Environ 30.000 migrants sans-papiers n'ont pas pu se faire vacciner au Maroc
Cité à l’international pour l'efficacité de sa campagne de vaccination qui a déjà permis d’immuniser complètement plus de 14 millions de nationaux et de résidents étrangers légaux, le Maroc n’a pas inclus ses migrants sans papiers. Selon Patrick Kit Bogmis qui préside l'Association lumière sur l'émigration clandestine au Maghreb, cette omission présente un risque sanitaire important pour cette communauté.
Avec 18,226 millions de personnes qui ont déjà reçu la première dose du vaccin anti-Covid 19 et 14,364 millions la deuxième, le Maroc est le champion du continent africain en termes de vaccination de sa population mais à contrario, la communauté des migrants sans-papiers n’a pas été autorisée à se faire vacciner, faute de titre de séjour valable.
Silence des autorités sur le sort sanitaire des sans-papiers exclus de la campagne
En effet, si l’ensemble des résidents étrangers disposant d’un titre de séjour sont éligibles à la vaccination, les migrants sans papiers qui sont estimés à 30.000 personnes ont été exclus de la campagne nationale qui a démarré au mois de janvier de l’année 2021 et qui a déjà permis de vacciner près de 50% de la population ciblée (30 millions).
A ce jour, la seule déclaration officielle à l’agence Reuters sur l’omission des sans-papiers de la campagne est venue d'un directeur du ministère de la Santé, qui a botté en touche en se contentant d'affirmer que « des dizaines de milliers d'étrangers en situation régulière avaient, eux, été vaccinés ».
D’anciens régularisés de plus en plus nombreux à retomber dans la clandestinité
Interrogé sur l’exclusion d’une communauté peu nombreuse pour l’instant, qui pose un risque de contamination élevé au regard de sa mobilité, Patrick Kit Bogmis, président de l'Association lumière sur l'émigration clandestine au Maghreb (ALECMA) nous a fait part de son inquiétude sur le nombre croissant de clandestins non vaccinés.
L’acteur associatif nous a expliqué qu’en dehors des sans-papiers non recensés par l’État, il y avait de plus en plus de personnes anciennement régularisées qui n’ont pas pu renouveler leur titre de séjour ayant expiré.
« Si la majorité des 50.000 personnes régularisés depuis 2013 ont été vaccinées sur simple présentation de leur titre de séjour, une partie non négligeable s’est retrouvée dans une situation administrative irrégulière faute de pouvoir renouveler leur carte de séjour à cause de la crise sanitaire (perte d’emploi …).
10.000 nouveaux clandestins à cause de la crise sanitaire
« Selon nos estimations, ils sont au minimum 10.000 à être redevenus clandestins et donc non éligibles à la campagne de vaccination qui exige l’envoi au portail liqahcorona (1717) d'un numéro de carte de séjour qui soit en cours de validité.
« Entre ceux arrivés récemment par Oujda ou ceux qui étaient en règle jusqu’au début de la pandémie qui les a renvoyés à la clandestinité, on estime à 30.000 le nombre d’exclus de la campagne de vaccination », avance le président de l’ALECMA qui s’attend à une augmentation sensible du nombre de nouveaux clandestins.
Plusieurs décès de jeunes qui n’avaient pas droit à la vaccination
Se disant inquiet des risques de contamination de cette population ignorée par les autorités sanitaires qui habite le plus souvent dans des grandes villes comme Casablanca, où la pandémie est très présente, notre interlocuteur affirme que plusieurs sans-papiers ont été contaminés et qu’il y a même eu des décès.
« Faute d’avoir été vacciné, un jeune Guinéen d’à peine 30 ans est récemment décédé à Casablanca des suites de sa contamination au Covid 19 ainsi que deux jeunes femmes d'origine subsaharienne dans le sud du pays.
« Sachant que le risque de contamination et de décès est important dans cette communauté, le silence des autorités est incompréhensible d’autant plus que lorsqu’il y a des arrestations de clandestins, ils sont entassés dans une seule et même pièce sans aucune protection sanitaire faute d’avoir été vaccinés.
« Selon tous les observateurs associatifs, les personnes non vaccinées sont de vraies bombes à retardement qui présentent un risque important pour leur santé et pour celle de leur environnement.
« Ce problème est d’autant plus soluble par les autorités que le nombre des clandestins est infime par rapport à la capacité de vaccination du Maroc qui a dépassé certains jours des centaines de milliers de personnes », conclut le président en ajoutant que les associations de défense des droits des migrants continueront à interpeller les autorités.
Au final, une réponse des autorités sanitaires s’impose d’autant plus pour ces 30.000 personnes, sachant que même les migrants sans-papiers désireux de se faire vacciner à leurs frais ne peuvent pas accéder aux vaccins en dehors du processus de la campagne nationale qui exige de passer par le circuit officiel.
D'autres sources estiment que la question est complexe et comporte plusieurs facettes:
-le problème de l'identification et celui de l'adresse se posent. Les sans-papiers accepteraient-ils de se faire identifier et localiser?
-ce problème n'est pas anodin car le Maroc a opté pour le pass vaccinal.
-au delà de ces questions qui relèvent de l'ordre public, il y a des questions purement sanitaires et humanitaires. Le Maroc avait déjà facilité la scolarisation des enfants. Ne peut-il trouver une solution acceptable par tous?
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