Crédits bancaires: voici pourquoi les taux ont augmenté en 2021

La dernière enquête sur les taux débiteurs réalisée par Bank Al Maghrib montre une nette augmentation des taux des crédits bancaires sur le premier trimestre 2021. Une hausse qui a commencé dès le dernier trimestre 2020, malgré la baisse historique du taux directeur concédée par la banque centrale pour alléger le coût de financement de l’économie et juguler les effets de la crise. Explications.

Crédits bancaires: voici pourquoi les taux ont augmenté en 2021

Le 10 mai 2021 à 18h42

Modifié 11 mai 2021 à 10h19

La dernière enquête sur les taux débiteurs réalisée par Bank Al Maghrib montre une nette augmentation des taux des crédits bancaires sur le premier trimestre 2021. Une hausse qui a commencé dès le dernier trimestre 2020, malgré la baisse historique du taux directeur concédée par la banque centrale pour alléger le coût de financement de l’économie et juguler les effets de la crise. Explications.

Après avoir atteint un plus bas de 4,34% au troisième trimestre 2020, les taux débiteurs ont repris le chemin de la hausse dès fin 2020, passant à 4,42%. Une tendance qui se poursuit en 2021, Bank Al Maghrib ayant noté une augmentation des taux des crédits bancaires à 4,45% sur les trois premiers mois de l’année.

Cette tendance haussière des taux débiteurs concerne, selon l’enquête de Bank Al Maghrib deux principales catégories :

-Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie dont les taux sont passés de 3,99% au troisième trimestre 2020 à 4,10% à fin mars 2021.

– Les crédits à l’équipement dont les taux sont passés de 4,21% à fin 2020 à 4,28% sur les trois premiers mois de 2021.

-Les crédits aux particuliers qui sont remontés en ce début 2021 à 5,19% après avoir cassé à la baisse la barre des 5% au dernier trimestre 2020 (4,98%).

-Les crédits aux TPME, dont les taux sont passés de 4,46% pendant les trois mois de confinement à 4,89% actuellement, s’approchant de la barre des 5%, leur niveau d’avant pandémie.

Cette tendance haussière épargne toutefois les grandes entreprises, qui ont levé des crédits à une moyenne de 3,89% début 2021 contre 4,13% un trimestre auparavant et 4,46% par rapport à la même période de l’année dernière. Mais aussi les crédits immobiliers qui restent sur une tendance baissière depuis début 2020, avec des taux qui sont passés de 5,22% au premier trimestre 2020 à 4,74% début 2021.

Les banques vont-elles à contre-courant de la politique de Bank Al Maghrib ?

Mais globalement, comme le fait ressortit l’enquête de Bank Al Maghrib, la tendance des taux débiteurs est à la hausse en ce début d’année. Ce qui va, à première vue, à contre-courant de la politique monétaire de la Banque centrale, qui a tout fait pour alléger le coût de financement de l’économie, en baissant notamment son taux directeur à 1,5%, un niveau jamais connu auparavant au Maroc.

Comment s’explique donc cette tendance haussière des taux des crédits ? Les banques ne jouent-elles plus le jeu de Bank Al Maghrib ? Que se passe-t-il exactement ?

La première chose à signaler, c’est qu’au moment des baisses du taux directeur annoncées par Bank Al Maghrib, l’effet sur les taux débiteurs s’est immédiatement vu. Démarrant l’année avec un taux global de 4,89%, les taux des crédits bancaires ont d’abord baissé à 4,55% suite à la première baisse du taux directeur de BAM (de 2,25 à 2%). Tendance qui s’est poursuivie avec la deuxième baisse à 1,5% décidée par la banque centrale trois mois plus tard, faisant passer les taux débiteurs à 4,34%.

Mais dès le dernier trimestre de l’année, retournement de situation : les taux passent à 4,42% puis à 4,45% en 2021, reprenant le chemin de la hausse et effaçant petit à petit les effets de la politique de Bank Al Maghrib.

Un remake de la situation de 2014, où BAM avait fait passer son taux directeur de 3% à 2,5%, en deux fois successives, sans le moindre impact sur les taux débiteurs, posant l’épineuse question de la transmission réelle des décisions de la politique monétaire.

Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al Maghrib, avait alors déclaré à la presse qu’il avait haussé le ton contre les banques, signalant cette aberration qui consiste à ne pas répercuter les baisses du taux directeur sur les taux débiteurs, face à un empressement à réduire systématiquement, et de manière amplifiée, le taux de rémunération de l’épargne…

Pour éviter ce scénario, Abdellatif Jouahri a tenu à souligner en 2020, dans ses conférences de presse de fin mars et fin juin, qu’il veillera cette fois-ci personnellement à ce que les banques transmettent de manière fidèle les baisses du taux directeur. Et qu’il ne s’empêcherait pas de pénaliser les banques qui ne respecteront pas le deal, en ces temps de crise.

L’objectif ultime n’étant pas simplement de baisser les taux pour les baisser, mais de créer un cercle vertueux dans l’économie, en allégeant le coût de financement des entreprises et des consommateurs, encourager l’offre et la demande, et juguler in fine les effets de la crise.

Un objectif qu’il a visiblement réussi à tenir de mars à septembre, avant que la loi du marché ne prenne le dessus… Une loi que des banquiers consultés par Médias24 défendent, arguments à l’appui.

Les raisons de la hausse des taux, selon les banquiers

Pour un haut responsable d’une banque de la place, les choses sont beaucoup plus complexes qu’on ne le croit de prime abord. Et l’analyse de l’évolution des taux depuis le déclenchement de la crise ne peut se faire par le seul biais de l’évolution du taux directeur.

Plusieurs effets jouent, selon lui, dans cette évolution à la hausse des taux débiteurs.

Premier élément: l’effet des crédits Oxygène et Relance. « En 2020, ces crédits garantis par l’Etat et libellés à un taux fixe et très bas (3,5%) ont agi sur la moyenne des taux débiteurs qui ressortait justement en baisse dans les enquêtes de BAM, notamment entre mars et octobre 2020.  Aujourd’hui, il n’y a plus de Crédit Oxygène. Et la distribution des crédits Relance s’est essoufflée. Le plus gros de la distribution de Relance s’est fait en 2020, avec un volume qui a approché les 60 milliards de dirhams. Donc forcément, les taux au premier trimestre 2021 vont mécaniquement s’afficher en hausse », explique-t-il.

Autre effet cité par notre banquier : la hausse du coût du risque et de la sinistralité.

« Le volume des créances impayées a augmenté de plus de 14% en 2020. Et toutes les banques en ont souffert. Et l’on pense que cette augmentation du coût du risque va se poursuivre en 2021, ce qui pousse les banques à revoir à la hausse la prime de risque appliquée à la clientèle. Malheureusement, malgré les bonnes perspectives de croissance sur l’année, dues essentiellement à la bonne campagne agricole, l’économie navigue toujours dans le flou, avec l’évolution de la pandémie et les retards dans la campagne de vaccination », ajoute-t-il.

Une autre source bancaire consultée par Médias24 confirme les mêmes éléments qui ont poussé les taux à la hausse, ajoutant que le taux directeur n’a qu’un effet mineur sur la formation des taux débiteurs pratiqués par les banques.

« Si l’on veut être sincère, les décisions de politique monétaire jouent plus sur la psychologie des acteurs que sur la réalité du coût de financement de l’économie. Ce sont des messages d’apaisement, de sérénité, de volonté d’aller de l’avant… Mais la réalité est autre, puisque le taux d’un crédit est composé de plusieurs variables. Il y a le coût du financement, la prime de risque et la marge bancaire. Et dans le coût de financement, le taux directeur joue un rôle mineur, puisque les refinancements auprès de Bank Al Maghrib représentent moins de 10% de l’ensemble des ressources des banques, qui sont pour l’essentiel constituées des dépôts de la clientèle, des dettes levées sur le marché des capitaux et des fonds injectés par les actionnaires. Une baisse du taux directeur n’impacte que faiblement donc le coût de financement des banques », explique-t-il.

Notre source évoque également l’élément « risque » qui a été décisif dans cette tendance haussière de 2021.

« L’année 2020 a connu un grand taux de sinistralité. Et l’on prévoit encore de la casse en 2021. Les banques ont le devoir d’augmenter leurs primes de risques pour se couvrir, car il y va de leur pérennité et de la stabilité du système financier. Et cette prime varie selon le profil du client. On n’applique pas la même prime de risque à OCP qu’à une TPE… D’où la différence que l’on voit entre la tendance des taux appliqués aux grandes entreprises et les autres catégories de clientèle », poursuit notre source.

Et pour étayer davantage son analyse, notre banquier évoque également l’effet « marge bancaire », qui pour lui n’est pas un élément à négliger.

« Une banque doit gagner de l’argent, car il y va également de sa pérennité. C’est cette marge qui lui permet de fonctionner, de couvrir ses charges, de rémunérer ses déposants, ses actionnaires. Les banques sont là pour être pérennes… Nous sommes toujours en crise. Les risques augmentent, il y a encore un manque de visibilité dans beaucoup de secteurs. Et les banques dans tout cela doivent rester debout, et se montrer résilientes pour continuer de jouer leur rôle », précise-t-il.

Mais cette hausse de 2021 ne doit pas cacher, selon nos sources, les véritables effets de la baisse du taux directeur et « les efforts consentis par les banques au détriment de leur rentabilité ». Car s’il y a bien une tendance haussière sur les taux ces derniers mois, le niveau des taux débiteurs reste en deçà de son niveau d’avant crise. Ce qui montre, selon eux, que les objectifs de la politique monétaire ont été largement atteints.

Selon nos sources, la baisse du taux directeur a évité au pays la catastrophe. Une manière selon eux de nier les accusations de « non-transmission des décisions de BAM sur l’économie réelle ».

« En temps de crise, la logique voudrait que les taux augmentent, car les risques s’accentuent. La baisse du taux directeur a donc empêché la réalisation de ce scénario catastrophe et a permis un relâchement des conditions de financement. Elle a aussi permis de monter les produits Oxygène et Relance avec un taux très bas, puisque ces deux crédits sont indexés directement sur le taux directeur. Ce qui a contribué à sauvegarder au maximum les capacités de trésorerie des entreprises, petites, moyennes et grandes et leur donner les moyens de se préparer à la relance. L’objectif final de Bank Al Maghrib a été atteint, puisque ces décisions ont permis de juguler les effets de la crise et ont permis aux banques d’éviter de se voir dans l’obligation d’augmenter leur taux comme le voudrait en principe logique du marché », affirme une de nos sources.

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