Covid-19: « Le variant Delta finira par devenir dominant au Maroc » (experts)

Un webinaire autour de la Covid-19 a été organisé lundi 28 juin dans la soirée, à l'initiative de quatre scientifiques connus, pour répondre aux questions récurrentes au sujet de la pandémie. De nombreux volets ont été abordés, notamment l'efficacité des vaccins administrés au Maroc, leur immunogénicité, leurs effets secondaires, ainsi que la situation épidémiologique au Maroc et l'avancement de la campagne de vaccination. Verbatim.

Source: MAP

Covid-19: « Le variant Delta finira par devenir dominant au Maroc » (experts)

Le 29 juin 2021 à 17h53

Modifié 30 juin 2021 à 15h27

Un webinaire autour de la Covid-19 a été organisé lundi 28 juin dans la soirée, à l'initiative de quatre scientifiques connus, pour répondre aux questions récurrentes au sujet de la pandémie. De nombreux volets ont été abordés, notamment l'efficacité des vaccins administrés au Maroc, leur immunogénicité, leurs effets secondaires, ainsi que la situation épidémiologique au Maroc et l'avancement de la campagne de vaccination. Verbatim.

Ce webinaire a connu la participation de Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech, Pr. Lahcen Belyamani, Chef de service des urgences à l’hôpital militaire de Rabat et président de la Société marocaine de la médecine d’urgence (SMMU), Pr. Azeddine Ibrahimi, directeur de Medbiotech, laboratoire de biotechnologie de la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université Mohammed V à Rabat, et Pr. El Azami El Idrissi Mohammed, vice-doyen à la recherche et la coopération à la Faculté de médecine et de pharmacie de Fès – Université Sidi Mohammed Ben Abdellah.

Lors de cette rencontre, Pr. El Adib et Pr. Belyamani appellent « les personnes qui n’ont pas encore effectué la 2e dose, pour une raison quelconque, à le faire pour se protéger et protéger les gens qui ne peuvent pas encore se faire vacciner ». « La première dose protège à peine à hauteur de 30% », souligne Pr. El Adib.

Pour ce qui est des variants étrangers, les quatre intervenants indiquent qu’au Maroc, « le variant dominant actuellement est le britannique, qui est 60 à 70% plus contagieux que le virus initial. Rapidement, le variant indien, également appelé Delta, deviendra dominant et envahira le Royaume. Ce dernier est à son tour 60 à 70% plus contagieux que le britannique ».

Le Maroc face à une nouvelle vague?

« Cette situation impliquera de lourdes conséquences, notamment un besoin plus important en oxygène, une augmentation des admissions en soins intensifs et en réanimation, et par conséquent, une augmentation des décès ».

Pour éviter une détérioration de la situation épidémiologique, deux solutions se présentent, à savoir: « l’accélération de la vaccination et le respect des mesures barrières, notamment le port du masque et la distanciation », insiste Pr. Belyamani, qui note « un certain relâchement » depuis l’assouplissement des mesures restrictives.

« Un sujet non vacciné et donc non protégé facilite l’expansion et la mutation de nouveaux variants ».  En effet « le variant britannique est apparu entre septembre et octobre 2020 chez un patient immunodéprimé ».

La vaccination est donc la solution ultime pour espérer un possible retour à une vie normale « d’ici 3 à 4 ans », ajoute-t-il.

Immunogénicité du Sars-Cov-2 et des vaccins

En réponse aux rumeurs sur les réseaux sociaux, les quatre experts assurent que « le Covid est bien immunogène et donc les vaccins aussi ».

Pour apporter des précisions à ce sujet, Pr. El Azami revient sur les fondamentaux de la réponse immunitaire. Celle-ci « dépend de deux paramètres importants : le virus lui-même et l’hôte qui reçoit le virus. En ce qui concerne l’agent pathogène lui-même, tout dépend de sa virulence. Quand on parle de son hôte, qui va développer une réponse immunitaire, celle-ci dépend de l’immunocompétence de la personne, ainsi que sa base génétique (capacité génétique à répondre au virus) ».

« Les gens ne répondent pas de la même manière au virus. 70 ou 80% de la population auront une forte réponse immunitaire, tandis qu’elle sera faible pour certains, et inexistante pour d’autres (immunodéficients). Cette même logique s’applique aussi bien au Covid qu’à tous les autres virus ». Ainsi, « les personnes infectées naturellement seront regroupées en trois catégories:

  • Personnes avec une forte réponse immunitaire, et donc peu de symptômes. Cette catégorie aura une mémoire immunitaire, qui lui permettra de se protéger du virus dans le futur.
  • Personnes avec une réponse immunitaire exagérée: le système immunitaire de cette catégorie s’emballe et se retourne contre lui-même, mettant la vie du patient en danger.
  • Personne avec une réponse immunitaire normale: l’infection est sévère, ainsi que les symptômes, mais le patient ne développera pas une forme grave de la maladie et ne sera pas admis en réanimation. »

« La réponse immunitaire diffère ainsi d’une personne à une autre. Et ce qui est valable pour l’infection naturelle l’est également pour la vaccination, qui est en quelque sorte une infection artificielle, qui permet de faire développer une réponse immunitaire », ajoute Pr. El Azami, notant l’existence « de deux grands bras de la réponse immunitaire: une réponse non spécifique, qui est naturelle (muqueuses digestives ou respiratoires…) ou encore une réponse spécifique, et dans le cas du Covid, le système immunitaire produira des anticorps spécifiques à ce virus ».

Une immunité qui dure plus d’une année

« Pour les anciens coronavirus, l’immunité dure pendant des années. On l’espère aussi pour le Sars-Cov-2 », souligne l’un des professeurs. « Des études récentes ont démontré que l’immunité après l’infection au Covid dure plus d’un an. Ce qui implique que les personnes vaccinées après l’infection seront protégées pendant plus d’une année ».

Pour ce qui est de l’innocuité des vaccins, « jusqu’à aujourd’hui aucun ancien vaccin n’a eu des effets secondaires à long terme. Pourquoi voulons-nous alors que les vaccins anti-Covid en aient? » déplore Pr. Belyamani.

« Au 27 juin 2021, 3 milliards de doses de différents types de vaccins ont été administrées dans le monde, et jusqu’à aujourd’hui, il n’y a eu aucune complication », ajoute-t-il.

Quid des effets indésirables?

« Au Maroc, le centre antipoison, chargé de regrouper les effets secondaires et indésirables post-vaccinaux, en a regroupé 11.500, cinq mois après le début de la campagne de vaccination anti-Covid, dont 170 étaient graves.

Donc, seuls  1,5% des effets indésirables sont graves. Plus encore, seuls 170 effets indésirables graves ont été enregistrés sur 19 millions de doses administrées, soit 0,0009 %.

Ces effets secondaires sont répartis sur AstraZeneca (147) et Sinopharm (20) », a fait savoir Pr. Belyamani.

« Pour ce qui est des effets indésirables neurologiques, 70 ont été assimilés à AstraZeneca et 9 à Sinopharm. Il s’agit essentiellement de céphalées, fourmillements, et troubles moteurs sur les sujets âgés ».

« Une commission scientifique a étudié ces dossiers, et le lien avec le vaccin est exclu jusqu’à ce jour, pour absence de mécanismes physiopathologiques devant la présence d’autres formes de risque chez les sujets âgés ».

« Des dossiers relatifs à la thrombose ont également été étudiés au Maroc, suite à l’administration du vaccin AstraZeneca, mais aucun lien de causalité n’a été trouvé ».

« Tout ceci explique que les vaccins ont bien des effets secondaires et indésirables, mais sur les 11.500 personnes ayant déclaré certains effets au Maroc, aucun lien n’a été trouvé avec les vaccins administrés ».

Utilité et efficacité des vaccins administrés au Maroc

Les intervenants ont apporté des réponses à une autre question fréquente, notamment sur les réseaux sociaux, relative à la chute du nombre d’anticorps après la vaccination chez certaines personnes.

« La population ne doit pas faire le dosage d’anticorps, puisque cela ne sert absolument à rien« , explique Pr. Belyamani. « Voici la courbe normale de l’évolution des anticorps: une augmentation du taux d’anticorps après le premier contact avec le virus ou le vaccin, suivie d’une diminution. Une fois vacciné, le corps garde dans sa mémoire le vaccin et lorsqu’il rencontre à nouveau le virus, l’organisme va réactiver la production d’anticorps ».

Par ailleurs, « un nombre important d’anticorps ne veut pas forcément dire qu’une personne est protégée plus qu’une autre. Les anticorps peuvent être constitués de neutralisants et de facilitateurs, et ces derniers peuvent être plus nombreux que les neutralisants ».

Quant à l’efficacité des vaccins, Pr. El Adib indique que' »une récente méta-analyse, qui compare l’efficacité des vaccins existant dans le monde, estime que les meilleurs sont Sinopharm et AstraZeneca », administrés notamment au Maroc.

Pour conclure, Pr Belyamani précise que « les vaccins anti-Covid sont sûrs, testés et approuvés, n’entraînent pas de réactions allergiques, sauf dans des cas très rares, ni d’effets secondaires à long terme. Les personnes vaccinées peuvent être infectées au Covid, mais le risque de développer une forme grave de la maladie et de décès reste faible ».

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