La Samir : « La solution est à Rabat, pas à Casablanca »

A la Samir, la frilosité procédurale, la passivité du gouvernement et l'hostilité du marché se conjuguent pour court-circuiter tout espoir de reprise.

La Samir : « La solution est à Rabat, pas à Casablanca »

Le 12 juillet 2021 à 14h04

Modifié 12 juillet 2021 à 15h39

A la Samir, la frilosité procédurale, la passivité du gouvernement et l'hostilité du marché se conjuguent pour court-circuiter tout espoir de reprise.

C’est la énième, et probablement l’ultime lettre adressée à Saad Eddine El Otmani sur ce sujet. A quelques semaines des législatives, le syndicat national du pétrole réaffirme la responsabilité passive de son gouvernement dans « la mort lente » de la Samir.

Près de six ans après la mise en liquidation du raffineur, le tribunal de commerce de Casablanca recherche désespérément une solution, notamment par la cession aux tiers. Une audience a eu lieu le 6 juillet pour « l’examen des offres ». Elle a débouché sur un renvoi au 27 du même mois, faute de résultats concluants.

Prévisible, ce nouvel ajournement confirme « l’échec » de la Justice à gérer, « seule », la plus grande faillite de l’histoire du Royaume, suggèrent les auteurs de la lettre datée du 8 juillet.

En attendant la sortie d’impasse, « une raffinerie qui ne produit pas se dégrade », alerte-t-on du côté de la Samir. Citant des expertises, une de nos sources estime à 2 milliards de DH le budget nécessaire à la mise à niveau de l’unité de production. Cette somme ne dépassait pas les 200 millions de DH en août l’été 2015, lorsque la Samir avait arrêté son activité.

Pour sa part, « la valeur des actifs a diminué de 20% depuis la dernière évaluation judiciaire, qui avait estimé le prix de la Samir à plus de 21 milliards de dirhams », ajoute notre interlocuteur.

Pour Médias24, des sources dressent le bilan de la Samir sous le processus de la liquidation. Avec une conclusion : Frilosité procédurale, passivité de l’Exécutif et hostilité du marché se conjuguent pour court-circuiter tout espoir de reprise.

Lancée en février 2017, la cession a buté et bute encore sur plusieurs contraintes. « La première concerne la caution exigée par le juge-commissaire. Ces quatre dernières années, plusieurs candidats ont manifesté leur intérêt, formulé des offres mais ont échoué à produire une garantie selon les termes fixés par le magistrat », explique une source concernée par le dossier.

« Des investisseurs n’ont pas pu déposer la caution car leurs banques exigent que la cession soit préalablement validée. Elles réclament la présentation d’une sorte de compromis de vente signé par le tribunal ».  Pour sa part, le juge-commissaire adopte la posture du risque zéro. Et pour cause : « Il doit contrer les spéculateurs qui sont nombreux parmi les candidats. Il ne peut accorder le compromis de vente car il sera utilisé par certains à des fins de spéculation ».

« D’un côté, le tribunal s’en tient à une lecture stricte de la loi. Il exige la somme en intégralité ou la garantie en vue de son exécution. D’un autre côté, aucun candidat ne peut ramener tout cet argent sans l’aval de sa banque », résume notre source.

D’autres candidats ont fait l’effort sur la caution, mais font face à une deuxième contrainte. Celle-ci est « externe » à la procédure. « Leur plan d’acquisition est contrarié par la posture ambiguë de l’Etat vis-à-vis de l’Industrie du raffinage », estime un autre intervenant dans la procédure. Cette situation bloque précisément la signature d’une convention d’investissement.

« Si le Maroc affirme solennellement qu’il encourage l’investissement dans le raffinage, tout en étant précis sur les mesures d’encouragement, l’affaire serait réglée dès demain. » Pour cette source, « la solution de la Samir est à Rabat, pas à Casablanca. »

Le gouvernement n’est pas fermé à une convention, mais a aussi ses exigences. « L’acheteur doit s’engager à assurer le stock de sécurité du pays, chose difficile dans un contexte de libéralisation à l’import. Les autorités ne veulent pas non plus entamer les discussions autour de la convention d’investissement qu’une fois la procédure judiciaire bouclée. L’investisseur, lui, ne peut engager 2 ou 3 milliards de dollars sans engagement de l’Etat », poursuit notre interlocuteur.

Quant au rachat de la Samir par l’État, le gouvernement actuel a déjà indiqué ses intentions en refusant l’idée même de discuter cette proposition défendue par plusieurs formations politiques au Parlement.

Un dernier obstacle tient à la nature du marché lui-même. « Pour les opérateurs du secteur des hydrocarbures, régler le problème de la Samir n’est pas forcément une bonne nouvelle. Cela signifie l’émergence d’un contrepoids concurrentiel, surtout si le raffineur joue pleinement son rôle au niveau du stockage. »  Une question évoquée dans un avis du conseil de la concurrence.

Cet élément explique-t-il l’épisode du projet, mort-né, de la location des bacs de stockage de la Samir par l’Office national des hydrocarbures et des mines ?

« Les pétroliers n’ont pas intérêt à ce que l’État, à travers l’ONHYM, se positionne en tant que concurrent. L’État n’a pas de vocation lucrative ou commerciale. Il obéit à une logique d’intérêt général. En l’occurrence, ici, il s’agit d’assurer les stocks de sécurité en carburant et de ramener leurs prix à la baisse, ce qui signifie une pression concurrentielle sur les distributeurs ».

En mai 2020, l’État avait demandé et reçu l’autorisation du tribunal pour accéder aux importantes capacités du raffineur. La gestion de ce dossier, y compris la contractualisation du bail, avait été confiée à l’ONHYM. Depuis, «plusieurs réunions ont été tenues sans aboutir, à ce jour, à la signature du contrat », nous signale une source à la Samir. Cette source affiche ses craintes que « le projet ne soit déjà enterré » tandis qu’à la CDT, on parle clairement d’un « abandon ».

Contactée et maintes fois relancée par Médias24, Amina Benkhadra, Directrice générale de l’ONHYM n’a jamais répondu à nos sollicitations.

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