« Le Maroc a déjà atteint un bon capital de vaccination », estime le Pr El Azami El Idrissi
Mohammed El Azami El Idrissi, professeur d’immunologie à la faculté de médecine et de pharmacie de Fès et au CHU Hassan II, estime que le Maroc doit capitaliser sur le capital de vaccination acquis jusqu’à présent. Il prévient également que le respect des gestes barrières n’est pas une alternative à la vaccination, mais une complémentarité.
Où en est-on de l’immunité collective au Maroc, alors que le variant Delta (« indien ») a été identifié sur le territoire ? D’abord, « on parle d’immunité collective par rapport à la population globale, et pas seulement par rapport à une population cible », tient à rappeler Mohammed El Azami El Idrissi, professeur d’immunologie à la faculté de médecine et de pharmacie de Fès et au CHU Hassan II, joint par Médias24.
L’immunité collective doit être atteinte à hauteur de 60% à 70% pour casser l’épidémie. Autrement dit, entre 60% et 70% de la population globale doit être entièrement vaccinée, c’est-à-dire avoir reçu les deux doses. « Pour l’instant, seulement 25% environ de la population totale a reçu les deux injections », précise le Pr El Azami El Idrissi.
60% : c’est aussi la recommandation fixée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Il faut vacciner autour de 60% de la population mondiale pour stopper l’épidémie », a en effet déclaré au journal Le Monde Bruce Aylward, expert de l’OMS.
Les vaccins pourraient générer une réponse immunitaire durable
Une couverture vaccinale comprise entre 60% et 70% de la population globale permettrait: d’une part de « créer une barrière protectrice pour freiner la dissémination du virus, d’autant que le variant Delta, comme les autres variants, a la particularité de se diffuser très rapidement au sein de la population » ; d’autre part de « protéger les personnes qui ne sont pas encore vaccinées, notamment parce qu’elles ont une contre-indication à la vaccination (en raison d’un antécédent de choc anaphylactique) ou des maladies chroniques. Il faut les protéger et garder en tête la notion de vivre ensemble : quand on se protège soi-même, on protège les autres ».
« Quant aux personnes vaccinées ou ayant déjà contracté le virus, plusieurs études montrent que l’immunité peut aller jusqu’à au moins un an. » En effet, une étude nouvellement publiée par la revue scientifique Nature indique que les vaccins mis au point par Pfizer et Moderna pourraient générer une réaction immunitaire durable et, ainsi, protéger l’organisme d’une contamination au Covid-19 pendant des années.
Le Pr El Azami El Idrissi d’ajouter : « Le fait de bloquer la dissémination du virus, justement grâce à la vaccination, bloque également l’apparition de nouveaux variants. Car lorsque le virus pénètre dans l’organisme, surtout chez les personnes en proie à une immunodéficience, il se comporte comme s’il était sur un terrain de jeu : il mute et de nouveaux variants se forment alors. Le problème, c’est que ces nouveaux variants échappent à la surveillance immunitaire. » Et par conséquent, entravent, ou du moins retardent considérablement la possibilité d’une immunité collective.
« Le Maroc a atteint un bon capital de vaccination »
L’autre risque, c’est aussi que « notre système immunitaire soit insuffisamment réactif vis-à-vis de ce nouveau variant Delta, dont je ne connais pas, pour l’heure, la prévalence sur le territoire marocain. Et là, c’est la quatrième vague qui pointe son nez. C’est un cercle vicieux ; des cycles qui n’en finissent pas ». Le seul moyen de faire cesser cette chaîne, c’est donc d’assurer une immunité collective à travers la vaccination. Le Dr Kamal Marhoum El Filali et le Pr Ahmed Rhassane El Adib ont d’ailleurs récemment indiqué à Médias24 que le Maroc n’est pas à l’abri d’une troisième vague.
Sans compter que l’approvisionnement en vaccin reste incertain. Sur ce point, le Pr El Azami El Idrissi se veut rassurant : « Tous les pays qui s’inscrivent dans cette stratégie de vaccination ont acquis un capital vaccination. Sur le plan vaccinal, le Maroc reste très en avance par rapport à un grand nombre de pays. Nous avons atteint un bon capital de vaccination et il faut continuer à capitaliser sur cet acquis. »
« Capitaliser sur cet acquis », comme le dit cet immunologue, passe nécessairement par le respect des gestes barrières. Non pas que ce soit une alternative, mais une complémentarité à la vaccination. « Les deux éléments les importants sont la vaccination et le maintien des gestes barrières, surtout dans un espace confiné avec un certain nombre de personnes », souligne-t-il.
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