Hausse du prix du pain : seuls les produits issus du blé dur sont concernés

La hausse du prix du pain fait polémique au Maroc. Les consommateurs sont nombreux à s’indigner sur les réseaux sociaux, alors que les professionnels du secteur assurent que seule une petite catégorie de produits, issus du blé dur, est concernée. Le prix du pain standard, à farine subventionnée, est resté inchangé.

Hausse du prix du pain : seuls les produits issus du blé dur sont concernés

Le 27 septembre 2021 à 16h36

Modifié 27 septembre 2021 à 17h09

La hausse du prix du pain fait polémique au Maroc. Les consommateurs sont nombreux à s’indigner sur les réseaux sociaux, alors que les professionnels du secteur assurent que seule une petite catégorie de produits, issus du blé dur, est concernée. Le prix du pain standard, à farine subventionnée, est resté inchangé.

Les messages d’indignation, suite à la hausse du prix du pain se multiplient sur les réseaux sociaux. Selon différents consommateurs, l’augmentation a atteint jusqu’à 0,50 DH sur chaque pièce chez certaines boulangeries.

Médias24 a contacté Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie, ainsi que Lahoucine Azaz, président de la Fédération nationale de la boulangerie et pâtisserie du Maroc.

Nos deux sources nous ont assuré que le pain produit à partir du blé tendre, subventionné par l’Etat, n’a subi aucune hausse. Son prix, fixé à 1,20 DH/ pièce, est resté inchangé chez les épiciers et les boulangeries.

Les produits, qui ont connu une légère hausse sont les produits issus du blé dur, qui n’est, lui, pas subventionné par l’État. Cette augmentation oscille entre 0,20 à 0,50 DH/ pièce, selon les boulangeries.

« Le prix du pain subventionné n’augmentera jamais »

C’est ce que nous assure M. Azaz, joint par nos soins. « Il y a deux types de pain au Maroc. Le premier est celui subventionné par l’État, qui est à base de farine spéciale, produite à partir du blé tendre. Son prix est fixé à 1,20 DH le pain rond ou la baguette, et ne peut subir une augmentation ».

« Dans un contrat-programme signé en 2008 avec les minotiers et les boulangeries, l’État a déterminé un prix, sortie et rendu moulin, de 260 DH le quintal de blé tendre. Le blé acheté par le minotier à 260 DH/q lui permet de vendre la farine, notamment aux boulangeries, à un montant fixé à 350 DH/q. Ce prix permet à son tour aux boulangeries de produire le pain basique et de le mettre en vente à 1,20 DH/pièce« .

Selon notre interlocuteur, ce contrat est toujours valable, ce qui veut dire que « le prix du pain basique ne connaîtra jamais de hausse « .

En revanche, « le blé dur, à partir duquel sont produits notamment les pâtes, le couscous et le pain de semoule- second type de pain au Maroc, a connu une hausse au niveau international, du fait d’une d’une explosion de la demande et d’une baisse de l’offre. Son prix est fixé par la bourse de Chicago, comme pour toutes les autres matières premières », poursuit-il.

M. Azaz explique cette baisse de l’offre du blé dur au niveau international par deux facteurs. Le premier est que « le Maroc l’importe principalement du Canada, d’Europe et d’Ukraine. Des pluies beaucoup trop abondantes en Europe et une sécheresse sans précédent au Canada ont causé une baisse de 30 à 40% de la production ».

Le second facteur est relatif à « l’entrée de la Chine sur ce secteur, dans l’objectif de diversifier ses produits ». Son importation en blé dur a donc explosé, impactant ainsi le marché mondial.

« Au niveau des boulangeries, la hausse du prix du pain issu du blé dur, oscille entre 0,20 et 0,50 DH/ pièce. Certaines boulangeries n’ont pas augmenté leurs prix, tandis que d’autres n’arrivent plus à en produire. Avant cette crise, le blé dur était importé à 3,30, voire 3,50 DH/ Kg. A présent, il coûte entre 8,40 et 8,50 DH/ Kg. Ce qui veut dire que la tonne de blé dure coûte actuellement 8.500 DH ».

Lahoucine Azaz se montre toutefois rassurant pour l’avenir. « Il s’agit d’une situation passagère. D’ici trois mois, tout rentrera dans l’ordre« .

« Le prix de la farine n’atteint même pas le niveau de 2007 »

Même son de cloche auprès de M. Alaoui. Selon lui, la hausse dont font état de nombreux consommateurs « est un faux problème, puisque seule une petite niche du secteur de la boulangerie est concernée. Il s’agit du pain issu du blé dur, principalement le pain de semoule. »

« Sur le pain basique, il n’y a pas eu d’augmentation, d’autant plus que le prix de la farine au Maroc n’atteint même pas le niveau de 2007, où le quintal coûtait 350 DH, selon l’accord de modération signé entre les minotiers et l’Etat. »

« Au niveau des moulins, il n’y a donc eu aucune augmentation des prix des farines. La meilleure est actuellement vendue à 340 DH/q. La moyenne des prix varie entre 320 et 325 DH/q. »

Par ailleurs, « même si le prix de la matière première a augmenté, l’Etat met la main à la poche pour payer la différence entre le prix d’achat et le prix de revient du blé tendre, qui est le prix de cession à la minoterie ».

« Actuellement, les importations de blé tendre sont suspendues jusqu’au 1er novembre, notamment pour permettre aux agriculteurs marocains d’écouler leur récolte à des prix intéressants. Habituellement, le blé tendre arrive au port de Casablanca et ailleurs entre 310 et 320, voire jusqu’à 325 DH/ q, selon sa qualité. Le prix de cession à la minoterie est de 260 DH/ q. Si l’on fait le calcul, l’État verse aux importateurs une cinquantaine de DH par quintal. Il s’agit d’un surcoût que celui-ci supporte, pour faire en sorte que le prix du pain basique reste stable, puisque le prix d’achat du blé tendre reste à un niveau comparable à toutes les années précédentes ».

« Le blé dur, lui, n’est pas subventionné par l’Etat. Le prix du quintal, arrivé au port de Casablanca, s’élève actuellement à 700 dollars, contre 380 $/q en juillet dernier. Bien entendu, cette flambée se répercute; non seulement sur le prix du pain de semoule, mais majoritairement sur les prix des pâtes et du couscous dans les unités industrielles, puisque ce type de blé est principalement destiné à la fabrication de ces produits ».

« Comparée à la quantité nécessaire pour la fabrication des pâtes et du couscous, celle utilisée par la boulangerie ne représente vraiment pas grand-chose. Ce sont de petites quantités de pain, environ une vingtaine par boulangerie, dont une légère hausse du prix n’impactera pas fortement le consommateur ».

Et d’ajouter, « la majorité des Marocains achètent du pain basique. Et ceux qui achètent le pain de semoule doivent savoir qu’il n’existe pas de pain fait à 100% à base semoule ».

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