Nacer Jabour : le risque de tsunami au Maroc est minime après l’éruption d’un volcan aux Canaries

Au lendemain de l’éruption du volcan Cumbre Vieja à l’île de la Palma, certains craignent la genèse d’un méga-tsunami qui pourrait atteindre le Maroc. Pour Nacer Jabour, chef de division à l’institut national de géophysique qui s'intéresse aux risques volcaniques et sismiques, ce scénario a 99% de chances d’échouer.

Nacer Jabour : le risque de tsunami au Maroc est minime après l’éruption d’un volcan aux Canaries

Le 20 septembre 2021 à 17h03

Modifié 20 septembre 2021 à 23h48

Au lendemain de l’éruption du volcan Cumbre Vieja à l’île de la Palma, certains craignent la genèse d’un méga-tsunami qui pourrait atteindre le Maroc. Pour Nacer Jabour, chef de division à l’institut national de géophysique qui s'intéresse aux risques volcaniques et sismiques, ce scénario a 99% de chances d’échouer.

Les précédentes éruptions, au nombre de six, remontaient à 1971. Après un sommeil de 50 ans,  ce volcan situé dans l’île Palma de l’archipel des Canaries s’est réveillé dimanche 19 septembre avec l’éjection de nombreuses coulées de lave qui posent le risque d’un effondrement marin de son flanc ouest qui générerait un méga-tsunami qui traverserait l’Atlantique, en causant d’importants dégâts dans les villes côtières du Maroc et d’ailleurs.

Prédit par de nombreux volcanologues et sismologues, l’occurrence de ce scénario catastrophe est d’autant plus possible que l’île de la Palma fait partie d’un archipel à grand risque qui est qualifié par les experts de point chaud (hot spot).

« Un phénomène à prendre au sérieux »

Sollicité par Médias24 pour savoir si les autorités marocaines doivent prendre au sérieux l’éruption de ce volcan, le Pr. Nacer Jabour chef de division à l’Institut de géophysique, se veut alerte mais rassurant.

« En fait, même si le volcan en question se trouve à 500 km de nos côtes, il faut toujours garder à l’esprit que ce type de phénomènes naturels a fait, il n’y a pas si longtemps, des dégâts énormes dans d’autres coins de la planète », prévient le scientifique, en rappelant le tsunami meurtrier de 2004 dans l’océan indien (200 à 250.000 morts).

« Une éruption prévisible car tous les indicateurs étaient au rouge »

« Les équipes espagnoles spécialisées en volcanologie et sismologie sont sur place, depuis une dizaine de jours pour surveiller le phénomène en cours.

« Leur arrivée s’explique par le fait qu’elles ont remarqué que le nombre de mini-séismes dans cette zone avait récemment fortement augmenté.

« En effet, la multiplication de certains foyers sismiques dont la profondeur va jusqu’à 10 km ont, par la suite, migré vers la surface puis balisé le terrain sur une rupture imminente de la calotte volcanique avec une éruption.

« En fait, tout le monde s’attendait à l’éruption de ce volcan car tous les moyens de surveillance à notre disposition l’indiquaient. Pour exemples, la prise d’échantillons gazeux en surface pour déterminer leur composition chimique, sans compter les capteurs GPS indiquant qu’il y a un gonflement du cône volcanique ainsi qu’un remplissage graduel du magma qui monte vers la surface depuis les profondeurs du manteau », résume le scientifique qui ne se veut pas du tout surpris.

« Un tsunami balayerait toutes les côtes atlantiques du Maroc »

A la question de savoir si l’éruption du volcan pourrait provoquer un méga-tsunami, en mesure d’atteindre les terres marocaines voire même la capitale, comme avancé par certains médias français notre expert, quelque peu amusé, nous a fait état de son profond étonnement face à une telle précision géographique.

« S’il y a un tsunami, il balayera toutes les côtes atlantiques du Maroc et pas uniquement celles de Rabat » a tenu à préciser notre interlocuteur, en parlant d’oracles en manque de buzz qui veulent exploiter des scénarios catastrophes hollywoodiens qui n’ont pratiquement aucune chance de se produire au Maroc.

« Le scénario catastrophe a 99% de chances d’échouer »

« D’après les observations actuelles et passées du milieu scientifique, un scénario catastrophe avec de nombreuses victimes et de gros dégâts matériels comme en Asie a moins de 1 % de chances de se produire.

« Pour arriver à un scénario catastrophe, il faudrait une déstabilisation de l’île avec dans un premier temps sa moitié qui serait inondée par l’Atlantique avant de disparaître ensuite complètement sous les flots », explique l’expert très peu convaincu

« Une simple réédition des éruptions de 1971 avec un éventuel manque de visibilité aérienne dans la zone »

« Pour l’instant, nous voyons juste une éruption ponctuelle qui risque de ressembler à celles qui s’étaient produites en 1971

« Lors de ce précédent, il n’y avait eu aucun tsunami hormis quelques secousses volcaniques qui ont duré quelques semaines, sans faire de victimes et encore moins toucher le Maroc voisin.

« Aujourd’hui, nous assistons simplement à des rejets de gaz, de magma et de lave qui dévalent les pentes sans nuées ardentes ni explosions puissantes et qui ne devraient, par conséquent, faire aucune victime humaine dans l’île.

« Sachant que leur trajectoire dépendra du vent et qu’on ne sait pas s’ils partiront au large de l’Atlantique vers le continent américain ou vers nos côtes, il n’y a donc aucune certitude car c’est la météorologie qui prendra le relais », temporise notre interlocuteur pour qui le seul vrai risque est d’arriver à un manque de visibilité aérienne comme cela s’était produit en Islande avec des milliards de particules dans l’air qui avaient bloqué tous les aéroports.

« Même en cas de tsunami, la science a le temps de prévenir les populations »

Sur les moyens de prévenir un tel phénomène, notre interlocuteur affirme que la science n’a toujours aucun moyen de le stopper mais peut l’annoncer à l’avance contrairement au passé, où il était souvent trop tard pour prévenir les populations.

« En effet, aujourd’hui, grâce à un tableau de mesures effectuées avec des capteurs, nous avons bien plus de moyens de surveillance qu’en 1971, date de la dernière éruption qui était arrivée sans crier gare.

Pas de tsunami sans tremblement de terre + éruption de très forte intensité

« En réalité, pour arriver à un schéma catastrophe qui atteindrait les côtes et le territoire marocain, il faudrait qu’il se produise à la fois un tremblement de terre d’une magnitude dépassant 6 sur l’échelle de Richter et une éruption volcanique de très grande ampleur, ce qui selon moi a très peu de chances d’arriver.

« De plus, pour vraiment déstabiliser l’île de La Palma et la faire disparaître sous l’eau, il faudrait plusieurs points d’éruption contre un seul volcan aujourd’hui en activité », déclare visiblement peu inquiet, le scientifique pour qui les données recueillies par ses confrères espagnols ne sont pas du tout inquiétantes.

« S’il convient de rester en alerte, hormis les 5.000 touristes étrangers qui ont été évacués par les autorités, la population locale n’a pas reçu l’ordre de rejoindre le continent européen.

« En effet, si les capteurs GPS avaient remarqué un déplacement métrique inquiétant de l’éruption, tout le monde sans exception aurait été évacué », tient ainsi à rassurer Jabour.

« Normalement, la situation sera plus claire dans 15 jours »

« L’avenir dépendra de la quantité de magma ramenée en surface et il faudra encore environ 15 jours avant que les scientifiques soient vraiment fixés sur la mesure du risque qui normalement doit s’estomper.

« L’occasion de rappeler qu’il y a quelques années, il y avait eu au sud de cette zone, une éruption volcanique similaire mais sous-marine.

« Elle s’était produite à quelques kilomètres de la côte avec des gaz et du magma sortis de quelques centaines de mètres de profondeur où les seules victimes avaient été les poissons », conclut l’expert en risques sismiques et volcaniques qui se veut donc très optimiste pour que le phénomène actuel s’arrête dans quelques jours.

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