Saham ne sortira pas du capital de Majorel

C’est ce que nous confirment deux sources de premier plan au sein du groupe, co-détenu par Saham de Moulay Hafid Elalamy et l’Allemand Bertelsmann. "La seule option à l’étude, c’est un renflouement du capital par la voie de la bourse pour faire entrer Majorel dans le top 5 mondial des acteurs de l’offshring".

Saham ne sortira pas du capital de Majorel

Le 25 juin 2021 à 17h41

Modifié 7 septembre 2021 à 6h38

C’est ce que nous confirment deux sources de premier plan au sein du groupe, co-détenu par Saham de Moulay Hafid Elalamy et l’Allemand Bertelsmann. "La seule option à l’étude, c’est un renflouement du capital par la voie de la bourse pour faire entrer Majorel dans le top 5 mondial des acteurs de l’offshring".

Une dépêche de Bloomberg annonçait ce 25 juin 2021 que Saham et son partenaire allemand Bertelsmann envisagent de céder la société Majorel, spécialiste de la relation client, regroupant les activités internationales de services externalisés des deux groupes. Bloomberg précise que les options examinées sont la cession totale ou partielle de cette entité née en 2019, avec comme scénario à la table une introduction en Bourse dont le montant serait de 3 milliards d’euros.

Contactées par nos soins, deux sources de premier plan dans le groupe Majorel, affirment que « ni Saham ni Bertelsmann ne comptent céder leurs parts dans Majorel« . Les deux groupes détiennent chacun 50% du capital de ce géant de la relation client, né après la fusion des activités de Saham et de Bertelsmann dans le secteur (Arvato CRM Solutions, Phone Group, Ecco Outsourcing et Pioneers).

Majorel veut grandir, aucune sortie n’est envisagée

« Nous n’avons aucunement l’intention de nous retirer de Majorel. C’est une fausse information », nous disent nos sources, qui ne nient pas toutefois que le groupe ferait très prochainement l’objet d’une opération sur le capital, mais qui ne va pas dans le sens d’une cession ou d’un retrait des actionnaires actuels.

« La seule option à l’étude, c’est comment trouver les moyens pour grandir. Nous sommes dans un métier où le facteur « taille » est important. Nous voulons être parmi les trois premiers groupes mondiaux du secteur. Et nous avons pour cela besoin de moyens. Nos banquiers travaillent toujours sur les scénarios possibles, une levée de fonds à travers une introduction en bourse ou une fusion acquisition avec un autre opérateur mondial… », précise une de nos sources.

« Depuis la constitution de cette alliance, beaucoup de travail a été fait. Majorel est devenu aujourd’hui parmi les acteurs qui comptent dans le monde, couvrant 28 pays dans tous les continents. On travaille avec une clientèle de prestige, et nous développons les métiers de l’Intelligence artificielle. Tous les GAFA de la Silicon Valley font partie de nos clients… Le groupe est devenu mondial, mais on ne veut pas s’arrêter là », ajoute notre source.

Avec un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros, Majorel emploie 68000 collaborateurs dans le monde, couvrant 36 langues et 28 pays.

Une IPO à Euronext est le scénario le plus probable

Si aucune option n’est encore retenue dans cette méga opération de croissance externe que compte faire la co-filiale de Saham, l’IPO reste la voie royale, comme nous le confirme une source proche du dossier.

« Toutes les options sont à l’étude. Mais l’IPO est la piste la plus probable. La société étant luxembourgeoise, pays à travers lequel elle gère tous ses actifs dans le monde, l’introduction se fera probablement dans une bourse européenne, probablement à l’Euronext », ajoute notre source. Son montant et son ampleur ne sont pas encore fixés, mais ce sera une première pour un groupe marocain.

A part Maroc Telecom, qui est coté à Paris, aucune entreprise marocaine ou d’origine marocaine n’est présente dans les grandes places financières mondiales. Avec Majorel, MHE fera entrer le pavillon marocain au temple de la finance européenne.

MHE, le « faiseur d’argent » de Casablanca…

Si l’opération se concrétise, Moulay Hafid Elalamy aura aussi réalisé un magnifique doublé mondial en seulement trois ans : sa sortie du secteur de l’assurance pour 1,05 milliard de dollars au profit du sudafricain Sanlam, et le placement en Bourse d’un géant mondial de la relation client, secteur où MHE s’était lancé en 1999, en créant le premier centre d’appel du pays, Phone Assistance.

Un centre d’appel qui s’est développé d’abord au Maroc, sous la direction de Ghita Lahlou, pour devenir un des leaders nationaux et africains du secteur, avant de s’allier en 2019 à l’allemand Bertelsmann. Moins de trois ans plus tard, ce petit poucet devenu grand entame un nouveau virage dans son développement avec cette IPO internationale sur laquelle il compte pour réaliser ses grandes ambitions mondiales.

Ce qui fait dire à ceux qui connaissent bien MHE que s’il ne sort pas aujourd’hui, c’est qu’il le fera après l’IPO, quand le titre sera encore mieux valorisé. Car MHE n’est pas un homme d’affaires comme les autres, pas comme ces industriels ou banquiers qui s’accrochent à leur boîte jusqu’à la fin de leur vie.

MHE est ce qu’on appelle un « repreneur », un homme d’affaires qui crée des structures ou les achète petites, pour les faire grandir, les embellir, mieux les emballer et les revendre avec une grosse plus-value à la clé. Une sorte de Warren Buffet ou un Georges Soros marocain.

C’est ce qui l’a fait en mars 2018 avec Saham Finances, véhicule qui détenait ses participations dans le secteur de l’assurance, de la réassurance et de l’assistance en Afrique. Un groupe vendu à 1,05 milliards de dollars, né entre 2005 et 2006 du rachat, puis de la fusion, de deux petites compagnies CNIA et Saada, payées à moins de 100 millions de dollars. Et financées à crédit…

C’est ce qu’il avait également fait à tses tout- débuts dans le monde des affaires avec le courtier Agma, qu’il racheté en 1955 à 30 MDH chez l’ONA pour l’introduire en Bourse en 1998 pour une valorisation de 170 millions de dirhams, avant de le vendre un an plus tard pour une valorisation de…420 millions de dirhams.

Avec l’offshoring, c’est la première fois que MHE reste aussi longtemps dans un secteur ou dans une boîte. L’info de la cession n‘ayant d’ailleurs surpris personne. Mais si le « faiseur d’argent » de Casablanca ne cède pas aujourd’hui, il sortira certainement dans quelques années, avec des milliards de plus-values en poche, dans une sorte de remake (dans le porcess IPO, puis cession) de l’opération Agma.

L’IPO de Majorel serait-elle donc l’opération qui précéderait la sortie finale ? Ceux qui connaissent bien MHE sont sûrs qu’il cédera tôt ou tard, car rester dans le capital d’un groupe aussi longtemps ne lui ressemble pas tout simplement…

Faiseur d’argent, MHE a aussi cette qualité de faire enrichir ses collaborateurs, les faire grandir. Tous ceux qui ont travaillé de près avec lui ont eu de belles carrières après ses coups financiers. Mehdi Tazi, son bras droit dans l’assurance, est aujourd’hui le vice-président de la CGEM et développe un ensemble de courtiers d’assurances qu’il rachète ici et là, à la MHE.

Nadia Fettah Alaoui, ancienne patronne de Saham Finances est pour sa part devenue ministre du Tourisme et du Transport aérien et a été choisie récemment par le Roi commissaire du Maroc dans l’Expo universelle de Dubaï.

Quant à Ghita Lahlou, autrefois dirigeante du premier centre d’appel marocain de MHE, elle s’épanouit actuellement dans le secteur de l’éducation, de l’enseignement supérieur et dans la société civile. Et a été désignée par le souverain comme membre de la commission Benmoussa pour le nouveau modèle de développement. MHE, un faiseur d’argent mais aussi de femmes et d’hommes.

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