Bientôt une ordonnance sécurisée pour la vente des psychotropes en pharmacie
La délivrance des psychotropes au Maroc nécessitera bientôt une ordonnance sécurisée, le but étant de mettre fin au trafic illicite de ces produits et de protéger les pharmaciens des multiples agressions dont ils sont victimes. Une circulaire est en préparation dans ce sens. Elle a été transférée à l’ordre des médecins et à celui des pharmaciens pour avis. Les détails.
Ce projet est élaboré par le ministère de la Santé, en collaboration avec le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP), le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) et les associations de psychiatres. La publication de cette circulaire est imminente.
Protéger les pharmaciens contre les agressions
« Depuis un certain nombre d’années, la dispensation des médicaments psychotropes, en l’occurrence les médicaments destinés à certaines maladies liées à la psychiatrie, font l’objet de dérives, en raison de falsifications d’ordonnances, émanant du secteur public ainsi que du secteur privé », nous confie Dr Hamza Guedira, président du CNOP, joint par nos soins.
« Les personnes qui utilisent ces médicaments à des fins non thérapeutiques deviennent dangereuses pour l’ordre public. On a vu plusieurs agressions sur la voie publique, et au sein de nombreuses pharmacies», notamment à Casablanca, Sidi Kacem, Dar Bouazza, Beni Mellal et dans la région de Doukkala.
« Nous avons ainsi demandé au ministère de tutelle d’examiner le problème de près. Nous lui avons fait la proposition, en tant que Conseil national, ainsi qu’à l’Association nationale des psychiatres, et au Conseil de l’ordre des médecins, d’instaurer l’ordonnance nationale sécurisée ».
Pour ce faire, « nous avons réalisé un benchmark des systèmes en vigueur dans différents pays. Nous avons ensuite proposé le système mis en place en Tunisie, où l’ordonnance sécurisée est déjà instaurée depuis quelque temps».
En effet, la délivrance de psychotropes en Tunisie, notamment le Trihexyphénidyle, Clonazépam et Diazépam, se fait sur ordonnance sécurisée, pour faire face à l’usage abusif de ces médicaments, et lutter contre l’émergence de tout trafic illicite. Cette ordonnance comprend le nom de l’établissement hospitalier ou du médecin, l’identité du malade, et la durée du traitement.
Assurer la continuité des traitements pour les vrais malades
Contactée par Médias 24, Dr Souad Moutaouakil, présidente du conseil régional de l'ordre des pharmaciens du sud, nous fait savoir «qu'il s’agit d'une revendication des pharmaciens au ministère de la Santé, qui remonte à environ cinq ans ». Les principaux objectifs de ce document sont les suivants:
- Sécuriser le circuit des psychotropes ;
- Combattre les ordonnance falsifiées ;
- Répondre aux lacunes que nous impose le Dahir 1922, portant règlement sur l'importation, le commerce, la détention et l'usage des substances vénéneuses, qui est très dépassé par rapport à l’exercice actuel ;
- Soulager les pharmaciens dans leur exercice, par rapport au problème d’authentification des ordonnances, auquel nous sommes régulièrement confrontés ;
- Assurer la bonne traçabilité du médicament, depuis le fabricant jusqu’au grossiste puis au malade ;
- Rationaliser l’usage de ces médicaments ;
- Protéger les pharmaciens et les médecins dans leur exercice.
« Il est également important de continuer à dispenser ces médicaments aux vrais malades. La maladie mentale pose un vrai problème dans notre pays. Il faut arrêter de la stigmatiser ainsi que les médicaments destinés aux patients qui en souffrent ».
Un document identifiant et le prescripteur et le patient
Toujours d'après Dr Moutaouakil, « cette ordonnance sera prescrite par un médecin, selon la loi relative à l’exercice de la médecine ainsi que la loi 17-04 portant code du médicament et de la pharmacie. Elle viendra donc soulager les praticiens pour qu’ils puissent continuer à servir les malades en toute sécurité ».
« Elle répondra à certains paramètres, qui permettront d’identifier aussi bien le prescripteur que le malade».
D’après un membre du CNOM, « cette ordonnance ne peut être délivrée que par un médecin spécialiste : un réanimateur ou un psychiatre. Elle devra contenir, entre autres, le nom du malade, la durée du traitement, le nombre de doses, ainsi que les coordonnées du médecin traitant ».
Cette même source nous confie que ce document vient, entre autres, préparer le chemin à l'usage légal du cannabis, qui devrait être en vente libre.
La circulaire bientôt appliquée
Les discussions à ce sujet ont été freinées par la pandémie. « On avait discuté du sujet à plusieurs reprises, mais la mise en place de cette ordonnance a demandé du temps, dans la mesure où lorsqu’on a voulu accélérer les choses, il y a eu l'apparition du Covid-19. L'attention du ministère de la Santé s'est donc tournée vers la gestion de cette pandémie », souligne Dr. Guedira.
Les discussions ont repris récemment. « Aujourd’hui tout le monde est conscient de la gravité de la situation. Certains pharmaciens commencent même à refuser la dispensation de ces médicaments, ce qui n’est pas normal. Les pharmaciens doivent répondre aux besoins des malades qui consomment ces médicaments. Mais d’un autre côté, ils se sentent en danger. Je pense que c’est très sage de la part du ministère de tutelle d’aller vers l’instauration de cette ordonnance sécurisée », ajoute-t-il.
Le président du CNOP, ainsi que l’Ordre des médecins, ont récemment reçu un projet de circulaire élaboré par le ministère de la Santé pour avis. Dr. Guedira estime que « les choses vont aller très vite », et que la mise en place de cette procédure est prévue pour bientôt.
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