Hôtellerie: la suspension des vols avec trois pays européens entraîne une « pluie d’annulations » à Marrakech

Après l’annonce de l’arrêt des vols entre le Maroc et l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, de nombreuses réservations étrangères ont été annulées à Marrakech, alors que plusieurs hôtels affichaient déjà complet pour les vacances de la Toussaint. Jean-Alexandre Bauchet-Bouhlal, directeur général du groupe hôtelier Es Saadi, nous confie que cette mesure pourrait entacher la confiance de l’ensemble des marchés émetteurs.

Hôtellerie: la suspension des vols avec trois pays européens entraîne une « pluie d’annulations » à Marrakech

Le 21 octobre 2021 à 17h32

Modifié 22 octobre 2021 à 13h45

Après l’annonce de l’arrêt des vols entre le Maroc et l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, de nombreuses réservations étrangères ont été annulées à Marrakech, alors que plusieurs hôtels affichaient déjà complet pour les vacances de la Toussaint. Jean-Alexandre Bauchet-Bouhlal, directeur général du groupe hôtelier Es Saadi, nous confie que cette mesure pourrait entacher la confiance de l’ensemble des marchés émetteurs.

A la veille de la suspension des vols avec l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, la plupart des grands hôtels de Marrakech affichaient des taux d’occupation exceptionnels qui présageaient une belle reprise d’activité durant la période des vacances scolaires françaises prévues du 23 octobre au 7 novembre.

« Une annonce de dernière minute qui a sidéré les hôteliers »

C’est la raison pour laquelle plusieurs opérateurs hôteliers, sollicités par Médias24, ont fait part de leur profonde surprise face à « une annonce de dernière minute qui va tout remettre en question et encore éloigner le bout du tunnel ».

Ainsi, le directeur général du groupe Es Saadi, Jean-Alexandre Bauchet-Bouhlal, s’est dit sidéré par une décision annoncée au dernier moment et sans exposer ses raisons, qui a eu pour effet immédiat de susciter beaucoup de questions et même de la crainte chez une clientèle d’habitués.

« Le marché français inquiet d’être à nouveau bloqué au Maroc »

« Aujourd’hui, nos clients, en particulier français, sont très inquiets, car ils ont le souvenir de la fermeture des frontières en mars 2020 qui était devenue effective du jour au lendemain, sans aucune préparation.

Ceux qui ont réservé un séjour chez nous ou chez des confrères ont, par conséquent, peur de venir en famille pour les fêtes de la Toussaint et de se retrouver à nouveau bloqués au Maroc.

Sachant que nous avons surtout une clientèle d’habitués, nous n’avons pas reçu d’annulation de Français, mais il y a beaucoup d’appels de clients qui sont inquiets », confie le directeur général. Il ignore cependant s’ils prendront l’avion ou s’ils finiront par annuler ou reporter un séjour souvent réglé à l’avance.

« Aucune garantie de retour en cas de nouvelle fermeture des frontières avec la France »

« Nous essayons de les rassurer en leur promettant, le cas échéant, des solutions de rapatriement, mais nous ne pouvons pas leur garantir qu’il n’y aura pas de nouvelle fermeture durant leur séjour chez nous.

Que ce soit la clientèle ou les agences avec qui nous travaillons, nos partenaires veulent avoir de la visibilité que nous ne sommes pas capables de leur offrir. »

« Plusieurs clients anglais bloqués au Maroc »

« A ce jour, nous n’avons eu aucun désistement de Hollandais ou d’Allemands, mais quelques-uns du marché anglais. Pas beaucoup, car leurs vacances scolaires s’achevaient durant la semaine en cours.

Mais nous avons plusieurs Britanniques qui sont bloqués chez nous et qui vont devoir prendre un vol Marrakech-Paris, puis un Paris-Londres avant de pouvoir rentrer chez eux », se désole Bauchet-Bouhlal en indiquant que leur séjour à Marrakech leur coûtera plus cher que prévu avec un supplément aérien.

« Un taux prévisionnel de remplissage hôtelier de 80% qui risque de s’effondrer »

Sur le taux d’occupation hôtelier prévu pour les fêtes de la Toussaint qui constituent le début de la haute saison, le directeur général révèle qu’il était de 80% avant l’annonce de la suspension des vols, alors que pourtant aucune promotion sur les prix des chambres n’avait été lancée.

« La dernière fois que nous avons atteint un tel taux de remplissage, c’était pour les fêtes de fin d’année en décembre 2020.

« Si on enregistre encore quelques nouvelles réservations, nous n’avons cependant garantie sur le fait que les clients surmonteront leurs craintes et qu’il n’y aura pas un effondrement des arrivées. »

« Un pass vaccinal qui n’allège pas les restrictions »

« Alors que nous nous réjouissions par anticipation de l’impact positif du pass vaccinal censé s’accompagner d’un allégement des restrictions, c’est tout le contraire qui se passe, avec des restrictions supplémentaires qui vont toucher notre principal marché étranger.

Ain nos clients qui sont tous vaccinés, nous demandent s’ils devront, hormis à leur arrivée à l’aéroport et à notre hôtel, montrer patte blanche avec leur pass vaccinal à chacune de leur sortie en ville. En effet, ils viennent tous pour se balader et certainement pour rester enfermés dans leur chambre. »

« Un potentiel de clientèle israélienne rebuté par la fermeture du casino »

« A ce propos, nous n’avons toujours pas l’autorisation de rouvrir notre casino et nous perdons beaucoup d’argent, notamment du marché israélien.

En effet, on nous classe dans la liste des établissements nocturnes, alors que nous pouvons très bien suivre les horaires des restaurants jusqu’à 23 heures.

Grâce aux nouvelles lignes aériennes avec Israël, nous avons un potentiel fabuleux de clients israéliens désireux d’organiser des séminaires de groupe avec l’étape casino, mais nous sommes obligés de leur dire que c’est fermé alors que les casinos ont rouvert partout dans le monde », conclut Bauchet-Bouhlal. Ce dernier se dit très inquiet de l’impact de cette nouvelle fermeture qui pourrait pousser les touristes étrangers, et notamment français, à opter pour une autre destination.

« Une catastrophe qui risque de tuer la confiance de tous les marchés étrangers »

Tout aussi pessimiste que son confrère, le directeur commercial d’une grande chaîne internationale craint un effondrement de son taux d’occupation, qui atteignait pourtant 100% à la veille de cette décision.

« Pour l’ensemble des opérateurs de Marrakech, l’annonce de la suspension des vols entre le Maroc, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni est incompréhensible et, in fine, une catastrophe.

« En effet, depuis hier, nous avons une pluie d’annulations, en particulier des clients anglais qui devaient venir cette semaine, mais aussi et surtout des Français pour les deux semaines de vacances de la Toussaint.

En agissant de cette manière, le gouvernement est en train de tuer le tourisme marocain, pas seulement pour les semaines à venir, mais également pour le mois de novembre, et davantage encore pour les fêtes de fin d’année où nous réalisons l’essentiel de notre chiffre d’affaires annuel », prédit notre interlocuteur.

Son ultime crainte est qu’avec cette nouvelle annonce de dernière minute, les marchés étrangers risquent de se détourner, à terme, complètement du Maroc pour d’autres destinations moins contraignantes …

« Des alternatives à la suspension des vols étaient possibles »

De son côté, le propriétaire de l’hôtel Sirayane, situé à Marrakech, nous déclare que le gouvernement avait plusieurs options au lieu de fermer sans préavis et sans explications avec l’effet immédiat constaté à savoir que de nombreux clients étrangers ont annulé leur séjour de peur de se retrouver bloqués à cause de cette annonce de dernière minute.

– Passer ces trois pays en liste B et en plus du vaccin exigé un test PCR, 48 heures avant l’arrivée.

– Effectuer des tests anti géniques à l’aéroport en plus du test PCRP

« En effet, aucune des destinations concurrentes du Maroc n’a adopté cette mesure de suspension des vols qui a, à la fois, lourdement entaché la réputation de notre pays mais aussi la crédibilité de notre gouvernement.

« Sachant qu’après 20 mois de restrictions, le secteur est sinistré et qu’une seule des 21 mesures du contrat programme est vraiment entrée en vigueur, si on torpille la petite reprise constatée depuis une quinzaine de jours, les années 2021 et 2022 passeront par pertes et profits », conclut Mehdi Bennani Smires qui espère que les autorités entendront leur message d’alarme et prendront la peine de se concerter avec les opérateurs à l’avenir …

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