Le complexe solaire de Ouarzazate: un montage financier innovant
Ambiance des grands jours au Maroc. Ce jeudi 4 février aura lieu l’inauguration de la première centrale solaire du complexe Noor à Ouarzazate, qui sera le plus grand complexe solaire au monde. Le Roi Mohammed VI reprendra ensuite sa tournée dans les provinces du sud.
L'inauguration du complexe solaire de Ouarzazate suscite l'intérêt national et international, car il s'agit du premier projet de cette envergure. Cette ambition marocaine a été voulue par le Roi Mohammed VI, qui a engagé le Maroc dès 2008 sur la voie des énergies propres et renouvelables. L'intérêt du projet n'est pas uniquement de produire de l'électricité d'origine solaire. Il réside également dans les effets induits en matière d'emplois, d'industrialisation, de R&D, de formation, de dessalement d'eau de mer...
L’Agence marocaine pour l'énergie solaire (MASEN), créée en mars 2010, est chargée de la mise en œuvre du programme. Société anonyme à capitaux publics, la Masen est détenue, à parts égales, par l’Etat marocain, le Fonds Hassan II pour le développement économique et social, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et la Société d’investissements énergétiques (SIE).
La BAD (Banque africaine de développement) a joué un rôle clé dans le montage financier, le financement et les discussions avec les partenaires techniques. Ci-après, une synthèse au sujet du montage financier, d’après les documents de la BAD:
Une structure de financement innovante
Le coût total du projet hors taxes et droits de douane est de 2,105 milliards d’euros. Il est financé par un montage en PPP innovant.
Le projet recourt à une structure de financement en partenariat public-privé innovante. Elle permet de démultiplier les capacités d’un groupement de producteurs d’électricité indépendants pour revendre au gouvernement l’électricité produite par la centrale.
Le mécanisme de soutien financier du projet vise à abaisser le coût d’investissement dans l’énergie solaire à concentration à des niveaux comparables aux technologies traditionnelles et de diminuer le coût global de l’électricité au Maroc. Il devrait réduire les coûts globaux de l’énergie solaire à concentration de 3 %.
Le montage financier du projet a été orchestré par le groupe Banque africaine de développement et la Banque mondiale. Le financement associe, outre ces deux institutions financières internationales, le Fonds pour les technologies propres des fonds d’investissements climatiques, l’Agence allemande d’aide au développement KfW, l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’Investissement (BEI), l’Union européenne), la MASEN et des investisseurs privés.
Les fonds prêtés à MASEN par les partenaires financiers sont rétrocédés aux trois sociétés de projet (une par centrale). Chaque société de projet est détenue par un consortium privé sélectionné à la suite d’un processus d’appel d’offres (75%) et par MASEN (25%). Cette dernière sera l’acheteur unique de l’électricité produite par les centrales.
Le financement se répartit ainsi:
Le rôle clé du groupe Banque africaine de développement
La BAD, à travers son bureau marocain, a joué un rôle clé dans la discussion entre le gouvernement marocain et les partenaires au financement et partenaires techniques.
Les instruments de financement proposés par la BAD comprennent un prêt classique de la banque (9% du financement total) et un prêt FIC (Fonds pour l’investissement climatique, 8% du financement) qui fait partie des fonds d’investissement climatiques très impliqués en Afrique.
Le projet fait partie des opérations innovantes de la BAD dans le secteur de l’énergie. La technologie utilisée (centrales thermo-solaire à concentration de grande puissance dotées de capacités de stockage d’énergie thermique de plus de cinq heures) ainsi que le montage financier (production d’électricité en PPP soutenue par plusieurs bailleurs de fonds) ont permis à l’institution financière de faire valoir sa capacité d’ingénierie de financement.
Les solutions développées pour le montage lui ont permis d’acquérir un savoir-faire qui pourra être réutilisé.
Pour l’ensemble du projet, le groupe BAD a apporté 200 millions d’euros sur ses ressources propres et 165 millions via le FIC. Ces sommes se ventilent de la façon suivante :
- pour la NOORo I, sur un coût total d’investissement de 634 millions d’euros, la BAD a apporté 100 millions sur ses ressources propres et 75 millions via le FTP.
- pour NOORo II, sur un total d’investissement de 827 millions d’euros, la BAD a apporté 72 millions sur ses ressources propres et 52 millions via le FTP.
- pour NOORo III, d’un coût total d’investissement de 644 millions d’euros, la BAD a apporté 28 millions sur ses ressources propres et 38 millions via le FTP.
Un exemple pour le New Deal sur l’énergie en Afrique
NOOR est un parfait exemple de projet du New Deal pour l’énergie en Afrique, lancé par le nouveau président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, pour transformer le secteur de l’énergie et permettre l’accès de l’électricité pour tous sur le continent, afin de favoriser son développement et sa transformation. En outre, NOOR est un projet qui montre comment encourager des économies plus vertes, grâce aux énergies renouvelables.
Le rôle catalyseur des fonds d'investissement climatiques
Un financement de 435 millions de dollars à taux concessionnel a été octroyé par le Fonds pour les technologies propres, relevant des Fonds d'investissement climatiques (FIC), par le biais de la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale, en vue de stimuler et de soutenir le développement échelonné du complexe solaire NOOR CSP.
Le but de l'investissement des FIC dans le CSP est de constituer un dossier d'évaluation de la technologie CSP, de sorte à réduire les risques perçus par les investisseurs et concepteurs CSP du secteur privé, ainsi que les coûts des projets futurs. Ces allocations du FIC devront permettre d'atteindre la capacité de production de 1,1 GW prévue, soit plus du quart de la capacité CSP totale actuelle.
Les FIC ont joué un rôle significatif dans le bouclage financier fructueux de NOOR, qui excède le milliard de dollars. L'implication des FIC, en tant que bailleur de fonds, a permis la mise en place d'un cadre logique d'investissement en faveur du gouvernement et du secteur privé, simplifiant ainsi ce projet très complexe. Financé à hauteur de 80% en emprunts et 20% en capitaux propres, le prêt des FIC a permis de réduire de 25% les coûts énergétiques du projet.
Comparé au financement des banques commerciales disponibles sur le marché, l'emprunt à faible coût fourni par les FIC – à travers son Fonds pour les technologies propres - (197 millions de dollars) et les autres institutions financières a permis de réduire d'environ 25% les coûts afférents à la phase 1 du projet. Il a contribué à une proposition gagnante inférieure de 25% aux coûts prévus initialement: 0,18$ par kilowatt/heure (kWh) contre 0,24$ par kWh. Ceci aura pour effet de diminuer de 60 à 20 millions de dollars le montant de la subvention annuelle requise du gouvernement marocain, réduisant ainsi la pression sur ses finances publiques.
La BAD a mis en ligne un intéressant reportage vidéo à l'intérieur et dans les environs du nouveau complexe.
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