Mohamed Al Meski : « La qualité de l’éducation dépend du leadership des directeurs des écoles »

Professeur chercheur dans le domaine de l’éducation et du leadership au sein de l’Université de l’Arizona, Mohamed Al Meski explique comment le leadership d’un directeur d’école peut faire la différence d’un établissement à l’autre. Selon lui, les compétences de ces dirigeants sont la clé pour réussir toute réforme de l’éducation nationale.

Mohamed Al Meski : « La qualité de l’éducation dépend du leadership des directeurs des écoles »

Le 29 septembre 2021 à 17h11

Modifié 29 septembre 2021 à 18h15

Professeur chercheur dans le domaine de l’éducation et du leadership au sein de l’Université de l’Arizona, Mohamed Al Meski explique comment le leadership d’un directeur d’école peut faire la différence d’un établissement à l’autre. Selon lui, les compétences de ces dirigeants sont la clé pour réussir toute réforme de l’éducation nationale.

Mohamed Al Meski s’exprimait dans le cadre de l’émission « Les Mardis du PCNS », organisée par le le Policy Center for the New South, qui a consacré son édition du mardi 28 septembre au thème : « Quel modèle pour améliorer la qualité du système éducatif au Maroc ? »

Passé le diagnostic que tout le monde connaît, l’expert marocain basé aux États-Unis, a soulevé un point rarement débattu au Maroc : le leadership des directeurs d’écoles. Un critère qui, selon lui, peut faire la différence dans la qualité de l’éducation d’une école à l’autre.

« Dans le cadre d’un travail de recherche que je menais, j’ai visité deux écoles à Casablanca, situées dans le même quartier, le même environnement socio-économique. La première était gérée par un directeur compétent, qui prenait des initiatives, qui impliquait les enseignants, la société civile, les parents d’élèves dans la gestion de son établissement. Le second était un directeur standard. La qualité de l’éducation entre les deux écoles était totalement différente, au point que la première école est devenue plus attractive que les écoles privées du quartier. On parle d’un même système éducatif, mais ce qui a fait la différence, c’est la compétence du directeur et sa manière de gérer », relate le chercheur.

C’est de cette expérience qu’est née sa théorie sur le leadership local, et l’autonomisation de l’école comme outil d’amélioration de la qualité de l’éducation.

Plus d’autonomie pour les directeurs des écoles

A l’inverse des années précédentes, le Maroc dispose désormais d’un cadre général qui fixe les axes de la réforme de l’éducation : le nouveau modèle de développement, dont l’esprit rejoint la loi-cadre sur la réforme du système éducatif. « C’est une chance d’avoir un cadre global unifié, contrairement au passé, où même si la volonté et l’intention des politiques étaient bonnes, les réformes péchaient souvent par manque de coordination », signale Mohamed El Meski.

Mais ce cadre général n’est pas suffisant selon lui. « Ce cadre est important parce qu’il unifie les politiques et les actions et assure l’équité entre tous les élèves marocains, quels que soient leur lieu de vie ou leur niveau social. Mais pour améliorer de manière rapide la qualité du système, il faut miser également sur la flexibilité, l’autonomie que l’on doit accorder à chaque établissement pour adapter sa gestion, ses programmes, sa pédagogie à l’environnement dans lequel il baigne », précise-t-il.

Il considère que c’est un point crucial pour l’amélioration de la qualité du système éducatif. Et cela n’est pas sans rappeler une question semblable posée un jour à Abderrahim Bouabid, le défunt leader de l’USFP, au sujet de la démocratie.

« A la question de savoir si les Marocains étaient vraiment prêts pour la démocratie, Abderrahim Bouabid avait répondu qu’on ne devait pas attendre que tout le monde soit prêt pour appliquer les règles de la démocratie. La démocratie est un apprentissage. C’est la même chose pour l’autonomisation des établissements scolaires, on ne peut pas attendre que tous les directeurs soient compétents, matures, pour leur donner une marge de liberté dans la gestion de leur structure ; il faut se lancer dès à présent pour qu’ils s’exercent et mettent la main à la pâte… »

Cette idée n’est pas nouvelle. Selon Mohamed El Meski, elle était déjà présente dans la réforme lancée au début des années 2000 (Al Mithaq Al Watani) qui faisait de la décentralisation un des axes de la réforme du système. Mais entre la théorie et la pratique, il y a tout un fossé que le Maroc n’est pas arrivé à combler.

« J’ai effectué une recherche en 2012 sur l’implication de la société civile et des parents d’élèves dans la gestion de l’école. Le résultat est presque partout pareil : il y avait un manque flagrant d’implication. Les seules exceptions que j’ai pu relever montraient qu’à chaque fois qu’une école avait un directeur compétent, l’expérience avait été un succès et l’école répondait mieux, aux attentes des élèves et de leur environnement social. Un directeur compétent, qui incarne un leadership et qui sait ce qu’il veut, est un critère de succès de l’école », insiste le chercheur.

« L’institution prodigue de l’apprentissage, mais doit apprendre aussi »

Cette autonomie pour laquelle plaide le professeur Al Meski doit s’accompagner toutefois d’un système d’évaluation clair.

Cette évaluation doit commencer au niveau de l’école, par les professeurs, les directeurs, avant de concerner les directeurs provinciaux, centraux ou ministériels.

Une évaluation qui ne doit pas être punitive dans son esprit, explique-t-il, mais positive, dont l’objectif est d’inciter les enseignants et les directeurs à faire toujours mieux.

« L’institution prodigue de l’apprentissage, mais doit apprendre aussi. Quand on crée cette culture positive, qui doit être la philosophie du directeur, de l’enseignant, des responsables à tous les niveaux, on crée les conditions d’une meilleure collaboration entre les différentes parties prenantes pour l’intérêt de l’école et des élèves », recommande le chercheur.

« Il faut toutefois définir les normes de réussite de manière claire, pour chaque année scolaire, voire au milieu de l’année scolaire. Il faut qu’il y ait des réunions régulières, mensuelles, au niveau local et régional, pour parler par exemple des résultats des élèves dans chaque institution. C’est l’un des moyens efficaces pour limiter la fuite éducationnelle et l’échec scolaire. Ce problème peut être réglé par ce mécanisme de suivi et cette flexibilité qui permet de revoir les orientations, les stratégies mises en place pour limiter les dégâts en cours de route », souligne-t-il.

Et cela nécessite, selon lui, l’instauration d’une « culture des données » au sein du système éducatif.

« Quand on parle de normes, on doit définir de manière précise les critères d’un bon enseignant du primaire, du collège ou du lycée… Idem pour les compétences que doit maîtriser l’élève à la fin de chaque année scolaire. Les normes doivent être claires et des discussions doivent être ouvertes, de manière régulière au niveau de chaque école pour évaluer les résultats des élèves et ne pas les perdre en cours de route. Ce travail de suivi des normes dépend de la qualité et des compétences des directeurs, des enseignants et des administrateurs de l’école. Et quand on parle de normes, il ne s’agit pas que des notes, mais de plusieurs critères qui peuvent mesurer les attitudes, le comportement, les performances de l’élève. On doit disposer de données, de beaucoup de données à analyser pour cela », insiste Mohamed Al Meski.

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