La lecture du nouveau modèle de développement par Mohamed Tozy

Médias24 s’est longuement entretenu avec Mohamed Tozy, politologue et membre de la CSMD, au sujet du rapport sur le nouveau modèle de développement présenté au Roi. Voici sa lecture.

La lecture du nouveau modèle de développement par Mohamed Tozy

Le 2 juin 2021 à 15h22

Modifié 2 juin 2021 à 17h39

Médias24 s’est longuement entretenu avec Mohamed Tozy, politologue et membre de la CSMD, au sujet du rapport sur le nouveau modèle de développement présenté au Roi. Voici sa lecture.

Médias24 : Sur les 35 membres de la Commission, y a-t-il eu unanimité sur le rendu final du rapport de 170 pages sur le nouveau modèle de développement ?

Mohamed Tozy : Une fois le rapport achevé, il a été validé en séance plénière et agréé par l’ensemble des membres de la commission qui sont par conséquent tous responsables de son contenu.

Cela ne veut pas dire pour autant que nous sommes d’accord sur tous les points abordés.

Après 18 mois de discussions et d’écoute avec toutes les composantes de la société marocaine, de débats scientifiques avec des experts et de débats internes, on est arrivés à un compromis optimal et à une façon de dire les choses sans concessions, à indiquer des chemins de rupture, tout en veillant à leur recevabilité par l’ensemble des parties prenantes.

La responsabilité de chacun des acteurs politiques et de la société civile est importante car c’est à eux de tirer les fils de certaines suggestions clivantes qui peuvent aboutir à des ruptures avec les archaïsmes qui doivent être mises en débat.

En fait, le plus important à retenir de ce rapport est qu’il s’agit d’un travail collectif assumé par tous.

-Donc pas de véritable désaccord voir de clash ?

-Evidemment que si mais nous sommes parvenus à délibérer et à nous entendre sur des compromis sans qu’il y ait pour autant un vote systématique pour nous départager.

Le rapport final engage tous les membres de la commission qui assument totalement son contenu, même s’il ne reflète pas le point de vue personnel de chaque membre mais clairement celui de notre groupe.

Au sein de la commission, nous étions d’abord des citoyens marocains bénévoles au service du Maroc, nos expertises respectives étaient tenues en retrait et ne sont mobilisées qu’au service du projet commun.

C’est donc un travail collectif résultant de la mise en œuvre d’une intelligence collective qui va au-delà des membres et qui englobe plusieurs cercles:

Un staff composé d’une cinquantaine de jeunes marocains brillantissimes qui ont mis leurs compétences au service de la CSMD 24h/24h, de centaines d’experts nationaux, cadres d’entreprises publiques et privés, hauts cadres de la fonction publique, enseignants-chercheurs, militants associatifs et simples citoyens depuis le paysan du Rif ou du haut Atlas, au lycéen ou étudiant.

Tous ont contribué oralement ou par écrit par le biais de notes, rapports ou simples interpellations à des membres de la commission.

-Un exemple de points avec lesquels vous n’étiez pas d’accord avant d’arriver à un compromis ?

-D’un point de vue éthique, je ne peux pas répondre même si les débats au sein de la commission n’étaient pas secrets.

Dans le cas d’espèce, les égos se sont effacés, avec une éthique de responsabilité qui l’emporte et non une éthique de conviction.

Le parcours de chacun des membres est connu, mais au sein de la commission, on était d’abord des citoyens marocains bénévoles au service du Maroc, nos expertises respectives étaient tenues en retrait et ne sont mobilisées qu’au service du projet commun.

Dévoiler les noms de ceux qui étaient en accord ou en désaccord avec telle ou telle proposition, est par conséquent tout aussi inutile que malsain.

-Quid des profils de la commission ?

-Contrairement à une idée reçue, les profils retenus n’étaient pas constitutifs d’une commission d’experts.

-Un peu quand même avec de nombreuses spécialités retenues ?

-Non car si le Roi avait voulu qu’il en soit ainsi, on aurait fait appel à un cabinet de consultation national ou international. En réalité, c’étaient de simples citoyens.

La représentativité renvoyait à des variables sociologiques classiques: âge (toutes les générations étaient représentées), genre (un tiers de femmes), résidence (Marocains du monde, régions du Maroc) et activités socio professionnelles (grands commis de l’Etat, enseignants, médecins, artistes, entrepreneurs privés, acteurs politiques et de la société civile…).

-C‘est-à-dire ?

-Quand on dit citoyen, cela veut dire que chacun porte ses propres convictions et son point de vue citoyen.

En second lieu, même si certains membres sont des experts reconnus, ils ne pouvaient pas faire preuve de compétences dans tous les domaines qui ont été abordés par la commission.

Il faudra encore attendre, personne ne sait ce que l’État et la société marocaine vont en faire

Même si les membres ont pu mettre leur expertise au service des groupes, le critère principal restait la citoyenneté porteuse de convictions personnelles sur le Maroc d’aujourd’hui et de demain.

Une démarche qui a d’ailleurs permis d’atténuer le côté élitiste d’autant plus que certains de nos membres étaient très jeunes et démarraient à peine dans la vie professionnelle

-Alors quel a été l’apport du citoyen Tozy ?

-Là-encore, je ne peux pas répondre car le citoyen que je suis s’est juste mis au service de la commission.

En fait, au sein de la commission, c’est l’éthique de responsabilité qui a prévalu sur celle de conviction parce que la demande était importante et le moment historique qui impliquait une grande responsabilité.

Pour rester objectif, il a donc fallu se défaire de son égo.

-Pourquoi ce rapport pourrait-il être qualifié d’historique ?

-Parce qu’il s’inscrit dans une longue trajectoire de l’État marocain qui remonte à plusieurs siècles.

Sur plusieurs époques, le Maroc s’est souvent remis en cause, en essayant d’entreprendre des réformes et en initiant des réflexions profondes pour savoir où il voulait aller, qui étaient ses alliés et ses adversaires.

Il peut effectivement être qualifié d’historique comme l’était le rapport sur l’intégration de la femme au développement, celui du RDH50 (50 ans de développement humain, perspectives 2025) ou encore le rapport de l’IER (Instance Equité et Réconciliation) pour ne parler que de la dernière décennie.

Historique aussi par sa méthode participative et par les moyens mobilisés, les ambitions fixées et l’énorme interaction, avec les acteurs politiques et de la société civile qui a abouti à plusieurs séquences de délibérations, de discussions et de débats ouverts.

C’est dans ce sens qu’il est historique et non par les résultats attendus qu’on ne peut pas prédire car il faudra encore attendre, sachant que personne ne sait ce que l’État et la société marocaine vont en faire.

Sachant que dans la vie d’un État, il y a des moments de profonde remise en question et que les sociétés évoluées ne règlent pas leurs différends par la violence mais par la délibération, c’est par conséquent une façon civilisée de poser les blocages auxquels est confrontée notre société et les principaux problèmes qui entravent son développement.

-Certains intellectuels jugent qu’il s’agit d’un énième rapport qui ne sera encore une fois pas suivi de réel changement à l’image du rapport du cinquantenaire de l’indépendance du Maroc…

-Ayant aussi participé à sa rédaction, le rapport du cinquantenaire comme celui très important de l’IER étaient advenus dans un contexte différent, à savoir l’inventaire des 50 ans qui ont suivi l’indépendance.

La méthodologie du RDH50 est différente même s’il a abouti à des scénarios très judicieux, même s’il a aussi pointé nos faiblesses et les opportunités qui s’offrent à nous.

On a oublié que la cause du développement et sa finalité, c’est l’homme marocain et la femme marocaine.

Le RDH50 n’a pas procédé d’une lettre de mission explicite et n’a pas débouché sur une offre de réforme déclinée en pacte pour le développement qui devrait engager l’ensemble des acteurs politiques et sociaux.

On peut regretter aussi que l’offre du RDH50 n’ait pas été relayée par la classe politique immédiatement.

-Avec des conclusions similaires à celles de votre commission qui sont restées lettre morte

-Il y avait, en effet, les mêmes objectifs de croissance mais depuis la célébration du cinquantenaire en 2006, le Maroc a quand même été en mesure de réaliser certains de ses objectifs qui ont concerné plutôt les infrastructures.

-Oui mais la plupart des objectifs prévus pour 2025 n’ont pas été réalisés ?

-Absolument et à ce propos, le rapport de la CSMD a évoqué les raisons de l’échec, on a cru que le développement se mesure au nombre de kilomètres de bitumes, de bâtiments (classes d’école sans instituteurs correctement formés, dispensaires sans médecins ni infirmiers).

On a oublié que la cause du développement et sa finalité, c’est l’homme marocain et la femme marocaine.

-Un autre rapport de la Fondation Bouabid est cité pour dire que celui de la CSMD n’apporte rien de nouveau, l’économiste Najib Akesbi pointe du doigt les mêmes recettes qui ne seront pas appliquées

-Le rapport de notre commission n’apporte pas les mêmes recettes mais il est vrai que le problème commun de tous ces rapports réside dans leur mise en œuvre.

Selon moi, Ssi Akesbi a raison d’affirmer que le diagnostic de tous ces rapports n’apporte rien de nouveau avec les mêmes constats mais nous n’avons jamais prétendu apporter de nouvelles choses.

Ce n’est pas un problème de moyens financiers mais plutôt de gouvernance, de mise en œuvre et de coordination et de clarification des responsabilitésA part le fait que le diagnostic soit partagé avec les concernés comme pour le cannabis à Bab Berred et Chaouen, l’exploitation sauvage du charbon après la fermeture de la mine à Jerada ou de l’agriculture familiale et son importance pour la souveraineté alimentaire à Taliouine, ou encore la question du désert médical à Ouneine

Maintenant au-delà du diagnostic, notre principal constat pointe du doigt les problèmes de mise en œuvre.

Même s’ils sont limités, ce n’est pas un problème de moyens financiers mais plutôt de gouvernance, de mise en œuvre et de coordination et de clarification des responsabilités.

-De rapport en rapport, la concrétisation des objectifs est absente, de quoi dépendra l’avenir du votre ?

-Tout simplement de la capacité de mise en œuvre grâce à une mobilisation du plus grand nombre car ce n’est pas l’unique affaire d’une élite ou d’un groupe politique ni même du Roi Mohammed VI.

C’est l’affaire de tous les Marocains qui devront se mobiliser autour d’un objectif commun.

-De quelle manière et à quel horizon ?

-Cela prendra beaucoup de temps, sachant que le défi préalable consistera à rétablir un minimum de confiance pour que les gens y croient vraiment et veuillent bien sortir de leur zone de confort.

-Cela a l’air mal parti avec l’accueil plutôt glacial de ce nouveau modèle de développement…

-La réception n’est pas si glaciale que ça.

C’est en tous les cas tout à fait normal car les gens ne croient que ce qu’ils voient avec des actes concrets et non de simples promesses sans lendemain auxquelles nous ont habitués jusque-là nos dirigeants politiques.

-Il n’y aura donc aucun effet visible avant 2035 qui constitue l’horizon officiel de ce rapport ?

-Cela dépendra de la mise en œuvre qui pourra cependant démarrer dès le mois de septembre prochain.

-Pas pour les premiers résultats positifs ?

-Le retour de la confiance est primordial, mais nous ne sommes pas des magiciens.

Toutefois, le passé récent nous a montré que certains événements pouvaient transformer rapidement le point de vue de nos concitoyens par rapport à l’État.

Lors de la crise sanitaire, une série de décisions du gouvernement ont, à la surprise générale, permis de rétablir une certaine confiance des Marocains. D’ailleurs, il suffit de voir le taux de personnes volontaires pour se faire vacciner qui se sont avérées bien moins sceptiques que les citoyens des pays développés.

Le respect de la parole donnée et de la loi ainsi que la transparence sont essentiels pour regagner la confiance de nos concitoyens.

Ce changement positif de perception de l’État a concerné le Maroc profond et historiquement sceptique envers le Makhzen, comme par exemple dans certains douars qui ont vu des Mokadem venir chercher les personnes âgées en ambulance et où les gens étaient fiers et rétablis dans leur dignité.

Ce type d’action concrète a permis de faire revenir la confiance mais dans le même temps, d’autres événements peuvent suffire à ruiner tous les efforts comme l’image de 5.000 jeunes qui ont récemment fui le pays par Sebta.

Le respect de la parole donnée et de la loi ainsi que la transparence sont donc essentiels pour regagner la confiance de nos concitoyens.

-Pour cela, dans quel camp est la balle aujourd’hui ?

-De tous les acteurs, aussi bien des politiques que de la société civile.

-Qu’est-ce qui vous laisse penser que les gens vont se mobiliser aujourd’hui plus qu’hier ?

-Parce qu’il y a un horizon clair avec des propositions de chemin qui ne sont pas des injonctions mais une véritable ambition réalisable que l’on propose aux Marocains.

De plus, contrairement au rapport du cinquantenaire de l’indépendance, celui de la commission a proposé un pacte de développement inédit dans notre histoire. Avec des éléments de doctrine, des perspectives et choix stratégiques, des façons de faire et des éléments constitutifs d’une nouvelle culture politique qui promeut le respect de l’Etat de droit et la mise en œuvre effective des règles du jeu et de l’éthique démocratique qui pourront être peaufinés et finalisés, par toutes les parties prenantes et devraient surtout les engager pour l’avenir.

-Il n’y a pas eu beaucoup de réactions des acteurs politiques après la publication du rapport…

-Il faut leur laisser du temps pour s’organiser mais le plus important est qu’ils étaient présents à travers les nombreuses auditions qui ont précédé la conception du rapport final.

A ce stade, il convient donc de parier sur un processus d’appropriation sincère et critique par l’ensemble de nos interlocuteurs car le pacte qui va découler des consultations en cours engagera tout le monde et pas seulement le Roi et la société mais tous les acteurs institutionnels.

-Certains choix de société de votre rapport vont à l’encontre de l’idéologie de certains partis…

– Évidemment mais le débat est ouvert et ils devront se décider ou en tout cas clarifier leurs positions sur plusieurs points.

Notre point de départ est simple: le diagnostic n’est pas idéologique mais il résulte d’un constat simple.

D’un côté, le Maroc vit un décalage flagrant entre les évolutions de la société (évolution du lien familial, du rapport à l’autorité, du statut économique et social de la femme, de l’ouverture de la jeunesse sur le Monde et la tendance à l’individuation…) et de l’autre côté la loi portée par la façon dont nos élites caractérisent ces changements en les considérant sans distinction comme des dysfonctionnements où les symptômes d’une société schizophrène.

Le rapport a choisi de ne pas se prononcer clairement sur les libertés individuelles

Or, toutes les sociétés confrontées à ces situations changent soit par un endoctrinement humain autoritaire et des actions répressives soit changent et font évoluer par le débat et l’ijtihad, le référentiel et les lois qui en découlent.

Le rapport a choisi de ne pas se prononcer clairement sur les libertés individuelles qui sont importantes mais qui risquaient de prendre le pas sur des propositions aussi importantes mais moins clivantes.

Mais, il n’échappe à personne que sur les libertés individuelles, le rapport a posé un diagnostic sans concession.

La Commission a choisi d’inviter tous les acteurs à prendre leurs responsabilités et à ouvrir un débat sincère pour trouver des chemins de sortie et de réforme qui prennent en compte nos spécificités historiques et l’ingéniosité de nos clercs dont la majorité ont entretenu les dynamiques d’un fiqh pragmatique privilégiant les usages qui ont toujours tenu à distance les prétentions hégémoniques d’un hanbalo-wahabisme envahissant.

L’objectif n’était pas de partir d’une conviction idéologique mais d’avoir la lucidité de régler des problèmes de société qui sont bien présents comme l’IVG, l’héritage ou les relations sexuelles hors mariage en poussant les acteurs politiques et religieux, à réfléchir ensemble et en toute responsabilité aux chemins de réforme en mobilisant les ressources du salafisme des lumières, un ijtihad maghrébin et autochtone initié par le Marocain Allal El Fassi ou le Tunisien Ben Achour.

-Ce rapport aura-t-il un impact sur les programmes des partis qui vont entrer en campagne ?

-Tout dépend de la façon dont les partis vont s’approprier les grandes orientations.

Le rapport essaye de proposer un cap et une vision à partager avec un contenu qui propose des idées que chaque partie peut décliner en fonction de ses sensibilités politiques et ses objectifs électoraux en programme pour les cinq prochaines années.

Quand on partage un cap et une durée, on n’est pas obligés de partager le chemin et les moyens pour y arriver.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que plusieurs partis ont déjà élaboré des programmes qui contiennent plusieurs éléments de notre rapport comme la protection sociale, l’éducation, la santé, la souveraineté alimentaire …

Il ne faut pas se méprendre sur l’intelligence de nos concitoyens qui comprennent bien l’urgence de la situation

Le rapport contient des éléments de doctrine qui devraient constituer le socle commun comme celui d’un État de droit fort et d’une société forte qui doivent reposer sur un compromis acceptable entre les citoyens.

Quand on a voulu faire adhérer les 35 membres de la commission et les milliers de personnes auditionnées, nous étions dans ce que les philosophes appellent une recherche de l’équilibre optimal et dans une quête de la bonne mesure qui permet à tous de se retrouver, dans des objectifs partagés par le biais d’un compromis de changement.

-Beaucoup de Marocains ne semblent pas concernés par son contenu jugé trop intellectualisé…

-Avant d’émettre un tel jugement, il convient d’abord de lire ce rapport mais pour mesurer l’intérêt des Marocains, il faudra d’abord attendre la vraie campagne de communication et de débat envisagée.

En effet, il va y avoir un processus de communication qui permettra aux gens de mieux le comprendre, puis de se l’approprier de façon critique à l’image des membres de notre commission qui ont su s’approprier les doléances des nombreux citoyens auditionnés avant la rédaction du rapport.

Toutes les composantes de la société auront un canal de communication spécifique qui invite au débat et non aux applaudissements.

Ceci-dit, il ne faut pas se méprendre sur l’intelligence de nos concitoyens qui comprennent bien l’urgence de la situation car ce rapport esquisse un cap, et donne un cadre doctrinal avec des urgences que tous les Marocains ont exprimé à leur façon.

-Par où passera l’appropriation nationale de ce rapport ? Juste par les médias ?

-Absolument pas, même si le rôle de la presse sera essentiel pour expliquer et diffuser honnêtement et sans concessions les éléments saillants de ce rapport.

Celui-ci comprend plusieurs pistes à peine esquissées ou exprimées de façon retenue qui nécessiteront une lecture entre les lignes et une certaine agilité pour les faire ressortir.

Il y a des bombes sociales et des choses inacceptables qui ne sont plus concevables à notre époque

En fait, il faudra une véritable adhésion délibérée, partant d’une conviction générale basée sur le fait que tout le monde y trouvera son intérêt et que personne n’aura rien à perdre.

Cela passera obligatoirement par une mobilisation nationale sans quoi notre société sera confrontée à de sérieux problèmes.

-Est-ce que que la publication de ce rapport tombe dans une période préélectorale idéale ?

-Certainement car les partis politiques ont là une opportunité pour se saisir des certaines idées en fonction de leur sensibilité politique pour définir leurs priorités, élaborer des programmes et des propositions de politiques publiques chiffrés donnant à voir les modalités organisationnelles et financières de réalisation.

-Encore une fois, pourquoi devrait-on y croire aujourd’hui et pas hier ?

-Tout simplement parce qu’il y a urgence et que nous n’avons plus le choix de tergiverser et de rester dans une zone de confort qui protège certains intérêts particuliers.

Cette recherche perpétuelle du consensus peut ralentir ou même bloquer certaines évolutions positives.

En clair, il y a des bombes sociales et des choses inacceptables qui ne sont plus concevables à notre époque comme l’économie de rente, la corruption et 4,5 millions de démunis qui ne sont ni à l’école ni au travail, un taux d’activité des femmes qui ne cesse de baisser …

-L’urgence est donc votre credo pour convaincre la société de se mobiliser sous peine d’aller droit dans le mur ?

– Évidemment, même si ce signal d’alarme avait déjà fait l’objet de plusieurs discours royaux depuis 2017.

-Justement, pourquoi encore une fois rien n’a été fait en 4 ans ?

-Peut-être parce que notre pays veut fonctionner avec des consensus mous, parfois en privilégiant des postures populistes rentables à court terme mais nuisibles sur le long court.

Cette recherche perpétuelle du consensus peut ralentir ou même bloquer certaines évolutions positives.

-En d’autres termes, il convient donc de regarder une réalité qu’on a longtemps essayé d’occulter ?

-Plutôt l’affronter en face pour que certains abandonnent enfin leur zone de confort et acceptent des sacrifices pour se mettre au travail.

-Quels sont les points saillants prioritaires ?

-Pour retrouver la confiance de nos citoyens, la priorité principale est d’offrir une éducation et un système sanitaire de qualité qui profitent à l’ensemble des Marocains.

-Après les nombreuses promesses gouvernementales, cette réforme tant attendue est-elle jouable ?

-Évidemment car non seulement les moyens financiers sont présents mais en plus nous dépensons même plus que les autres. Cela veut peut-être dire qu’il y a un problème et que nous nous y prenons mal.

-Les ambitions maintes fois répétées en matière d’éducation ne sont pas trop « ambitieuses » ?

-Non, car même si nous n’arrivons à réaliser que 80 % de ces ambitions, le Maroc en sortira grandi.

Il n’est plus possible de construire une maison des jeunes alors qu’il n’y a pas d’animateurs disponibles..

Surtout que nous n’avons pas besoin de construire de nouvelles écoles ou de nouveaux dispensaires mais mettre l‘accent sur les ressources humaines (enseignants, médecins, infirmiers, animateurs culturels, travailleurs sociaux, ingénieurs, artistes…), sur les contenus pédagogiques et les savoirs portés qui doivent être adaptés, innovants et permettant une certaine agilité et des capacités d’adaptation à nos besoins.

Ce sont des actions très simples car il n’est plus possible de construire une maison des jeunes alors qu’il n’y a pas d’animateurs disponibles

-L’horizon 2035 a-t-il des chances d’engranger des résultats positifs ?

C’est un horizon, peut-être qu’on y arrivera à 100 % ou à 70 % mais l’essentiel est de se donner les moyens.

C’est là où la compétition entre acteurs politiques devra se faire car c’est à ça que servent les élections ponctuelles tous les 5 ans pour faire un bilan d’étape.

Au lieu de proposer à nos partenaires des ouvrières qui ramassent des fraises en Espagne, le Maroc pourrait proposer des infirmières aux sociétés européennes vieillissantes.

D’ailleurs, en termes doctrinaux, quand on met en œuvre une stratégie, on a le droit de se tromper et de la remettre en cause pour procéder à des évaluations à mi-parcours.

-Peut-on espérer des changements à l’issue du prochain mandat législatif qui se termine en 2026 ?

-On l’espère mais on ne peut rien prévoir avec certitude.

-En fait, le point de départ et d’arrivée de ce rapport se résume en une éducation de qualité ?

-Tout à fait, cela permettra d’augmenter la valeur de notre capital humain qui est notre principale richesse.

Ainsi, au lieu de proposer à nos partenaires des ouvrières qui ramassent des fraises en Espagne, le Maroc pourrait proposer des infirmières aux sociétés européennes vieillissantes.

Si cette démarche peut être jugée cynique par certains, elle n’en reste pas moins vraie sur le fond.

En effet, une ressource de qualité rapporte beaucoup plus au pays d’origine et peut mieux imposer sa dignité et mieux négocier son insertion.

Pour le dire plus simplement, le coût pour l’économie est énorme quand on achète une Ferrari bourrée d’électronique sans former le mécanicien qui va avec.

-Quels sont vos éléments de doctrine pour réduire les inégalités sociales ?

-Doter chaque Marocain des moyens de faire des choix et d’accéder au bien-être et à la dignité.

Faire en sorte que disparaisse enfin le sentiment de hogra et diminuer drastiquement l’importance des statuts hérités comme déterminant de la mobilité sociale, faire de la méritocratie une valeur centrale et réhabiliter l’école dans sa fonction d’ascenseur social principal

-Cela demandera un temps long pour ne pas dire plusieurs générations…

-Sûrement mais nous avons perdu assez de temps et nous n’avons plus le choix face à des disparités excessives, à l’injustice sociale et aux disparités territoriales qui peuvent engendrer de grands risques pour la stabilité de notre pays.

On pourra être en mesure de faire un premier point d’étape à mi-législature (2024)

Pour mobiliser un maximum de personnes, il faudra encore une fois rétablir la confiance par des annonces fortes suivies d’effets concrets et mesurables sur le terrain économique et sociale.

-Au final, le timing préélectoral est une chance pour le rapport de la commission…

-Chance, je ne sais pas mais cette proximité rend possible la constitution de coalitions de programme préélectoral en donnant une certaine visibilité de la trajectoire du Maroc à l’horizon 2035.

-C’est donc une fenêtre de tir exceptionnelle voire historique ?

Plutôt une opportunité.

-Quand sera-t-on fixé pour savoir si ce rapport va être utile et susciter une vraie mobilisation ?

-Tout dépendra de la manière dont les acteurs politiques vont se l’approprier et définir des priorités mais on pourra être en mesure de faire un premier point d’étape à mi-législature (2024).

-Le plus dur qui est de convaincre reste donc à faire ?

-Absolument.

-Le scientifique que vous êtes y croit vraiment ?

-Le citoyen que je suis croit aux miracles quand les gens se mobilisent au service d’une ambition partagée.

A ce propos, il suffit de citer les exemples de la Corée, de la Malaisie, pays musulman, et plus proche de nous du Rwanda qui malgré son régime autoritaire a réussi tout récemment à lancer une incroyable dynamique de développement.

Au final, la réunion de certains ingrédients existants et d’autres qu’il va falloir rendre disponibles à savoir un rêve partagé, un bon leadership, une classe politique engagée qui prend des risques d’aller parfois contre l’opinion public et prend en compte le temps politique long, un minimum de  confiance nous autorisent un certain optimisme…

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