Yigal Bin-Nun nous a fait parvenir depuis le 28 mars le texte ci-après au sujet des circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka.  Lui-même a beaucoup travaillé sur le sujet. Ce texte fait suite aux révélations publiées récemment par un journal israélien. Voici son texte dont le contenu n'engage que son auteur. Nous le publions comme une pièce supplémentaire versée à un dossier inextricable, avec ses quelques inexactitudes historiques.

Voici quelques rectifications à l’article de Yediot Aharonot sur les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka.

Je n'ai jamais dit aux journalistes qu'Israël était impliqué dans l'assassinat de Ben Barka mais qu’il a uniquement été sollicité par Ahmed Dlimi de la Sécurité nationale marocaine, pour faire disparaître sa dépouille.

En outre, à mon avis le Roi Hassan II n'a pas donné l'ordre de tuer Ben Barka et ni Dlimi ni son patron Mohamed Oufkir n’ont dit aux Israéliens qu’ils avaient l’intention de tuer Ben Barka , qui d’ailleurs, avait d’excellentes relations avec les Israéliens.

Selon les protocoles des entretiens entre le chef du Mossad Meir Amit et le premier ministre Levy Eshkol, les Israéliens n’auraient jamais accepté de collaborer à un projet de ce genre.

La mort du leader marocain n’a été causée que par un excès de zèle de la part de Dlimi et Oufkir n'était pas impliqué dans ce meurtre. Aussi, Ben Barka ne constituait aucun danger pour Israël, bien au contraire, il a longtemps soutenu la diplomatie israélienne dans les pays du tiers monde et avec Abderrahim Bouabid, il œuvra pour la sauvegarde des droits des Juifs du Maroc.

Le 28 mars 1960, Golda Meir ministre des Affaires étrangères avait même dépêché à Ben Barka un émissaire spécial, Yaacov Caroz, bras droit du chef du Mossad Isser Harel. Ben Barka demanda à cette occasion aux israeliens une aide financière pour son parti. (...)

Mais les relations entre Ben Barka et Israël se détériorèrent lorsque Ben Barka osa demander à Caroz des armes destinées à être utilisées par son parti lorsqu’il décidera de prendre le pouvoir par la force.

A partir de cet entretien, Golda Meir conseilla à son ambassade à Paris de se méfier de l’exilé et de privilégier les contacts avec l’entourage financier du prince héritier Moulay Hassan.

On peut comprendre le discours anti israélien de Ben Barka au Caire par la décision d’Israël de minimiser ses relations avec lui (...) au profit du Palais. Sur les relations entre Ben Barka et Israël voir mon article.

La coopération officielle entre le Maroc et Israël, dans le domaine politique, sans rapport avec l’émigration juive du Maroc, débuta en février 1963. Elle fut précédée par “l’accord de compromis“ conclu au début août 1961. Contrairement à ce qui a été publié en mon nom, Oufkir n'avait aucun rapport avec cet accord pour le départ collectif des Juifs du Maroc moyennant une indemnisation de 50 à 250$, sous couvert de l’organisme humanitaire d’émigration HIAS (Hebrew Sheltering and Immigrant Aid Society). Il s'est même prononcé contre les conditions de cet accord. Voir mon article.

Les relations secrètes israélo-marocaines s’inscrivent dans le cadre de «la politique de la périphérie» préconisée par le premier ministre David Ben Gourion, des contacts étroits furent établis surtout avec le Roi Hussein de Jordanie, avec l’Irak de Qassem, ainsi qu’une alliance spéciale (Kalil) entre Israël, l’Iran et la Turquie, et une autre alliance entre Israël, l’Éthiopie et le Soudan. Sans compter les relations avec les pays d’Afrique occidentale.

La première rencontre officielle entre les deux pays s’effectua entre le bras droit de Isser Harel – Yaacov Caroz et le général Mohamed Oufkir avec le commissaire de police français, délégué à l’Interpol, Emil Benhamou, à son domicile à Paris, rue Victor Hugo, suivie d’une série de rencontres entre Oufkir et David Shomron du Mossad, dans les hôtels genevois Beau Rivage (quai du Mont-blanc 13) et Cornavin (23 boulevard James-Fazy).

Oufkir avait reçu précédemment le feu vert de Hassan II.

À la mi-février, Ahmed Dlimi, l’adjoint d’Oufkir, effectua un voyage en Israël et participa à des réunions de travail avec le Mossad. Le 12 avril 1963, l’ambassadeur d’Israël à Paris Walter Eitan, rencontra son homologue marocain en France, Mohamed Cherkaoui.

Oufkir effectua 4 visites en Israël, la première en janvier 1964 et rencontra Golda Meir et Meir Amit. À partir de ces rencontres, les agents du Mossad qui se succédèrent au Maroc s’entretinrent souvent avec le Roi, Oufkir, Dlimi et avec d’autres personnalités marocaines.

Contrairement à certaines publications, le premier directeur du Mossad, Isser Harel, n’a jamais effectué de voyage officiel au Maroc et n’a jamais rencontré Hassan II.

Il est arrivé au Maroc à 4 reprises, clandestinement, dans le cadre de l’émigration clandestine des juifs du Maroc. Ce n’est que son successeur, Meir Amit, qui effectua un voyage officiel au cours du mois d’avril 1963 et fut reçu par Hassan II et le général Oufkir, dans un petit pavillon du palais de Marrakech.

(…)

Pendant le deuxième exil de Ben Barka en Europe, Israël a accepta de surveiller les déplacements et rencontres de l’exilé à la demande de Dlimi, mais s’est retiré de cette filature, le Mossad s‘étant rendu compte que d’autres services secrets surveillaient ces déplacements.

Selon un protocole gouvernemental, Meir Amit avait reçu le feu vert du premier ministre Levi Eshkol d’effecteur cette filature uniquement après que le chef du Mossad lui avait promit que le but était d’éviter que Ben Barka ne tombe dans le piège d’un service qui décide de l’éliminer.

Hassan II, de toute évidence, n’avait pas l’intention de tuer Ben Barka. Il avait même dépêché à Paris son ministre Réda Guedira pour proposer à l’exilé de rentrer au Maroc avant la conférence tricontinentale qui devait se tenir à la Havane.

Mais Ben Barka préféra ne retourner au pays qu’après cette conférence. On peut alors se demander, si les Marocains avaient prémédité l’élimination de Ben Barka pourquoi l’auraient on enlevé en pleine journée à Paris au coin de la rue de Rennes et du boulevard Saint Germain. On lui aurait plutôt tiré une balle dans le dos dans une rue déserte à Genève ou au Caire. Durant 9 mois, Ben Barka habita au domicile du couple Jacques Givet et Isabelle Vishniak au 18 rue Beaumont à Genève.

Comment alors Ben Barka trouva-t-il sa mort? D’après divers témoignages que j’ai recueillis à partir de 1996, il s’avère de sources irréfutables que Ben Barka est mort asphyxié après qu’un groupe de Marocains avec à leur tête Ahmed Dlimi et Miloud Tounzi, alias Chtouki, ont commis la bavure d’immerger sa tète dans une baignoire pleine d’eau, ce qui entraina sa mort.

Tout de suite après, Dlimi appelle le responsable du Mossad à Paris Emanuel Tadmor, lui raconte ce qui s’est passé et sollicite son aide dans deux domaines: débarrasser les Marocains du corps de Ben Barka et leur fournir de faux passeports. Malgré sa consternation par la mort de Ben Barka, ami d’Israël, l’agent Emanuel Tadmor reçu l’ordre du chef du Mossad Meir Amit d’aider «nos amis Marocains».

Voici le déroulement des faits tels que me les a rapportés l’agent du Mossad Eliezer Sharon-Sudit (alias Qabtsen) l’été 1998 dans son domicile (en présence de Ami Perets, un autre agent du Mossad): Dlimi est arrivé le 28 octobre 1965 à Paris et fut reçu à l’aéroport Orly par Naftali Keinan, chef de la section Tevel du Mossad. Après quelques propos, ils préférèrent se revoir à la porte de Saint Cloud.

Leur rencontre fut surveillée par Eliezer Sharon et Zeev Amit (cousin du chef du Mossad Meir Amit, mort à la Guerre de Kippour). Dlimi demanda à N. Keinan de rester en état d’alerte à portée d’un téléphone dans l’appartement de service du Mossad à Paris pour lui communiquer le déroulement des faits.

Deux jours après, Dlimi affolé appelle Keinan et lui demanda de l’aider à faire disparaître le corps de Ben Barka. Tout de suite après, Dlimi vint lui remettre les clés de l’appartement où Ben Barka trouva sa mort. Keinan demanda à Tadmor d’envoyer en urgence une équipe de 4 personnes, couverts par d’autres agents, planqués dans 2 voitures diplomatiques, pour s’occuper de la dépouille.

Eliezer Sharon, Zeev Amit et Rafi Eitan se rendirent dans un petit appartement à Paris, à l’étage, prirent le corps de Ben Barka de l’intérieur d’une baignoire, l’enveloppèrent, le mirent dans le coffre d’une voiture diplomatique appartenant à Shalom Baraq et se dirigèrent vers le périphérique pour quitter Paris.

Le corps de Ben Barka a été enterré la nuit dans un bois au Nord-Est de Paris, un lieu où les agents du Mossad avaient l’habitude de faire des pique-nique avec leurs familles.

Ils enterrèrent le corps dans un bois et versèrent dessus et en dessous un produit chimique, acheté par des agents du Mossad en petites quantités dans plusieurs pharmacies de Paris, versèrent de la chaux sur la dépouille puis recouvrirent le corps. Quelques heures plus tard, il avait plu et les produits chimiques en contact avec l'eau ont dissout le corps.

Contrairement à ce que prétend un des deux journalistes de Yediot Aharonot Ben Barka n'a pas été enterré dans un jardin public, traversé par une route. Avant sa mort, Eliezer Sharon ne m'a pas dit que le lieu de l'enterrement était la forêt Saint Germain. Ce n'est qu'une de mes déductions personnelles, suite à une série de questions que je lui avais posées sur le lieu de l'enterrement. E. Sharon a répondu à toutes mes suggestions par la négative en indiquant seulement une forêt au nord ouest de Paris. J'en ai déduit que probablement, ça pouvait être la forêt Saint Germain.

Les détails de ce témoignage m’ont été confirmés plus tard par Emanuel Tadmor. Le témoignage de David Shomron, premier chef de la station du Mossad au Maroc, que j’ai recueillit le 28 juillet 1998 et le 15 septembre 2003 dans son domicile à Raanana, confirment ceux de E. Sharon et de E. Tadmor.

Quelques moi après les faits, Dlimi avoua à Shomron que Ben Barka est mort dans ses bras. Selon Shomron: «Dlimi immergeait la tête de sa victime dans l’eau d’une baignoire et pour voir s’il respirait encore il lui pinçait les fesses. Si ses muscles , il fallait sortir sa tête de l’eau. Au bout d’un moment, la tête de Ben Barka resta trop longtemps dans l’eau sans respirer et il mourut asphyxié».

Selon D. Shomron, Dlimi n’a utilisé ni les revolvers et ni d’autres objets que lui avait fournit le Mossad à sa demande. Il précise que la mort de Ben Barka n’est que le résultat d’un excès de zèle de la part de Dlimi et que Oufkir n’avait aucun rôle dans cette affaire.

Après la débâcle de l’opération, Hassan II demanda à Oufkir de se rendre à Paris pour s’informer du comportement de Dlimi. En fait, le Roi voulait «impliquer» Oufkir dans cette affaire devant la justice française.

En fin de compte, Dlimi qui était le responsable du meurtre de l’opposant a été acquitté par la justice française et Oufkir qui n'était impliqué ni dans l'enlèvement ni dans la mort de Ben Barka a été jugé par contumace à la prison à vie par cette même cours de justice.

Oufkir fut éliminé après une tentative de coup d’Etat en 1973 et Dlimi trouva sa mort en 1984 dans un probable accident de voiture.

Peu d’officiels marocains étaient au courant de la présence du Mossad au Maroc. (…) Dans les stages militaires à la base militaire de Dar elbida à Meknès les Israéliens étaient présentés comme américains ou allemands.

J’ai transmit l’essentiel de ces révélations à Bachir Ben Barka et à son frère à Paris en octobre 1998, à Zakya Daoud en Juillet 1997 et septembre 1998 ainsi qu’à Maitre Maurice Buttin le 30 mars 2004.

Plus tard Maitre Buttin m’a demandé par courrier si j’étais prêt à témoigner sur l’affaire au juge Ramael, J’ai posé deux conditions: que ce ne soit pas un témoignage mais l’avis d’un expert et que cet avis soit recueillit en Israël et pas à Paris. On ne m’a plus recontacté. Le 27 décembre 2014, Maitre Butin a renouvelé sa requête de témoigner devant le nouveau juge d’instruction Cyril Percaux.

Par l’intermédiaire de l’ancien ministre Ahmed Ramzi, le chef des services de sécurité marocains Hamidou Lanigri accepta de me rencontrer. L’entretien a eu lieu en septembre 1998 à Paris au Drugstore des Champs Elysées et je l’ai averti que j’allais publier le résultat de mes travaux sur l’affaire Ben Barka. A sa demande, Je lui ai révélé le vrai nom de Chtouki. Le reste sera publié dans mon prochain livre

Voir photo ci dessous: Georges Berdugo, Annette Chouraqui, André Chouraqui, Ben Barka et une personne non identifiée.

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Yigal Bin-Nun nous a fait parvenir depuis le 28 mars le texte ci-après au sujet des circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka.  Lui-même a beaucoup travaillé sur le sujet. Ce texte fait suite aux révélations publiées récemment par un journal israélien. Voici son texte dont le contenu n'engage que son auteur. Nous le publions comme une pièce supplémentaire versée à un dossier inextricable, avec ses quelques inexactitudes historiques.

Voici quelques rectifications à l’article de Yediot Aharonot sur les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka.

Je n'ai jamais dit aux journalistes qu'Israël était impliqué dans l'assassinat de Ben Barka mais qu’il a uniquement été sollicité par Ahmed Dlimi de la Sécurité nationale marocaine, pour faire disparaître sa dépouille.

En outre, à mon avis le Roi Hassan II n'a pas donné l'ordre de tuer Ben Barka et ni Dlimi ni son patron Mohamed Oufkir n’ont dit aux Israéliens qu’ils avaient l’intention de tuer Ben Barka , qui d’ailleurs, avait d’excellentes relations avec les Israéliens.

Selon les protocoles des entretiens entre le chef du Mossad Meir Amit et le premier ministre Levy Eshkol, les Israéliens n’auraient jamais accepté de collaborer à un projet de ce genre.

La mort du leader marocain n’a été causée que par un excès de zèle de la part de Dlimi et Oufkir n'était pas impliqué dans ce meurtre. Aussi, Ben Barka ne constituait aucun danger pour Israël, bien au contraire, il a longtemps soutenu la diplomatie israélienne dans les pays du tiers monde et avec Abderrahim Bouabid, il œuvra pour la sauvegarde des droits des Juifs du Maroc.

Le 28 mars 1960, Golda Meir ministre des Affaires étrangères avait même dépêché à Ben Barka un émissaire spécial, Yaacov Caroz, bras droit du chef du Mossad Isser Harel. Ben Barka demanda à cette occasion aux israeliens une aide financière pour son parti. (...)

Mais les relations entre Ben Barka et Israël se détériorèrent lorsque Ben Barka osa demander à Caroz des armes destinées à être utilisées par son parti lorsqu’il décidera de prendre le pouvoir par la force.

A partir de cet entretien, Golda Meir conseilla à son ambassade à Paris de se méfier de l’exilé et de privilégier les contacts avec l’entourage financier du prince héritier Moulay Hassan.

On peut comprendre le discours anti israélien de Ben Barka au Caire par la décision d’Israël de minimiser ses relations avec lui (...) au profit du Palais. Sur les relations entre Ben Barka et Israël voir mon article.

La coopération officielle entre le Maroc et Israël, dans le domaine politique, sans rapport avec l’émigration juive du Maroc, débuta en février 1963. Elle fut précédée par “l’accord de compromis“ conclu au début août 1961. Contrairement à ce qui a été publié en mon nom, Oufkir n'avait aucun rapport avec cet accord pour le départ collectif des Juifs du Maroc moyennant une indemnisation de 50 à 250$, sous couvert de l’organisme humanitaire d’émigration HIAS (Hebrew Sheltering and Immigrant Aid Society). Il s'est même prononcé contre les conditions de cet accord. Voir mon article.

Les relations secrètes israélo-marocaines s’inscrivent dans le cadre de «la politique de la périphérie» préconisée par le premier ministre David Ben Gourion, des contacts étroits furent établis surtout avec le Roi Hussein de Jordanie, avec l’Irak de Qassem, ainsi qu’une alliance spéciale (Kalil) entre Israël, l’Iran et la Turquie, et une autre alliance entre Israël, l’Éthiopie et le Soudan. Sans compter les relations avec les pays d’Afrique occidentale.

La première rencontre officielle entre les deux pays s’effectua entre le bras droit de Isser Harel – Yaacov Caroz et le général Mohamed Oufkir avec le commissaire de police français, délégué à l’Interpol, Emil Benhamou, à son domicile à Paris, rue Victor Hugo, suivie d’une série de rencontres entre Oufkir et David Shomron du Mossad, dans les hôtels genevois Beau Rivage (quai du Mont-blanc 13) et Cornavin (23 boulevard James-Fazy).

Oufkir avait reçu précédemment le feu vert de Hassan II.

À la mi-février, Ahmed Dlimi, l’adjoint d’Oufkir, effectua un voyage en Israël et participa à des réunions de travail avec le Mossad. Le 12 avril 1963, l’ambassadeur d’Israël à Paris Walter Eitan, rencontra son homologue marocain en France, Mohamed Cherkaoui.

Oufkir effectua 4 visites en Israël, la première en janvier 1964 et rencontra Golda Meir et Meir Amit. À partir de ces rencontres, les agents du Mossad qui se succédèrent au Maroc s’entretinrent souvent avec le Roi, Oufkir, Dlimi et avec d’autres personnalités marocaines.

Contrairement à certaines publications, le premier directeur du Mossad, Isser Harel, n’a jamais effectué de voyage officiel au Maroc et n’a jamais rencontré Hassan II.

Il est arrivé au Maroc à 4 reprises, clandestinement, dans le cadre de l’émigration clandestine des juifs du Maroc. Ce n’est que son successeur, Meir Amit, qui effectua un voyage officiel au cours du mois d’avril 1963 et fut reçu par Hassan II et le général Oufkir, dans un petit pavillon du palais de Marrakech.

(…)

Pendant le deuxième exil de Ben Barka en Europe, Israël a accepta de surveiller les déplacements et rencontres de l’exilé à la demande de Dlimi, mais s’est retiré de cette filature, le Mossad s‘étant rendu compte que d’autres services secrets surveillaient ces déplacements.

Selon un protocole gouvernemental, Meir Amit avait reçu le feu vert du premier ministre Levi Eshkol d’effecteur cette filature uniquement après que le chef du Mossad lui avait promit que le but était d’éviter que Ben Barka ne tombe dans le piège d’un service qui décide de l’éliminer.

Hassan II, de toute évidence, n’avait pas l’intention de tuer Ben Barka. Il avait même dépêché à Paris son ministre Réda Guedira pour proposer à l’exilé de rentrer au Maroc avant la conférence tricontinentale qui devait se tenir à la Havane.

Mais Ben Barka préféra ne retourner au pays qu’après cette conférence. On peut alors se demander, si les Marocains avaient prémédité l’élimination de Ben Barka pourquoi l’auraient on enlevé en pleine journée à Paris au coin de la rue de Rennes et du boulevard Saint Germain. On lui aurait plutôt tiré une balle dans le dos dans une rue déserte à Genève ou au Caire. Durant 9 mois, Ben Barka habita au domicile du couple Jacques Givet et Isabelle Vishniak au 18 rue Beaumont à Genève.

Comment alors Ben Barka trouva-t-il sa mort? D’après divers témoignages que j’ai recueillis à partir de 1996, il s’avère de sources irréfutables que Ben Barka est mort asphyxié après qu’un groupe de Marocains avec à leur tête Ahmed Dlimi et Miloud Tounzi, alias Chtouki, ont commis la bavure d’immerger sa tète dans une baignoire pleine d’eau, ce qui entraina sa mort.

Tout de suite après, Dlimi appelle le responsable du Mossad à Paris Emanuel Tadmor, lui raconte ce qui s’est passé et sollicite son aide dans deux domaines: débarrasser les Marocains du corps de Ben Barka et leur fournir de faux passeports. Malgré sa consternation par la mort de Ben Barka, ami d’Israël, l’agent Emanuel Tadmor reçu l’ordre du chef du Mossad Meir Amit d’aider «nos amis Marocains».

Voici le déroulement des faits tels que me les a rapportés l’agent du Mossad Eliezer Sharon-Sudit (alias Qabtsen) l’été 1998 dans son domicile (en présence de Ami Perets, un autre agent du Mossad): Dlimi est arrivé le 28 octobre 1965 à Paris et fut reçu à l’aéroport Orly par Naftali Keinan, chef de la section Tevel du Mossad. Après quelques propos, ils préférèrent se revoir à la porte de Saint Cloud.

Leur rencontre fut surveillée par Eliezer Sharon et Zeev Amit (cousin du chef du Mossad Meir Amit, mort à la Guerre de Kippour). Dlimi demanda à N. Keinan de rester en état d’alerte à portée d’un téléphone dans l’appartement de service du Mossad à Paris pour lui communiquer le déroulement des faits.

Deux jours après, Dlimi affolé appelle Keinan et lui demanda de l’aider à faire disparaître le corps de Ben Barka. Tout de suite après, Dlimi vint lui remettre les clés de l’appartement où Ben Barka trouva sa mort. Keinan demanda à Tadmor d’envoyer en urgence une équipe de 4 personnes, couverts par d’autres agents, planqués dans 2 voitures diplomatiques, pour s’occuper de la dépouille.

Eliezer Sharon, Zeev Amit et Rafi Eitan se rendirent dans un petit appartement à Paris, à l’étage, prirent le corps de Ben Barka de l’intérieur d’une baignoire, l’enveloppèrent, le mirent dans le coffre d’une voiture diplomatique appartenant à Shalom Baraq et se dirigèrent vers le périphérique pour quitter Paris.

Le corps de Ben Barka a été enterré la nuit dans un bois au Nord-Est de Paris, un lieu où les agents du Mossad avaient l’habitude de faire des pique-nique avec leurs familles.

Ils enterrèrent le corps dans un bois et versèrent dessus et en dessous un produit chimique, acheté par des agents du Mossad en petites quantités dans plusieurs pharmacies de Paris, versèrent de la chaux sur la dépouille puis recouvrirent le corps. Quelques heures plus tard, il avait plu et les produits chimiques en contact avec l'eau ont dissout le corps.

Contrairement à ce que prétend un des deux journalistes de Yediot Aharonot Ben Barka n'a pas été enterré dans un jardin public, traversé par une route. Avant sa mort, Eliezer Sharon ne m'a pas dit que le lieu de l'enterrement était la forêt Saint Germain. Ce n'est qu'une de mes déductions personnelles, suite à une série de questions que je lui avais posées sur le lieu de l'enterrement. E. Sharon a répondu à toutes mes suggestions par la négative en indiquant seulement une forêt au nord ouest de Paris. J'en ai déduit que probablement, ça pouvait être la forêt Saint Germain.

Les détails de ce témoignage m’ont été confirmés plus tard par Emanuel Tadmor. Le témoignage de David Shomron, premier chef de la station du Mossad au Maroc, que j’ai recueillit le 28 juillet 1998 et le 15 septembre 2003 dans son domicile à Raanana, confirment ceux de E. Sharon et de E. Tadmor.

Quelques moi après les faits, Dlimi avoua à Shomron que Ben Barka est mort dans ses bras. Selon Shomron: «Dlimi immergeait la tête de sa victime dans l’eau d’une baignoire et pour voir s’il respirait encore il lui pinçait les fesses. Si ses muscles , il fallait sortir sa tête de l’eau. Au bout d’un moment, la tête de Ben Barka resta trop longtemps dans l’eau sans respirer et il mourut asphyxié».

Selon D. Shomron, Dlimi n’a utilisé ni les revolvers et ni d’autres objets que lui avait fournit le Mossad à sa demande. Il précise que la mort de Ben Barka n’est que le résultat d’un excès de zèle de la part de Dlimi et que Oufkir n’avait aucun rôle dans cette affaire.

Après la débâcle de l’opération, Hassan II demanda à Oufkir de se rendre à Paris pour s’informer du comportement de Dlimi. En fait, le Roi voulait «impliquer» Oufkir dans cette affaire devant la justice française.

En fin de compte, Dlimi qui était le responsable du meurtre de l’opposant a été acquitté par la justice française et Oufkir qui n'était impliqué ni dans l'enlèvement ni dans la mort de Ben Barka a été jugé par contumace à la prison à vie par cette même cours de justice.

Oufkir fut éliminé après une tentative de coup d’Etat en 1973 et Dlimi trouva sa mort en 1984 dans un probable accident de voiture.

Peu d’officiels marocains étaient au courant de la présence du Mossad au Maroc. (…) Dans les stages militaires à la base militaire de Dar elbida à Meknès les Israéliens étaient présentés comme américains ou allemands.

J’ai transmit l’essentiel de ces révélations à Bachir Ben Barka et à son frère à Paris en octobre 1998, à Zakya Daoud en Juillet 1997 et septembre 1998 ainsi qu’à Maitre Maurice Buttin le 30 mars 2004.

Plus tard Maitre Buttin m’a demandé par courrier si j’étais prêt à témoigner sur l’affaire au juge Ramael, J’ai posé deux conditions: que ce ne soit pas un témoignage mais l’avis d’un expert et que cet avis soit recueillit en Israël et pas à Paris. On ne m’a plus recontacté. Le 27 décembre 2014, Maitre Butin a renouvelé sa requête de témoigner devant le nouveau juge d’instruction Cyril Percaux.

Par l’intermédiaire de l’ancien ministre Ahmed Ramzi, le chef des services de sécurité marocains Hamidou Lanigri accepta de me rencontrer. L’entretien a eu lieu en septembre 1998 à Paris au Drugstore des Champs Elysées et je l’ai averti que j’allais publier le résultat de mes travaux sur l’affaire Ben Barka. A sa demande, Je lui ai révélé le vrai nom de Chtouki. Le reste sera publié dans mon prochain livre

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