Faut-il vacciner les enfants et les adolescents ? La réponse du Pr Jaâfar Heikel
Le Pr Heikel, spécialiste en maladies infectieuses et épidémiologiste, s'exprime à titre personnel, en tant que scientifique. Il rappelle en préambule que la décision sera prise par le ministère de la Santé après avis du comité scientifique et technique et du comité de vaccination.
Depuis le début de l'épidémie, les enfants et adolescents n'ont pas présenté de problème stratégique épidémiologique et de santé publique.
On a toujours su qu'ils pouvaient être porteurs du virus, qu'ils étaient capables de le transmettre autant que les sujets adultes mais qu'ils ne développaient pas de symptômes ou très peu.
Pourquoi aujourd'hui ce regain d'intérêt ? Nous avons constaté que les enfants et les adolescents ont maintenant de plus en plus de symptômes. Il s'agit toujours de symptômes mineurs, donc qui ne sont pas graves. Il ne faut pas que les parents s'inquiètent.
Mais il faut faire le dépistage le plus rapidement et faire prendre en charge des enfants et les adolescents par le médecin traitant, parce qu'ils doivent recevoir le traitement au même titre que les adultes.
Mais l'enjeu majeur n'est pas à ce niveau-là. Car même après le constat d'une circulation plus importante des variants Alfa et surtout du Delta auprès des enfants et des adolescents, nous n'avons pas constaté sur le terrain une hospitalisation beaucoup plus importante des enfants et des adolescents.
Par exemple dans le contexte marocain des 18 derniers mois, il n'y a pas eu de façon significative une augmentation importante de l'hospitalisation des enfants et des adolescents; par contre plus de symptômes et plus de cas, oui.
Mais pas plus de cas hospitalisés, ni plus de cas graves. Ceci est important pour rassurer les parents.
Néanmoins, les enfants et les adolescents sont porteurs et transmetteurs. Cela peut être important du point de vue de santé publique. Ils peuvent infecter leurs parents et grands-parents qui eux, ont déjà été vacciné.
Nous savons que la vaccination protège et de façon importante et d'ailleurs nous l'avons montré dans notre étude publiée par Médias24. La vaccination réduit d'une manière significative, au moins dans 85% des situations, les complications, l'hospitalisation, chez les sujets vaccinés.
Nous ne voulons pas exposer les sujets âgés et/ou porteurs de maladies chroniques, à un risque de transmission et particulièrement lorsque c'est la saison estivale avec les nombreuses rencontres.
C'est pour cela que penser à vacciner les enfants et les adolescents est une stratégie logique et évidemment elle doit se faire en fonction d'un certain nombre de critères, en expliquant et en convaincant les jeunes et les adolescents et également en discutant avec les parents des mineurs.
Et ceci, je le répète, il n'y a pas d'enjeu de gravité majeur à vacciner les enfants et les adolescents au vu des données scientifiques.
Nous avons des données scientifiques, des études qui ont été publiées pour différents vaccins, pas tous certes. Celui qui a fait l'objet de plus d'études, c'est Pfizer mais il y a d'autres qui sont en cours.
Aujourd'hui si le Maroc veut accélérer le processus puisque nous sommes descendus jusqu'à l'âge de 18 ans, et c'est une dynamique d'intérêt communautaire et non pas d'intérêt individuel, c'est que nous avons l'enjeu de la rentrée scolaire et universitaire.
Il faut protéger les enfants et les adolescents ainsi que les enseignants. Et également aider à rétablir la vie sociale, économique et académique. Surtout, avec la vaccination des enfants et des adolescents nous pourrions réussir le pari important d'atteindre l'immunité collective le plus rapidement possible et avant décembre 2021.
De plus en plus de données le montrent: l'immunité collective maximale est aujourd'hui un objectif qui n'est pas atteignable à 100% mais entre 60% et 80% et ce, à cause de l'arrivée de nouveau variants. C'est une raison supplémentaire de baisser l'âge de vaccination jusqu'à 12 ans.
C'est le moment de préparer le milieu scolaire, collégial et universitaire à l'accueil des enfants et des adolescents, une nouvelle année à distance est pénible.
Par le Pr. Jaâfar HEIKEL, MD, PhD
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