieux ni moins bien que celui de 2020», conclut notre hôtelier qui ne voit aussi le salut d’Agadir qu’à travers la réouverture des frontières.

« Pour l’instant, la station balnéaire de Saïdia n’a enregistré aucune réservation estivale »

Interrogé à son tour sur le niveau de réservations de la station balnéaire de Saïdia pour les mois de juillet et août, le président du CRT de l’Oriental, Youssef Zaki ne peut s’empêcher de rire jaune.

« Aujourd’hui, nous ne pouvons travailler que sur l’existant à savoir compter sur le marché national en attendant des jours meilleurs liés à l’amélioration de la situation sanitaire locale et internationale.

« Le flou entretenu par les autorités empêche le secteur de se projeter »

« Notre problème est que personne ne peut nous donner de visibilité ou de vision claire sur l’avenir.

« La seule bonne nouvelle a été l’annonce encourageante relative à la réouverture des cafés et des restaurants jusqu’à 11 heures du soir mais pour l’instant, il n’y a pas encore de confirmation officielle.

« Tant que le flou sur les intentions de l’Etat persistera, les prescripteurs étrangers ne pourront pas programmer le Maroc et nous devrons travailler uniquement sur l’existant à savoir le marché national.

« La campagne de l’ONMT va certainement nous aider mais elle devra être accompagnée d’une promotion au niveau des CRT de la région avec des campagnes sur les réseaux sociaux et à la télévision.

« Le seul joker de l’Oriental est de maintenir l’opération Marhaba »

« Pour sauver la saison estivale de notre région, la seule véritable solution consistera à permettre aux MRE de passer leurs vacances au pays en maintenant l’opération Marhaba.

« En effet, quand on sait que la grande majorité des clients des hôtels classés et des restaurant sont des MRE, on se rend compte qu’ils constituent l’épine dorsale de toute l’économie de l’Oriental et que sans eux, la saison estivale sera sérieusement compromise.

« Ainsi, en l’absence d’étrangers et de MRE, seuls les grands hôtels (4 ou 5 étoiles) pourront remplir leur établissement mais cela sera insuffisant au regard des nombreux petits hôtels de la région.

L’Oriental attend toujours des annonces officielles qui ne viennent pas

« Si de nombreux pays européens, beaucoup plus impactés que le Maroc ont d’ores et déjà constitué un programme précis de relance (tests PCR pour les étrangers, assouplissement de la circulation …), au Maroc c’est tout le contraire.

« Il n’y a aucune planification officielle alors que l’été va commencer dans quelques semaines », conclut Zaki qui déplore le manque d’empressement des autorités à faire des annonces pour sauver la saison estivale.

Sur l’axe Tétouan-Fnideq, la saison estivale qui s’annonce bien meilleure

Interrogé en dernier, le directeur commercial de l’hôtel de luxe Banyan Tree, Nabil Lakhouil, est bien plus optimiste que ses confrères même s’il n’a pas pu nous fournir les chiffres de réservation pour les mois de juillet et août.

« Il faudra attendre la fin du ramadan pour être fixé sur les mesures qui seront prises par le gouvernement mais je pense que notre niveau d’activité sera au moins aussi bon que l’été dernier.

« Au regard de l’amélioration de la situation sanitaire du Maroc, il est probable que les autorités prendront des mesures d’assouplissement qui permettront aux hôtels de la région de mieux travailler.

« En fait, si pour l’instant il n’y a pas encore de visibilité, notre destination est privilégiée par rapport à d’autres villes comme Marrakech ou Agadir qui devraient plus souffrir que la région de Tétouan.

« Si l’ouverture des cafés et des restaurants jusqu’à 23 heures se confirme, il devrait y avoir d’autres annonces positives qui nous permettront de réaliser une meilleure saison estivale que celle de 2020, conclut Lakhouil en ajoutant que son hôtel n’aura pas besoin de promotions pour faire revenir sa clientèle qui est désormais fidèle

Au final, si la côte Tétouan-Fnideq devrait constituer une exception dans le secteur touristique, il y a cependant lieu de préciser que la capacité litière de cet axe est très limitée (400 lits) et que les tarifs hôteliers pratiqués sont réservés à une clientèle très aisée qui avaient l’habitude voyager à l’étranger…

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