Une série d'animation marocaine, en Darija et en 3D sur 2M, une première au Maroc
Le Maroc fait produire sa première série de dessins animés en Darija et en 3D, 100% marocaine. Prévue pour 2022, elle sera produite par la chaîne nationale 2M, pour 2 millions de DH. Les détails.
"Nous savions qu’il y a du potentiel dans le domaine de l’animation 2D et 3D au Maroc. Il fallait amorcer la pompe, avec la commande publique", nous confie Salim Cheikh, DG de Soread 2M, joint par nos soins.
"L’année dernière, la SNRT et 2M ont intégré les séries d’animation dans leurs appels d’offres". Avant cela, il y avait eu une prise de conscience quant au potentiel de cette industrie. "Pour 2M, il s’agissait de séries, avec 20 épisodes de 3 à 5 minutes chacun, à 100.000 DH par épisode".
Trois studios de production ont été retenus à l’issue des marchés lancés par 2M. Il s’agit selon M. Cheikh de "Lorem, Artcoustic et Neverseen".
La première série est prévue pour 2022, et sera réalisée par le studio Lorem. Elle "s'adresse aux enfants, mais plus tard, il y aura des productions destinées à un public plus âgé", souligne notre interlocuteur.
"Jusqu’à présent, ce genre de programme était importé à 100%. Le Maroc pourra devenir exportateur dans ce domaine, ainsi qu'une base de sous-traitance" par la suite, ajoute-t-il, notant que "ce genre de programme pourrait être exporté plus facilement que la fiction classique".
Une première au Maroc !
Pour connaître les coulisses de l'attribution du marché à Lorem, Médias 24 a contacté son CEO, Anas El Filali.
"C’est la première fois au Maroc qu’une chaîne nationale produit un dessin animé en Darija et en 3D", nous explique-t-il, notant que "le Royaume est très en retard par rapport aux pays européens" dans ce domaine,.
"Dans les pays arabes, seule la Tunisie a pu produire une série de dessins animés de bout en bout jusqu'à présent".
"En contact permanent avec la direction de 2M, on lui a toujours demandé pourquoi le Maroc ne produit pas ses propres dessins animés. Dans ce domaine, les studios de production marocains travaillent pour les Européens. Au Maroc, ils sont davantage sur la publicité".
"Du jour au lendemain, il y a eu une prise de conscience. 2M a ainsi lancé un appel d’offres, auquel nous avons soumissionné. La chaîne a demandé une série d’animation de 80 minutes en 3D. Nous avons fait une offre intéressante. Notre studio assurera donc le scénario et la technicité, puisque nous n’avons rien à envier aux pays européens en matière de qualité".
Exporter la production locale à l'étranger
D'après notre source, le budget proposé par la chaîne nationale, de 2 millions de DH, ne permettra pas à son studio de couvrir toutes ses charges, mais l'objectif de ce marché est de faire émerger l'industrie du 3D au Maroc, pour ensuite exporter les productions locales à l'étranger.
"2M a un budget maximum qu’elle ne peut pas dépasser. On a donc dû faire baisser le nôtre, qui était quasiment le double. Pour ce faire, nous avons joué sur deux choses. Nous avons fait en sorte d’utiliser moins d’éléments et de personnages, et nous avons construit un monde futuriste, grâce à la 3D. Notre boîte va toutefois supporter une partie du coût de production, mais notre objectif est de faire émerger cette industrie 3D au Maroc, et de roder notre machine à de grandes productions, dans l’espoir d’avoir un marché national plus important dans le futur".
"Les Européens viennent chez nous pour deux raisons principales : le temps et la qualité, puisqu’on dispose des mêmes technicités que l’Europe. Pour ce qui est du temps, la durée de production des Européens est de plus en plus réduite, puisqu’ils ont des engagements avec différentes chaînes, et Netflix notamment".
Les prix proposés au Maroc sont également plus intéressants selon notre interlocuteur, mais ce critère ne semble pas être le plus important. En effet, "une personne qui fait de la 3D au Maroc dispose de la même qualité qu’un Européen, mais avec un salaire moyen qui est légèrement inférieur. D'autres pays, tels que la Thaïlande, proposent des prix moins élevés, mais le Royaume reste 'the best value’: un bon prix, avec une bonne qualité".
"Certes, le travail avec les étrangers nous fait gagner sur l’export, en termes de paiement de taxes, ainsi qu’en matière d’expertise, mais notre vocation n’est pas de faire la petite main pour les Européens".
"Nous avons les compétences pour faire notre propre production, au lieu de la modélisation pour les étrangers. Notre objectif c’est d'exporter les réalisations locales à l’international à terme. Ainsi, si cette série plaît aux Marocains, et que les Saoudiens ou Congolais par exemple veulent l'avoir, on va la traduire dans leurs langues. C’est bien une série marocaine, mais qui s’adapte très bien à tous les éléments culturels internationaux".
20 épisodes de 4 minutes chacun
D'après M. El Filali, "c’est un dessin animé familial, qui s’adresse à une large cible, allant de 5 à 77 ans".
"La série compte 20 épisodes de 4 minutes chacun. Elle devrait être disponible en 2022, et on l’espère, avant le prochain Ramadan".
Quant à son histoire, "elle parle globalement du Maroc dans un monde futuriste, et du Maroc d'aujourd'hui qui vont se rencontrer".
"Derrière le scénario, il y a un ensemble de messages très importants. On fait rêver l’enfant marocain. On assoit les valeurs du pays, notamment la solidarité et la famille, mais on donne aux enfants de nouveaux éléments pour développer le pays de demain", conclut notre interlocuteur.
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